 | MARTHE ET MARIE FORUM CATHOLIQUE |
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Joss Administratrice


 Age : 58 Inscrit le : 26 Mai 2007 Messages : 5365 Localisation : region parisienne
 | Sujet: Re: POET POET Lun 8 Oct 2007 - 15:32 | |
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La Charlotte prie Notre-Dame ("La prière de la Charlotte")
Jehan Rictus (alias Gabriel Randon de Saint-Amand)
MARIE DUBAS 1934 MP3
R'grdez moi ça cette espèce de bande de fourneaux Ça vous bouscule, ça vous d'mandrait seulement pas pardon Va donc eh! Faux Ch'man, Eh purée !
Seigneur Jésus, je pense à vous Ça m'prend comme ça, y a pas d'offense J'suis morte de froid, j'me tiens plus debout Ce soir encore, j'ai pas eu d'chance
Ce soir pardi c'est l'réveillon, On n'voit passer qu'des rigoleurs J'gueulerais "Au feu" ou "Au voleur" ! Personne n'y f'rait attention
J'suis là, Sainte-Vierge, à mon coin d'rue Où d'puis l'apéro, j'bas la semelle J'suis qu'une ordure, une fille perdue C'est la Charlotte qu'on m'appelle
Sûr qu'avant d'vous causer première Une femme qu'est plus bas que l'ruisseau Devrait conobrer ses prières Mais y m'en revient que des p'tits morceaux
Venez, z'yeutez, c'est la Saint-Poivrot Tout flambe, tout chahute, tout reluit Les restaurants et les bistrots Ils ont la permission d'la nuit
Tout chacun n'pensent qu'à croustiller Y a plein d'monde dans les rôtisseries Les épicemards, les charcuteries Que ça sent bon l'boudin grillé....
(Bruit de cloche, coeurs qui chantent "Noël, Noël")
Minuit. A présent Jésus est né
Dans les temps, quand y s'est amené S'y gelait comme y gèle c'te nuit Su'la paille de vot' écurie Vous avez bien dû avoir froid Jésus et vous, Vierge Marie
N'est-ce pas que vous êtes pas fâchée Qu'une fille d'amour pleine de péchés Vous cause ce soir à sa manière Pour vous expliquer ses misères ? Dites-moi que vous êtes pas fâchée
Allez ! Bing! On m'bouscule avec des litres Des pains d'quatre livres, des assiettes d'huîtres Non, mais regardez-moi tous ces chameaux ! Oh! pardon, excuse, Vierge Marie V'là qu'j'ai encore dit un vilain mot
C'est vrai que j'ai quitté d'chez nous Mais c'était qu'la dèche et les coups C'était un vrai enfer Sainte-Vierge Soit dit sans être une effrontée Vous-même y seriez pas restée
Eh ben, c'est pas des boniments C'est vrain j'vous l'jure,Vierge Marie Malgré comme ça qu'j'aie fait la vie J'ai pensé à vous ben souvent
J'revois vot' belle robe bleue, vot' voile Même qu'il était piqué d'étoiles Vot' belle couronne d'or sur la tête Et votre petit trésor sur les bras
Pour sûr que vous étiez jolie Comme une reine, comme un miroir Et c'est vrai que j'vous revois ce soir Avec mes yeux de gosseline C'est comme si que j'y étais, parole
Aussi, si vous vouliez, Sainte-Vierge Faire ce soir quelque chose pour moi Pour l'temps qu'j'étais pas une impie Vous n'avez qu'à lever un p'tit doigt Et n'pas vous occuper du reste
J'vous d'mande pas des choses pas honnêtes Faites seulement que j'trouve et ramasse Un porte-monnaie avec galette Perdu pas un d'ces muf's qui passent À moi plutôt qu'au balayeur
Un porte-lazagne, Vierge Marie N'y aurait-y d'dans qu'un larantqué Ça m'aiderait pour m'aller planquer Ça m'permettrait d'attendre à demain Et d'm'enfoncer dix ronds d'boudin
Ou alors, si vous pouvez pas Ou poulez pas, Vierge Marie Vous allez m'trouver ben hardie Mais faites-moi de suite sauter l'pas
Et pis, emmenez-moi avec vous Prenez-moi dans le Paradis Ousqu'y fait chaud, ousqu'y fait doux Où plus jamais je ferai la vie
Ah! Emmenez-moi, dites, emmenez-moi Avant que la nuit soye passée Et que j'soye encore ramassée Sainte-Vierge, emmenez-moi, j'vous en prie ?
Je n'en peux pus de grelotter Tenez, allumez mes mains gercées Et mes p'tits souliers découverts J'n'ai toujours qu'mon costume d'été Qu'j'ai fait teindre en noir pour l'hiver
Oui, emmenez-moi, dites, emmenez-moi Et comme y doit y avoir du chemin Si des fois vous vous sentiez lasse Vierge Marie, pleine de grâce De porter à bras not'Seigneur Un enfant, c'est lourd à la fin
Vous me l'repasserez un moment Et moi, je l'porterai à mon tour Sans le laisser tomber par terre Comme je faisais chez mes parents La p'tite moman dans les faubourgs Quand j'trimballais mes petits frères...
Vierge Marie, pleine de grâce Vous qui êtes bénie entre toutes les femmes Priez pour nous pauvres pêcheurs Priez pour nosu pauvres pêcheurs...
On trouve également des couplets et des phrases supplémentaires dans certaines versions:
La doche à crans, l'dâb toujours saoul Les frangins déjà affranchis
(...)
Et vous aussi, Vierge Marie Sainte-Vierge, Mère de Dieu Qui pourriez croire que j'vous oublie Ayez pitié du haut des cieux
Vierge Marie... pleine de grâce... J'suis fauchée à mort, vous savez Mes poignets, c'est pus qu'une crevasse Et me v'là ce soir sur l'pavé
Si j'entrais m'chauffer à l'église On m'foutrait dehors, c'est couru Ça s'voit trop que j'suis fille soumise Oh! mand' pardon, j'viens d'dire "foutu"
(...)
Ça m'fait gazouiller les boyaux Brrr! À présent Jésus est né
C'est vrai que j'ai plaqué l'turbin Mais l'ouvrière gagne pas son pain Quoi qu'a fasse, elle est mal payée A n'fait même pas pour son loyer À la fin, quoi, ça décourage On n'a pus de cœur à l'ouvrage Ni le caractère ouvrier
J'dois dire encore Vierge Marie Que j'ai aimé sans permission Mon p'tit, mon béguin, un voyou Qu'est en c'moment en Algérie Rapport à ses condamnations
Mais quand on a trinqué tout gosse On a toujours besoin d'caresses On se meurt d'amour toute sa vie On s'arrêtait pas, que voulez-vous
Pourtant j'y suis encore fidèle Malgré les autres qui m'courent après Y a l'grand Jules qui veut pas m'laisser Faudrait qu'avec lui j'me marie Histoire comme on dit, d'l'engraisser Ben, jusqu'à présent, y a rien d'fait J'ai pas voulu, Vierge Marie
Enfin, je suis déringolée Souvent on m'a mise à l'hosto Et j'm'ai tant battue et soûlée Que j'en suis pleine de coups d'couteaux
Bref, je suis pus qu'une saloperie Un vrai fumier Vierge Marie Seulement, quoi qu'on fasse ou qu'on dise Quand on veut s'acheter une conduite Y a quequ'chose qu'est pus fort que vous
Et ce soir encore ça m'rappelle Un temps, qui jamais ne reviendra Ousque j'allais à vot' chapelle Les mois que c'était votre fête
Seulement, c'est pus comme à l'école Ces pauvres callots, ce soir, madame Y sont rougis et pleins de larmes
Sauf mon p'tit, dont j'suis pas guérie Vous pensez qu'je ne regretterai rien D'Saint-Lago, d'la Tour, des médecins Des barbots et des argousins _________________
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 | Sujet: Re: POET POET Lun 8 Oct 2007 - 16:18 | |
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Dans l'épais des ombres funèbres, Parmi l'obscure nuit, image de la mort, Astre de nos esprits, sois l'étoile du Nord, Flambeau de nos ténèbres.
Délivre-nous des vains mensonges Et des illusions des faibles en la foi : Que le corps dorme en paix, que l'esprit veille à toi, Pour ne veiller à songes.
Le corps repose en patience, Dorme la froide crainte et le pressant ennui : Si l'oeil est clos en paix, soit clos ainsi que lui L'oeil de la conscience.
Ne souffre pas en nos poitrines Les sursauts des méchants sommeillants en frayeur, Qui sont couverts de plomb, et se courbent en peur Sur un chevet d'épines.
ceux qui chantent tes louanges Ton visage est leur ciel, leur chevet ton giron, Abrités de tes mains, les rideaux d'environ Sont le camp de tes anges
Théodore Agrippa d' AUBIGNÉ (1552-1630) _________________
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 | Sujet: Re: POET POET Lun 8 Oct 2007 - 16:24 | |
| Prière à l'inconnu
Jules Supervielle 1884/1960

Voilà que je me surprends à t'adresser la parole, Mon Dieu, moi qui ne sais encore si tu existes Et ne comprends pas la langue de tes églises chuchotantes. Je regarde les autels, la voûte de ta maison, Comme qui dit simplement: voilà du bois, de la pierre, Voilà des colonnes romanes. Il manque le nez à ce saint. Et au-dedans comme au-dehors, il y a la détresse humaine. Je baisse les yeux sans pouvoir m'agenouiller pendant la messe, Comme si je laissais passer l'orage au-dessus de ma tête. Et je ne puis m'empêcher de penser à autre chose. Hélas ! j'aurai passé ma vie à penser à autre chose. Cette autre chose, c'est encore moi. C'est peut-être mon vrai moi-même. C'est là que je me réfugie. C'est peut-être là que tu es. Je n'aurai jamais vécu que dans ces lointains attirants. Le moment présent est un cadeau dont je n'ai pas su profiter. Je n'en connais pas bien l'usage. Je le tourne dans tous les sens, Sans savoir faire marcher sa mécanique difficile. Mon Dieu, je ne crois pas en toi, je voudrais te parler tout de même. J'ai bien parlé aux étoiles, bien que je les sache sans vie, Aux plus humbles des animaux, quand je les savais sans réponse, Aux arbres qui, sans le vent, seraient muets comme la tombe. Je me suis parlé à moi-même, quand je ne sais pas bien si j'existe. Je ne sais si tu entends nos prières, à nous les hommes, Je ne sais si tu as envie de les écouter. Si tu as, comme nous, un coeur qui est toujours sur le qui-vive Et des oreilles ouvertes aux nouvelles les plus différentes Je ne sais pas si tu aimes à regarder par ici. Pourtant je voudrais te remettre en mémoire la planète terre Avec ses fleurs, ses cailloux, ses jardins et ses maisons Avec tous les autres et nous qui savons bien que nous souffrons. Je veux t'adresser sans tarder ces humbles paroles humaines Parce qu'il faut que chacun tente à présent tout l'impossible. Même si tu n'es qu'un souffle d'il y a des milliers d'années Une grande vitesse acquise Une durable mélancolie Qui ferait tourner encore les sphères dans leur mélodie Je voudrais, mon Dieu sans visage et peut-être sans espérance Attirer ton attention parmi tant de ciels vagabonde Sur les hommes qui n'ont pas de repos sur la planète. Ecoute-moi ! Cela presse. Ils vont tous se décourager Et l'on ne va plus reconnaître les jeunes parmi les âgés Chaque matin, ils se demandent si la tuerie va commencer. De tous côtés, l'on prépare de bizarres distributeurs de sang de plaintes et de larmes L'on se demande si les blés ne cachent pas déjà des fusils. Le temps serait-il passé où tu t'occupais des hommes ? T'appelle-t-on dans d'autres mondes, médecin en consultation, Ne sachant où donner de la tête Laissant mourir sa clientèle ? Ecoute-moi ! Je ne suis qu'un homme parmi tant d'autres. L'âme se plait dans notre corps, Ne demande pas à s'enfuir dans un éclatement de bombe. Elle est pour nous une caresse, une secrète flatterie. Laisse-nous respirer encore sans songer aux nouveaux poisons Laisse-nous regarder nos enfants sans penser tout le temps à la mort. Nous n'avons pas du tout le coeur aux batailles, aux généraux. Laisse-nous notre va-et-vient, comme un troupeau dans ses sonnailles, Une odeur de lait frais se mélant à l'odeur de l'herbe grasse. Ah ! si tu existes, mon Dieu, regarde de notre côté. Viens te délasser parmi nous. La terre est belle, avec ses arbres, ses fleuves et ses étangs, Si belle, que l'on dirait que tu la regrettes un peu Mon Dieu, ne va pas faire la sourde oreille Et ne va pas m'en vouloir si nous sommes à tu et à toi Si je te parle avec tant d'abrupte simplicité. Je croirais moins qu'en tout autre en un Dieu qui terrorise. Plus que par la foudre, tu sais t'exprimer par les brins d'herbe Et par les jeux des enfants et par les yeux des ruisseaux. Ce qui n'empêche pas les mers et les chaînes de montagnes. Tu ne peux pas m'en vouloir de dire ce que je pense De réfléchir comme je peux sur l'homme et sur son existence Avec la franchise de la terre et des diverses saisons Et peut-être de toi-même dont j'ignorerais les leçons Je ne suis pas sans excuses Veuille accepter mes pauvres ruses Tant de choses se préparent sournoisement contre nous Quoi que nous fassions, nous craignons d'être pris au dépourvu Et d'être comme le taureau Qui ne comprend pas ce qui se passe Le mène-t-on à l'abattoir Il ne sait où il va comme ça Et juste avant de recevoir le coup de mort sur le front Il se répète qu'il a faim et brouterait résolument Mais qu'est-ce qu'ils ont ce matin avec leurs tabliers pleins de sang A vouloir tous s'occuper de lui ? _________________
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 | Sujet: Re: POET POET Lun 8 Oct 2007 - 16:31 | |
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Francis Jammes (1868-1938)
PRIERE POUR ALLER AU PARADIS AVEC LES ANES
Lorsqu'il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, faites que ce soit par un jour où la campagne en fête poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas, choisir un chemin pour aller, comme il me plaira, au Paradis, où sont en plein jour les étoiles. Je prendrai mon bâton et sur la grande route j'irai, et je dirai aux ânes, mes amis : Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis, car il n'y a pas d'enfer au pays du Bon Dieu. Je leur dirai : " Venez, doux amis du ciel bleu, pauvres bêtes chéries qui, d'un brusque mouvement d'oreille, chassez les mouches plates, les coups et les abeilles." Que je Vous apparaisse au milieu de ces bêtes que j'aime tant parce qu'elles baissent la tête doucement, et s'arrêtent en joignant leurs petits pieds d'une façon bien douce et qui vous fait pitié. J'arriverai suivi de leurs milliers d'oreilles, suivi de ceux qui portent au flanc des corbeilles, de ceux traînant des voitures de saltimbanques ou des voitures de plumeaux et de fer-blanc, de ceux qui ont au dos des bidons bossués, des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés, de ceux à qui l'on met de petits pantalons à cause des plaies bleues et suintantes que font les mouches entêtées qui s'y groupent en ronds. Mon Dieu, faites qu'avec ces ânes je Vous vienne. Faites que, dans la paix, des anges nous conduisent vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises lisses comme la chair qui rit des jeunes filles, et faites que, penché dans ce séjour des âmes, sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes qui mireront leur humble et douce pauvreté à la limpidité de l'amour éternel. _________________
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 | Sujet: Re: POET POET Lun 8 Oct 2007 - 16:47 | |
| Léopold Sédar Senghor (1906-2001)

Prière de paix, 1945 (hosties noires)
Seigneur, parmi les nations blanches, place la France à la droite du père. Oh ! je sais bien qu’elle aussi est l’Europe, qu’elle m’a ravi mes enfants comme un brigand du Nord des bœufs , pour engraisser ses terres à cannes et coton, car la sueur nègre est fumier. Qu’elle aussi a porté la mort et le canon dans mes villages bleus, qu’elle a dressé les miens les uns contre les autres comme des chiens se disputant un os Qu’elle a traité les résistants de bandits, et craché sur les têtes-aux-vastes-desseins. Oui Seigneur, pardonne à la France qui dit bien la voie droite et chemine par les sentiers obliques Qui m’invite à sa table et me dit d’apporter mon pain, qui me donne de la main droite et de la main gauche enlève la moitié. Oui Seigneur, pardonne à la France qui hait les occupants et m’impose l’occupation si gravement Qui ouvre des voies triomphales aux héros et traite ses Sénégalais en mercenaires, faisant d’eux les dogues noirs de l’Empire Qui est la République et livre les pays aux Grands-Concessionnaires Et de ma Mésopotamie, de mon Congo, ils ont fait un grand cimetière sous le soleil blanc. Ah ! Seigneur, éloigne de ma mémoire la France qui n’est pas la France, ce masque de petitesse et de haine sur le visage de la France Ce masque de petitesse et de haine pour qui je n’ai que haine - mais je peux bien haïr le Mal Car j’ai une grande faiblesse pour la France _________________
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 | Sujet: Re: POET POET Lun 8 Oct 2007 - 17:08 | |
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Marceline DESABORDES-VALMORE (1786-1859)
L'âme errante
Je suis la prière qui passe Sur la terre où rien n'est à moi ; Je suis le ramier dans l'espace, Amour, où je cherche après toi. Effleurant la route féconde, Glanant la vie à chaque lieu, J'ai touché les deux flancs du monde, Suspendue au souffle de Dieu.
Ce souffle épura la tendresse Qui coulait de mon chant plaintif Et répandit sa sainte ivresse Sur le pauvre et sur le captif Et me voici louant encore Mon seul avoir, le souvenir, M'envolant d'aurore en aurore Vers l'infinissable avenir.
Je vais au désert plein d'eaux vives Laver les ailes de mon coeur, Car je sais qu'il est d'autres rives Pour ceux qui vous cherchent, Seigneur ! J'y verrai monter les phalanges Des peuples tués par la faim, Comme s'en retournent les anges, Bannis, mais rappelés enfin...
Laissez-moi passer, je suis mère ; Je vais redemander au sort Les doux fruits d'une fleur amère, Mes petits volés par la mort. Créateur de leurs jeunes charmes, Vous qui comptez les cris fervents, Je vous donnerai tant de larmes Que vous me rendrez mes enfants ! _________________
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 | Sujet: Re: POET POET Lun 8 Oct 2007 - 17:36 | |
| Ah ! Seigneur, Dieu des coeurs robustes, répondez
Ah ! Seigneur, Dieu des coeurs robustes, répondez ! Quel est ce temps de doute où l'homme joue aux dés Ses croyances, l'amour et le rêve et la gloire ? Il est tard ; que faut-il aimer, que faut-il croire ? Vacillants et plaintifs comme un peuple de joncs, Sous le ciel triste et nu nous vous interrogeons ; Notre âme sèche a soif d'une sève nouvelle. Seigneur, que votre étoile à nos yeux se révèle ! Car déjà la nuit morne à l'horizon s'étend : Voici que le soleil se couche et qu'on entend Planer sur le sommeil de nations entières Le grand vent solennel et noir des cimetières.
¤¤¤¤¤
Entrerai-je, ce soir, Seigneur, dans ta maison
Entrerai-je, ce soir, Seigneur, dans ta maison, Sans craindre que ma chair, vouée aux oeuvres viles, Apporte le relent de luxure des villes A la candeur des jupes d'ombre en oraison ?
Je songe à d'autres jupes d'ombre qui sont douces Pour endormir l'effroi des poètes malades, A des doigts alourdis d'anneaux aux pierres troubles, Troubles comme des yeux menteurs, comme mon âme.
Entrerai-je, ce soir, Seigneur, dans ta maison, Si mon haleine tord l'humble flamme des cierges, Si ma prière même inquiète les vierges, Eau claire où s'élargit la chute d'un poison !
Je songe à des toisons souples de courtisanes Où les désespérés enfouissent leur songe, Bonnes toisons qui font la nuit sur les visages, Lourdes comme l'amour, sourdes comme des tombes.
Que votre main soit rude et juste et me châtie, Seigneur, Seigneur, moi qui voudrais tant vous aimer ! Laissez, lasse de cris, ma bouche se fermer, Pour la rouvrir vous-même ensuite avec l'Hostie.
Je songe aux nuits de joie ivres et douloureuses Où ma soif, accoudée à des tables mauvaises, Se versait les boissons de flamme dont s'abreuvent Ceux que serre à la gorge un ancien sacrilège.
Je viens vers vous, du fond de mon iniquité, Je viens vers vous, Seigneur, à qui les enfants parlent, De tout mon bon vouloir et de toutes mes larmes, Etre triste avec vous, moi qui vous attristai.
L'immémorial faix de péchés, le fardeau De luxure et d'orgueil creuse mes reins qui saignent. Aux margelles des puits nulle Samaritaine N'a tendu vers ma soif ses paumes pleines d'eau.
Oubliez que je fus des serviteurs indignes ; Et dans l'ombre que font les collines, le soir, Celui qui cherche l'âtre et la pierre où s'asseoir Sentira qu'un pardon se couche sur les vignes.
La nuit tombe et m'arrête où dort votre maison ; Les ramiers se sont tus, mais les fontaines chantent, Fraîcheur obscure, en palpitant pour que j'y trempe Mes mains, l'aridité de ma bouche et mon front.
L'eau froide et pure emportera vers les ténèbres Le souvenir fiévreux d'un passé de caresses, La mémoire des voix, des regards et des gestes, Et le souffle de feu qui brûle encor mes lèvres.
Faites, Seigneur, miséricorde à ma faiblesse, A cette toute faiblesse des pauvres âmes Qui n'ont pleuré que pour la chair tiède des femmes. Que je souffre, Seigneur, des ronces qui vous blessent ;
Que la croupe des boucs crispés sur le portail Serve d'éternel lieu d'exil à mes péchés, Et que la palme offerte aux coeurs purifiés Exalte en moi l'azur des vierges du vitrail.
Je serai digne alors de gravir, humble et pâle, Le seuil de gloire où les rois même parlent bas, Et mon coeur et mes pieds nus ne sentiront pas Le froid de la divine espérance et des dalles.
... Cette prière, hélas ! n'est-ce pas seulement Le glas que sur soi-même agite une âme simple A qui les yeux naïfs de ses chagrins d'enfant Ont souri tristement du plus loin de leurs limbes ?
N'est-ce pas le glas lourd du vain rêve que font Dans leurs soirs douloureux les vieilles fois qui meurent : Entrerai-je, nocturne et las, dans la maison Où le Maître de vie ineffable demeure ?
Auteur:Charles GUÉRIN (1873-1907) _________________
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 Age : 58 Inscrit le : 26 Mai 2007 Messages : 5365 Localisation : region parisienne
 | Sujet: Re: POET POET Lun 8 Oct 2007 - 17:40 | |
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Emile VERHAEREN (1855-1916) (Recueil : Les douze mois) Les saints
Dreling, dreling, C'est la fête de tous les Saints.
On en connaît qui sont venus, - dites, de quels pays d'or et d'ivoire ! - Depuis des temps que nul n'a retenus, Dans ma contrée, en sa mémoire. On en connaît qui sont partis de Trébizonde, Dieu sait par quels chemins, N'ayant pour seuls trésors au monde Que deux lys clairs, entre leurs mains.
Dreling, dreling, C'est la tête de tous les Saints.
J'en sais de très pauvres, mais très honnêtes, Là-bas, au fond d'un bourg flamand, Eloi, Bernard, Corneille, Amand, Qui font le bien aux bêtes ; Et quelques-uns laissés pour compte Aux gens pieux qui vous le content, En Campine, dans le pays amer, Par des hommes qu'hallucinait la mer.
Dreling, dreling, C'est la fête de tous les Saints.
D'autres règnent aux carrefours, Où les commères les injurient, A poings tendus, avec furie, Dès qu'ils ajournent leurs secours ; Et tels sont gras et tels sont maigres, Les uns bossus, les autres droits, Mais tous, revêtus d'or, comme autrefois Les mages blancs et les rois nègres.
Dreling, dreling, C'est la fête de tous les Saints.
En voici dont la pauvre image Orne le môle d'un vieux port Et que l'orage en ses doigts tord Sur leur petit socle à ramages ; D'autres sont là, près du bois sourd, Dans une niche au creux d'un frêne, D'où leur tête d'un poids trop lourd A chu dans l'eau de leur fontaine.
Mais qu'importe qu'ils soient grandis Ou rabaissés sur cette terre, Saints de la pluie ou du tonnerre Ne sont-ils pas au paradis ? Aussi, pour ne froisser personne, ont-ils choisi Leur fête en or, au temps précis, Où les vents d'ouest, par les champs cornent, Le premier jour du grand mois morne. _________________
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 Age : 58 Inscrit le : 26 Mai 2007 Messages : 5365 Localisation : region parisienne
 | Sujet: Re: POET POET Lun 8 Oct 2007 - 20:40 | |
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Thérèse Martin, dite Sainte THÉRÈSE DE LISIEUX (1873-1897) (Recueil : Poésies) Mon Ciel à moi ! Pour supporter l'exil de la vallée des larmes Il me faut le regard de mon Divin Sauveur Ce regard plein d'amour m'a dévoilé ses charmes Il m'a fait pressentir le Céleste bonheur Mon Jésus me sourit quand vers Lui je soupire Alors je ne sens plus l'épreuve de la foi Le Regard de mon Dieu, son ravissant Sourire, Voilà mon Ciel à moi !…
Mon Ciel est de pouvoir attirer sur les âmes Sur l'Eglise ma mère et sur toutes mes sœurs Les grâces de Jésus et ses Divines flammes Qui savent embraser et réjouir les cœurs. Je puis tout obtenir lorsque dans le mystère Je parle cœur à cœur avec mon Divin Roi Cette douce Oraison tout près du Sanctuaire Voilà mon Ciel à moi !...
Mon Ciel, il est caché dans la petite Hostie Où Jésus, mon Epoux, se voile par amour A ce Foyer Divin je vais puiser la vie Et là mon Doux Sauveur m'écoute nuit et jour " Oh ! quel heureux instant lorsque dans la tendresse Tu viens, mon Bien-Aimé, me transformer en toi Cette union d'amour, cette ineffable ivresse Voilà mon Ciel à moi !... "
Mon Ciel est de sentir en moi la ressemblance Du Dieu qui me créa de son Souffle Puissant Mon Ciel est de rester toujours en sa présence De l'appeler mon Père et d'être son enfant Entre ses bras Divins, je ne crains pas l'orage Le total abandon voilà ma seule loi. Sommeiller sur son Cœur, tout près de son Visage Voilà mon Ciel à moi !...
Mon Ciel, je l'ai trouvé dans la Trinité Sainte Qui réside en mon cœur, prisonnière d'amour Là, contemplant mon Dieu, je lui redis sans crainte Que je veux le servir et l'aimer sans retour. Mon Ciel est de sourire à ce Dieu que j'adore Lorsqu'Il veut se cacher pour éprouver ma foi Souffrir en attendant qu'Il me regarde encore Voilà mon Ciel à moi !... _________________
Je dors, mais mon cœur veille. Cantique des Cantiques, 5, 2
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|  | | Souricet Invité

 | |  | | Joss Administratrice


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 | |  | | Souricet Invité

 | Sujet: Re: POET POET Sam 20 Oct 2007 - 21:25 | |
| Ben non, tu as oublié le site de Souricette sur le net.  |
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