MARTHE ET MARIE

BIRMANIE : LES CHRÉTIENS EN DANGER

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BIRMANIE : LES CHRÉTIENS EN DANGER

Message par Joss le Ven 20 Déc 2013 - 13:42

BIRMANIE : LES CHRÉTIENS EN DANGER

APRÈS AVOIR LANCÉ SON ARMÉE CONTRE LE PEUPLE KAREN, LA JUNTE BIRMANE ENVISAGE L’ÉRADICATION DU CHRISTIANISME.

Dans la Birmanie des généraux, le pire est toujours pour demain et le respect des militaires pour les traditions de tolérance bouddhiste - supposée - est inversement proportionnel à l’augmentation inespérée des ressources de cette fédération asiatique sous la forme de gigantesques gisements de gaz et hydrocarbures découverts en 2005 dans le nord du golfe du Bengale, en off shore de l’Arakan.

La dernière décision de la junte, prise dans le secret de la jungle montagneuse de Pynmana, vient d’être découverte par le correspondant du Daily Telegraph, longuement cité par l’Agence birmane en exil dans son service d’information du 24 janvier.

Selon cette information, il existe un document top secret dont le texte a été exfiltré - à dessein - des bureaux d’un ministère du gouvernement militaire. Le correspondant du quotidien britannique Daily Telegraph a révélé dans une de ses dépêches que le document en question porte le titre révélateur de Programme pour éradiquer la religion chrétienne en Birmanie. Ce document indique les mesures à prendre pour chasser les chrétiens hors du pays.

Le secret imposé par la junte est probablement dû au fait que la Constitution du pays (1 974) garantit la liberté de culte pour tous les laïques, à l’exception des religieux qui n’ont pas le droit de vote.

On compte dans le pays 85 % de bouddhistes, 5,6 % de chrétiens, au sein desquels se trouvent 400 000 catholiques, 14 évêques, 300 prêtres, 800 religieux, 50 anglicans, et 3,6 % de musulmans.

Cette décision secrète ne fait qu’entériner le fait que depuis le mois d’avril 2006, l’armée birmane a lancé une grande campagne contre les chrétiens de l’ethnie des Karen. Ce peuple est en majorité chrétien. Les « ratissages » de l’armée birmane, ont provoqué l’exode de 13 000 personnes et un nombre non précisé d’assassinats. Cette population se réfugie dans la jungle et dans les régions frontalières avec la Thaïlande. Les miliaires ont encerclé les villages et en attaquent par surprise les habitants. Les soldats brûlent les maisons, les réserves d’aliments, envoient en camp de travaux forcés ceux qui sont faits prisonniers quand ils ne les tuent pas. Ils placent autour des villages des mines antipersonnel.

En fait, s’il se trouve que l’exploitation des zones pétrolières de la bande côtière méridionale de Birmanie a coïncidé avec une intensification de la « pacification » de ces régions considérées comme rebelles par les militaires, ce type de campagne d’extermination ethnique et religieuse dure depuis plusieurs années. Elle avait commencé quand j’étais en poste à Rangoon lors de la première dictature. L’activité des guérillas populaires des différentes ethnies, était telle qu’il était interdit - par mesure de sécurité, affirmait le gouvernement militaire - aux diplomates de sortir de la capitale.

Depuis 1996, dans l’est de la Birmanie, plus de 2 500 villages ont été rayés de la carte. 365 000 civils ont été délocalisés et au moins 260 000 civils sont bloqués dans la jungle. Une autre ethnie, celle des Chin, subit le même traitement. Dans ce cas également c’est une ethnie à majorité chrétienne qui subit les conséquences des interventions de l’armée. Une des dernières initiatives de la junte a été d’interdire le transport et l’impression de Bibles traduites dans les langues vernaculaires parlées par les minorités ethniques.

Ceci dit, il est certain que, de tout temps, il a été considéré que les « religions occidentales avaient eu peu d’impact » sur un pays dont 85 % des habitants sont bouddhistes, fermé aux étrangers jusqu’à ce que les Anglais l’occupent au cours du dernier quart du XIXe siècle .

Déjà en 1959, un « vade mecim », publié à l’époque de la république parlementaire conduite par U. Nu - déposé en mars 1962 par le coup d’Etat organisé par le général Ne Win et son armée -, apprenait que le sixième Grand Conseil bouddhiste s’était réuni en 1954 à Rangoon en présence de 5 000 bikhus (moines bouddhistes) du monde entier, six ans après l’indépendance proclamée le 4 janvier 1948. On y remarquait, en passant, que le premier Grand Conseil s’était tenu 2 500 ans auparavant et le cinquième, en 1871, sous le règne du roi Mindon le Pieux, avant l’invasion anglaise. Façon de faire comprendre à l’étranger que la Birmanie n’avait besoin des conseils de personne en matière religieuse.

« Il n’y aura pas, dit ce texte, de vraie patrie partout où la religion chrétienne sera pratiquée » et il avertit les citoyens birmans que quiconque sera pris en flagrant délit “d’évangélisation” sera jeté en prison. « Cette religion est gentille, aimable, elle est facile à identifier. Il faut donc utiliser cette faiblesse ».

Emportés par leur zèle réformateur, les généraux de la junte font maintenant appel à plus de rigueur bouddhiste pour justifier l’entreprise d’exploitation de leur pays à titre personnel.

Lorsque je suis arrivé en poste à Rangoon, pour l’agence France-Presse, le général Ne Win et ses généraux venaient de prendre le pouvoir. Leurs premières initiatives avaient été de faire plier le pays tout entier sous leur joug. D’éliminer les étrangers, qu’ils fussent européens ou indiens, et de nationaliser toutes les activités industrielles, les rizeries, le commerce du riz, les banques, tous les commerces, des plus petites échoppes de marchandes de soupe des coins de rues aux grands magasins. L’argent fut démonétisé, la bourgeoisie ruinée et jetée en prison. Tous les Birmans possédant du bien commencèrent à quitter le pays en direction de Bangkok puis de l’Occident.

Les moines bouddhistes, qui étaient plusieurs centaines de milliers, ne se révoltèrent pas. Ils se bornèrent avec leur prudence ancestrale à se livrer à des cérémonies propitiatoires quand il arriva à l’université de Rangoon que les étudiants révoltés contre les militaires fussent tués par centaines lors de la répression lancée par l’armée bimane. Cérémonie propitiatoire est une cérémonie obligatoire au cours de laquelle on offre riz et fruits aux moines en échange de leur intercession. En Asie, il existe la croyance que tout être humain ayant eu une mort violente ne peut pas immédiatement se réincarner. Or, il n’est jamais bon de laisser ces esprits en fureur se venger sur les responsables de leur trépas, militaires ou civils.

Seuls quelques centaines de phongyis participèrent à quelques manifestations critiques inspirées par le parti communiste birman, hostile aux militaires et progressivement éliminé.

Les diplomates, représentant presque tous les pays membres des Nations unies, se mirent très vite à la botte du nouveau pouvoir pour ne pas risquer de perdre tous les marchés, de tous ordres, qui, à cette époque, commençaient à se multiplier.

Des 1962 Tatmadaw, ainsi qu’on nomme l’armée birmane, a représenté l’unique base du pouvoir. En 1988, ses effectifs se montaient à 186 000 hommes au total. En 2005, elle avait atteint plus de 400 000 hommes répartis entre 360 à 370 00 pour l’armée de terre, 15 000 pour l’armée de l’air et la marine, de 50 à 60 000 pour les unités paramilitaires. Plus de 40 % du budget de l’Etat lui sont consacrés. Équipée par la Chine, le Pakistan, l’Ukraine, Israël et Singapour, elle reçoit depuis le début l’assistance de la Russie. Les spécialistes du Sud-Est asiatique estiment que l’un des objectifs de cet effort spectaculaire concerne la pacification du pays et l’élimination de la résistance des Karen, des Kachin et des Shans. Cela a été possible grâce, principalement, aux revenus que la Birmanie retire de ses gisements d’hydrocarbure et de gaz naturel.

Le programme antichrétien de la junte birmane, qui paraît être une nouveauté, n’est pas complètement une surprise. L’intolérance qu’elle manifeste n’est pas le seul fait de la Birmanie, comme tend à le prouver une dépêche signalant qu’un touriste allemand portant un nom mulsuman avait été arrêté à Agadir par la police marocaine, puis, jugé et condamné à six mois de prison ferme et 5 000 dirhams (50 euros) pour s’être livré à du prosélytisme chrétien auprès d’un jeune musulman de cette ville balnéaire. Que ce soit chez les bouddhistes birmans ou chez certains autres croyants en un Dieu unique, la tolérance n’est pas vraiment à l’ordre du jour en ce début de siècle dont le mysticisme annoncé se manifeste plutôt par un fanatisme irrépressible au nom de Dieu.

C’est ainsi que la Birmanie est victime, depuis quarante ans, de l’arrogance et l’antipathie qu’éprouvent les militaires pour tout ce qui est étranger. En cela rien de bien nouveau pour ces militaires intégristes qui se proclament, à tort ou à raison, descendants des Mons et des Khmers et Tibétains venus d’Asie centrale à l’époque protohistorique.

En réalité, le dernier recensement de 1999 a établi que 48 852 098 habitants vivent dans les sept Etats que compte la fédération de Birmanie. Ce sont, d’une part, les Birmans (Bamars) qui représentent quelque 72 % de la population, et, d’autre part, la diversité de tous les autres 27,50 %, constitués par les Shans (11 %), les Arakans (6 %), les Karens (5 %), les Môns (3 %), les Kachins (2,5 %), les Chins, les Karennis (Kayahs), les Lahus, les Rohingyas, les Gurkhas, les Palaungs, les Méos (Hmongs), les Nagas, les Akhas, les Lisaws, les Kadus, les Was, les Mokens (ou Mawkens), etc. Le pays compte aussi 150 000 Chinois et 800 000 Indiens. Trois ethnies n’ont jamais admis la prédominance de Rangoon, sans cesser d’être en révolte contre l’ethnie majoritaire birmane : les Karens, les Kachins et les Shans. De plus, les Was vivant sur la frontière avec la Chine sont périodiquement en insurrection.

C’est ainsi qu’une quarantaine d’ethnies et tribus différentes sont réparties sur tout le territoire, tandis que le peuple dominant, les Bamars (Birmans), occupe la plus grande partie dans la plaine de l’Irrawadi, le grand fleuve qui coupe en deux verticalement la Birmanie et demeure la principale voie de communication du sud et au nord.

Déjà dans les années soixante, j’avais appris par des missionnaires vivant dans le pays, par des religieuses qui soignaient les lépreux, que ces religieux se trouvaient en Birmanie comme l’oiseau sur la branche et que leurs ouailles étaient régulièrement victimes de violences et sévices, dont le caractère antichrétien était masqué par l’évocation d’autres causes politiques et par la révolte permanente de ces tribus que le gouvernement central n’arrivait pas à soumettre.

Dans ce cadre, le tribalisme, avec ses préjugés et ses haines, et le communisme birman sous couvert de bouddhisme n’hésitaient pas à mettre à l’écart de la nation les Karen, les Shans, Chin d’Arakan et autres peuples non-bamars, l’ethnie dominante.

En fait, la politique de la junte a toujours eu pour but de normaliser la population d’un pays pluri-ethnique. Le but final prêté aux militaires est de former un pays purement birman, n’ayant qu’une seule langue et une seule religion

Quant au christianisme, il demeure une religion très minoritaire en Birmanie. Il représente selon les statistiques quelque 5,6% de la population, dont la liberté de culte avait été définie par le Constitution.

Le régime militaire instauré en 1962 avait déjà tous les aspects d’une dictature policière. Il y avait peu d’endroits - à l’exception des parcs de quelques ambassades - où l’on pouvait s’exprimer sans avoir la crainte - ou la certitude - d’avoir un policier dans le dos. Pourtant, à distance, la première dictature, en dépit de ses rigueurs « surréalistes » - celle des années soixante à 80 - paraît avoir été un jardin d’enfants, maintenant que de plus jeunes officiers généraux, plus puissants, plus avides de pouvoir et de richesses, ont fait table rase dès 1988 de l’évolution inévitable du régime du général Ne Win, vieillissant et malade, vers une organisation économique plus clémente.

S’étant emparé du pouvoir en septembre 1988 la génération suivante de généraux a restauré toutes les nationalisations et réglementations collectivistes de la première dictature et invalidé les résultats des élections législatives de 1990 à l’issue desquelles le parti d’opposition, la Ligue nationale pour la démocratie ou NLD, mené par Daw Aung San Suu Kyi, (actuellement captive ) avait remporté plus de 80 % de voix en sa faveur, à la surprise de la junte qui espérait légitimer ainsi son pouvoir.

Au cours de ces seize dernières années, les généraux de la nouvelle junte, (le SLORC - State Law Order Restauration Council - Conseil d’Etat pour la restauration de l’ordre de la loi) ont été bien placés pour mettre leur pays en coupe réglée et s’emparer de toutes les branches des secteurs les plus riches comme les mines de Mogok où ils se partagent la production des rubis, des saphirs et des jades les plus beaux du monde, et, également - au nom de l’Etat -, tout le domaine pétrolier où est exploité un véritable pactole d’hydrocarbure et de gaz découvert en 2005. Cet immense potentiel vient s’ajouter aux gisements de pétrole déjà connus. Ce flux de nouvelles richesses provient des activités partagées avec des compagnies pétrolières française et américaine notamment, avec l’assistance technique d’ingénieurs russes et chinois.

Cette collaboration a déclenché, mollement, les critiques du monde occidental et celles du prix Nobel de la paix, Daw Aung San Suu Kyi dans une rare interview parue l’an dernier dans le quotidien italien Unita, en dépit des restrictions que lui imposait la junte. Elle estime, entre autres choses, que la France, avec sa compagnie Total, occupée notamment à construire également un gazoduc commandité par le Slorc, néglige des initiatives qui seraient utiles à un processus démocratique en Birmanie.

Il n’y aps que les hydrocarbures... Au cours de ces seize dernières années, la production d’opium en Birmanie a triplé, passant de 800 tonnes annuelles à 2 500, faisant de ce pays le premier producteur mondial de " poudre ". Environ 70 % de l’héroïne saisie aux Etats-Unis provient de la zone birmane du Triangle d’or.


Sources :

Top Chrétien francophone,

The Guardian,

Agence Birmane en exil,

Archives personnelles de BCB

CERI

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