MARTHE ET MARIE

CORRUPTION SERGE DASSAULT

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CORRUPTION SERGE DASSAULT

Message par Joss le Lun 16 Sep 2013 - 19:01

SERGE DASSAULT : L'AVEU DE LA CORRUPTION
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Pour la première fois, l’industriel et sénateur UMP Serge Dassault reconnaît dans un enregistrement réalisé fin 2012, et dont Mediapart publie des extraits, avoir acheté la victoire de son successeur à la mairie de Corbeil-Essonnes. Une somme de 1,7 million d’euros est en jeu. Les deux hommes à l’origine de l’enregistrement se sont fait tirer dessus trois mois plus tard.

Cette fois, Serge Dassault ne pourra pas nier. L’industriel milliardaire et sénateur UMP admet dans un enregistrement clandestin réalisé fin 2012, que Mediapart a pu écouter en intégralité et dont nous diffusons des extraits, avoir payé pour s’assurer de la victoire de son successeur à la mairie de Corbeil-Essonnes, Jean-Pierre Bechter, lors de la campagne municipale de 2010.


Serge Dassault, le 14 juillet 2013, à la Bastille (Paris). Serge Dassault, le 14 juillet 2013, à la Bastille (Paris). © Reuters

Pour la première fois, on entend Serge Dassault admettre avoir payé, et c’est tout un système de corruption aux conséquences criminelles qui se fait jour. Durant cette conversation accablante pour le milliardaire soupçonné par la justice d’avoir mis en place un système de corruption électorale dans sa ville, Serge Dassault dit ouvertement avoir commis des actes illégaux et, en creux, avoir opéré des paiements occultes depuis le Liban, s’inquiétant d’être désormais « surveillé par la police ».

La rencontre a eu lieu en novembre 2012. Deux hommes, habitants de Corbeil-Essonnes, décrochent un rendez-vous dans le bureau du célèbre avionneur et propriétaire du Figaro, en prenant soin de dissimuler leur matériel (voir la Boîte noire). Durant la discussion, qui dure au total vingt-quatre minutes, ils se plaignent qu’un acteur clé du « système Dassault » n’ait pas redistribué comme prévu 1,7 million d’euros destinés à des personnes qui ont participé à la campagne victorieuse de 2010 dans des quartiers populaires du sud de Corbeil.

L’existence de cet enregistrement avait déjà été évoquée par Le Canard enchaîné en décembre 2012. Libération (ici ou ) et Le Point ont de leur côté raconté comment banditisme et politique étaient étroitement mêlés à Corbeil. Mais pour la première fois, dans les documents que nous publions, Dassault confirme lui-même la folie du système mis en place, dont les conséquences sont aujourd'hui incontrôlables.

Nous avons pu entendre cet enregistrement de bout en bout, connaître les conditions de sa réalisation et authentifier la voix de Serge Dassault. Nos sources nous ont autorisés à en publier trois extraits.

Dans le premier d’entre eux, Serge Dassault, 88 ans, lui-même ancien maire de Corbeil (1995-2010) où il est surnommé « le Vieux », vend rapidement la mèche, montrant la conscience qu’il a du caractère illégal de ces pratiques électorales. Ses interlocuteurs lui réclament leur dû et le sénateur lâche : « Là, je ne peux plus rien donner. Je ne peux plus rien sortir, c’est interdit. (…) Je suis surveillé. Je suis surveillé par la police. »

Dassault : "Je ne peux plus sortir l'argent... par Mediapart

Dans un autre extrait, alors que les deux individus évoquent le fait que l’argent a été versé depuis le Liban, le milliardaire, 69e fortune mondiale selon Forbes, ne nie pas, bien au contraire, prenant seulement soin de préciser : « L’argent a été donné, complètement. Moi, j’ai donné l’argent. Je ne peux plus donner un sou à qui que ce soit. Je ne peux plus sortir l’argent pour qui que ce soit. Y a plus de Liban. Y a plus personne là-bas, c’est terminé. Moi, j’ai donné l’argent. »

Dassault : "Je suis surveillé par la police" par Mediapart

Dans un troisième extrait, le milliardaire se défend d’être responsable de la mauvaise répartition de son propre argent noir : « Si c’est mal réparti, dit-il, ce n’est pas de ma faute. Je ne vais pas payer deux fois. Moi, j’ai tout payé, donc je ne donne plus un sou à qui que ce soit. Si c'est Younès, démerdez-vous avec lui. Moi, je ne peux rien faire. »

Dassault : "Moi j'ai tout payé" par Mediapart

Contacté, Serge Dassault nous a fait savoir que « compte-tenu de la situation », il ne souhaitait pas s’exprimer. Quant à Jean-Pierre Bechter, son successeur à la mairie, il explique avoir déjà entendu parler de cette vidéo, ne pas l’avoir visionnée, mais refuse de l’entendre : « Je n’en ai rien à foutre de cette vidéo cachée. En bon chiraquien, je vous dirai que ça m’en touche une sans faire bouger l’autre. »

L’actuel maire, qui assure n’avoir jamais parlé de cet enregistrement avec Serge Dassault, tente par avance de le discréditer en expliquant que « les Tarterêts (nom d’une cité de Corbeil – ndlr), c’est Hollywood. Il y a plein de vidéos et de montages qui circulent. » Quand nous lui expliquons que nous avons authentifié la bande et que nous détaillons son contenu, il répond : « Ce que raconte Serge Dassault deux ou trois ans après… Je n’ai pas d’explication. Il dit ce qu’il veut. Ce n’est pas moi qui suis en cause. »

Quelle explication apporter à ces propos ? « Je n’en sais rien, confie-t-il. Peut-être qu’il se fout d’eux. Moi, j’ai été élu sans verser un euro. Je n’ai jamais entendu parler d’achat de voix. Il y avait un magistrat dans chaque bureau de vote. J’ai été élu avec 750 bulletins d’avance. Comment voulez-vous acheter 800 voix ? Ça coûterait une fortune. Et de toute façon, un mois avant l’élection, grâce aux sondages, on savait que j’allais gagner. Je ne vois pas pourquoi il aurait dépensé un euro. Et aucun de mes adversaires politiques n'a d'ailleurs contesté mon élection.»

UN TIREUR EN CAVALE

L’affaire est pourtant fâcheuse. Il apparaît, d’après plusieurs enquêtes de police actuellement en cours, que trois mois après la réalisation de cet enregistrement clandestin, les deux personnes qui sont venues réclamer leur dû auprès de Serge Dassault se sont fait tirer dessus, à Corbeil. Les faits remontent au 19 février dernier. Le tireur présumé ? Younès B., selon des sources proches de l’enquête. Soit précisément l’homme cité par Dassault dans l’enregistrement et accusé de ne pas avoir comme convenu réparti l’argent.

Si les enquêteurs sont aussi certains de l’identité du tireur, c’est que celui-ci ne s’est pas caché au moment de son forfait, commis en pleine rue non loin d’un bar dont il est le propriétaire, agissant à visage découvert devant de nombreux témoins. Identifié très rapidement, le tireur a toutefois réussi à quitter la France après sa tentative de meurtre et, selon des sources policières, résiderait aujourd’hui en Algérie.

La principale victime des coups de feu est un boxeur de 32 ans. Il a reçu trois balles de calibre .38, le blessant grièvement. Un mois plus tôt, en janvier, un autre acteur du système Dassault, Rachid T., qui avait dénoncé une dérive « mafieuse » dans la ville, a été victime lui aussi d’une tentative de meurtre par balles.

La justice cherche à déterminer s’il existe un éventuel lien de causalité directe ou indirecte entre la tentative d'assassinat de février et l’enregistrement clandestin qui accable Dassault sur l’achat de votes. Elle enquête sur ces deux volets, de façon distincte. À Évry (Essonne), sous l'autorité de plusieurs juges d'instruction, les policiers de la brigade criminelle s’intéressent à la tentative d'homicide, tandis qu'à Paris, une information judiciaire a été ouverte fin mars sur des soupçons d’« achats de vote », « corruption », « blanchiment » et « abus de biens sociaux » lors des campagnes municipales de 2008 à 2010. L’enquête a été confiée à la Division nationale des investigations financières et fiscales (Dniff), basée à Nanterre.
Le 22 octobre 2010, au Sénat. Le 22 octobre 2010, au Sénat. © Reuters

En juillet dernier, Jean-Pierre Bechter, l’actuel maire de Corbeil et homme lige de Serge Dassault sur place, a été placé en garde à vue et entendu dans le volet criminel du dossier, tout comme le directeur du service jeunesse et sports de la mairie. Les deux hommes sont ressortis de leur audition sans avoir été déférés devant les magistrats. Jean-Pierre Bechter affirme à Mediapart connaître Younès B., mais pas la victime des coups de feu. « Tout a été réglé par mon audition », assure-t-il.

Les juges d’Évry auraient également voulu entendre Serge Dassault. Mais le 3 juillet, le bureau du Sénat (
voir ici sa composition) a refusé de lever son immunité parlementaire, au motif que « la demande présentait un défaut de motivation ». La décision a permis à Serge Dassault de ne pas avoir à répondre devant l’autorité judiciaire. Mais les enregistrements clandestins révélés par Mediapart pourraient changer la donne. Ils apparaissent dans tous les cas comme une pièce à conviction centrale dans le volet financier du dossier, celui portant sur la corruption électorale de Corbeil.

Les pratiques locales de Serge Dassault ont déjà valu en 2009 au milliardaire l’invalidation par le Conseil d'État de son élection municipale à Corbeil pour fraude électorale. C’est donc faute de pouvoir se représenter qu’il avait placé l’année suivante à la tête de la ville un de ses proches, Jean-Pierre Bechter, ancien député RPR de Corrèze et administrateur de son groupe de presse, la Socpresse. À l’évidence, les pratiques d’achats de votes sous Serge Dassault, telles qu’elles ont été rapportées par de très nombreux habitants de Corbeil, ont continué après sa chute. Mais toujours avec son argent, dont il va falloir, pour les policiers, désormais reconstituer le cheminement.

Or une troisième enquête judiciaire, menée à Paris par les policiers de la Brigade de répression de la délinquance sur la personne (BRDP), pourrait y aider. Engagées pour des faits de « harcèlement » suite à une plainte de l’un des fils Dassault, Laurent, et de son épouse, victimes ces derniers mois de multiples coups de téléphone menaçants, les investigations ont d’ores et déjà permis de remonter la piste de trois frères originaires de Corbeil.

Selon les témoignages recueillis lors de l'enquête, l’un d’entre eux, Mamadou K., aujourd’hui réfugié en Belgique, aurait perçu par le passé de l’argent au Liban depuis un compte bancaire lié à Serge Dassault, en relation avec les activités politiques du milliardaire. Exactement comme le patron de l’empire Dassault le laisse entendre lui-même dans l’enregistrement pirate que nous révélons aujourd’hui.

Près de vingt ans après la conquête de Corbeil par Serge Dassault en 1995, c’est tout un système qui est donc en train d’imploser dans l’Essonne. Même si, pour l’heure, les différentes enquêtes judiciaires ouvertes sur les diverses ramifications du dossier n’ont pas été regroupées.
http://www.mediapart.fr/journal/france/110913/dassault-laveu-de-la-corruption



LE SYSTÈME DASSAULT RACONTÉ DE L'INTÉRIEUR

Un habitant de Corbeil-Essonnes décortique pour Mediapart le système Dassault auquel il a participé avant d'être lâché. Alors que le sénateur milliardaire est convoqué par les juges le 2 octobre prochain dans une enquête criminelle, Athman livre dans un long témoignage sonore, les détails, les circuits financiers et les arrangements du « système D ». Et il en appelle à la justice, son témoignage mettant aujourd'hui sa vie en danger.


« J’ai vécu et grandi avec Monsieur Dassault, autour du monde de Monsieur Dassault, je n’ai connu que le monde Dassault. » Athman, 32 ans, est un ancien témoin devenu un acteur de ce qu’il nomme le « système D ». Il a « goûté » à l’argent du sénateur, en particulier lors des élections municipales, pour « inciter » des habitants à voter pour l’avionneur. N’ayant pas été payé pour les élections de 2010, il détaille et dénonce aujourd’hui ce système dont Serge Dassault reconnaît l’existence dans les enregistrements que Mediapart a rendu publics dimanche.

Ce n’est pas Athman qui nous a transmis l’enregistrement clandestin dans lequel Serge Dassault reconnaît avoir acheté la campagne électorale de 2010. Il n’est pas non plus l’une des deux personnes qui faisaient face au sénateur milliardaire ce jour de novembre de 2012. Mais, comme il l’explique, il fait partie de ceux qui ont initié cet enregistrement. Il a demandé que son prénom soit modifié pour des raisons de sécurité, car il sait très bien ce qu’on risque quand on dénonce le système Dassault, quand on enraye une machine qui a notamment fait la fortune de tous, dont certains malfrats.

Un ami de sa bande, un des deux hommes qui faisaient face à Dassault lors de l’enregistrement, s’est en effet fait tirer dessus trois mois plus tard, en février 2013. Il a réchappé par miracle aux balles qui ont été tirées, selon des sources policières, par un certain Younès B., précisément l’homme qui n’aurait pas redistribué correctement le 1,7 million d’euros versé par Dassault pour les seuls quartiers-sud de la ville… Les avocats de Serge Dassault, Mes Pierre Haïk et Jean Veil, ont annoncé lundi 16 septembre la convocation du sénateur, le 2 octobre prochain, comme “témoin assisté” par des juges d'Évry qui enquêtent sur cette tentative de meurtre. Initialement, les juges voulaient l'entendre sous le régime de la garde à vue, mais le bureau du Sénat s'était opposé à la levée d'immunité du milliardaire.


Serge Dassault, milliardaire, sénateur et ancien maire de Corbeil-Essonnes, est au centre de plusieurs enquêtes judiciaires.Serge Dassault, milliardaire, sénateur et ancien maire de Corbeil-Essonnes, est au centre de plusieurs enquêtes judiciaires.© Reuters

Conscient de la nécessité de crédibiliser son témoignage, « Athman » a cependant accepté que sa vraie voix soit diffusée dans cette longue interview séquencée de 20 minutes que nous publions aujourd’hui, et qui constitue une mine d’informations, précises et documentées, permettant de détailler une machine que plusieurs de nos confrères, comme
Le Canard enchaîné, Libération et Le Parisien, avaient déjà commencé à décrire.

Athman a rencontré pour la première fois Serge Dassault en 1996. À l’époque, le milliardaire vient de remporter, en 1995, les élections municipales de Corbeil-Essonnes, une ville qu’il traverse régulièrement pour se rendre sur son terrain d’aviation de Melun-Villaroche et dont il veut faire une vitrine de ses engagements politiques. Il veut, par la même occasion, prouver à ses détracteurs qu'il est capable de réussir sans hériter.

Cette victoire, il la savoure d'autant plus qu'il met fin, du coup, à trente-trois ans de communisme. Ville ouvrière de 42 000 habitants, Corbeil ne s’est pas relevée de la crise économique. À son arrivée, le nouveau maire promet de tout moderniser ; de se servir de son carnet d'adresses et de son savoir-faire de businessman pour relancer l'économie de la ville. Dix-huit ans plus tard, Serge Dassault n’a pas fait revenir l’emploi. Le taux de chômage n’a cessé d’augmenter, passant de 9,7 % en 1995 à 13,8 % en 2012, allant même jusqu'à 40 % dans certaines cités.

Pourtant « SD », comme l’appellent les jeunes de Corbeil, est parvenu à garder la ville sous son giron. « C’est comme chez Coluche. Chez Coluche, vous avez des pâtes, du riz, des tomates, des pommes de terre, du pain, des raviolis… Eh ben, chez Monsieur Dassault, vous avez des billets de 100, des billets de 200, des billets de 500, du bien immobilier… (…) et Monsieur Dassault, on ne peut pas dire que c’est Picsou. Il est généreux envers les habitants de Corbeil-Essonnes. » Qui, en échange, le lui rendent bien lors des élections, comme le raconte Athman.

   « On craint pour notre personne »

Athman explique avoir peur parce qu’il dénonce un système « par lequel des générations et des générations de personnes ont touché de l’argent. À cause de nous, tout ça va s’arrêter. » Selon lui, « tous les gens qui sont à Corbeil ont goûté à l’argent de Monsieur Dassault ». Pourquoi le dénoncer ? « On n’a pas été rémunérés, on nous a négligés, on nous a maltraités et c’est pas bon de faire des promesses qu’on ne peut pas tenir. »

   « On va pas lui dire : “Ah non, Monsieur, vous rajoutez une autre enveloppe !” »

En 2009, c’est aux Pinsons, le QG électoral de Dassault à Corbeil-Essonnes, que les habitants sont invités à déposer leur demande en tout genre. Ils défilent dans le bureau de « SD » et les enveloppes sont distribuées. En 2009, Athman fait la connaissance des lieux lors de l’entre-deux tours des élections municipales. À l’époque il demande une somme « modeste » : 10 000 euros.

Dans cet extrait, Athman parle de Jacques Lebigre comme de l’homme de main de Serge Dassault. Ancien militant du SAC, ancien directeur de cabinet de Serge Dassault à Corbeil et secrétaire départemental de l’UMP de l’Essonne, il est le fidèle parmi les fidèles, surnommé à Corbeil-Essonnes, le « porteur de valises ». Lorsque Serge Dassault remet l’argent à Athman, celui-ci ne prend pas la peine de vérifier la somme devant le milliardaire. « Quand on est devant, on est réservé, on a honte un peu, on se croit pas tout permis devant lui. On va pas lui dire : “Ah non, Monsieur, vous rajoutez une autre enveloppe !”. »

   « Ils ont d’abord voulu acheter la paix sociale. Puis ils nous ont fait des promesses… »

Un BEP d’électro technique en poche, après quelques petits boulots et un détour par la case prison pour trafic de drogue, Athman est approché par l’équipe Dassault pour réaliser un « travail », certes particulier mais lucratif. Athman explique qu’on est venu le chercher : « On était soi-disant des voyous. Ils voulaient acheter la paix sociale. Ils sont venus vers nous, ils nous ont fait des promesses. Ils connaissaient ma situation, ils m’ont dit : “On peut t’aider.” Nous, on n’est jamais venu taper à la porte de SD, c’est SD qui est venu et qui veut s’entourer de gens comme nous. (…) SD veut récupérer les plus agressifs. Ce qui fait qu’on devient tous des loups. On se dit qu’en étant brebis on va se faire bouffer, qu’en étant calme on n’aura rien, et en étant voyou, là, vous vous achetez une crédibilité. »

   « Pour moi et mon groupe, on a demandé 120 000 euros »

À la tête de la ville de 1995 à 2009, Serge Dassault a dû confier les rênes de la commune à son bras droit et employé de son groupe de presse, Jean-Pierre Bechter, à la suite de l’invalidation par le Conseil d’État, en juin 2009, de la municipale de 2008 pour dons d’argent. Inéligible, il présente donc son poulain qui remporte les élections en octobre 2009 de 27 voix. À l’époque, le mot d’ordre lors de la campagne dans les cités des Tarterêts, de la Nacelle, ou de Montconseil, est clair : « Votez Bechter, c’est voter Dassault. »

Mais en mars 2010, le scrutin d’octobre 2009 est lui aussi annulé au motif que Serge Dassault figurait sur les bulletins de vote de Bechter. Il faut repartir en campagne, et cette fois Athman est pleinement de la partie. Il raconte le démarchage et décortique comment la victoire a été rendue possible : « On leur expliquait que s’ils avaient besoin de quelque chose, d’un changement de logement, d’un appartement plus grand, un travail au SMIC dans les espaces verts ou dans le milieu associatif, il fallait voter Dassault. C’est tout simple. »

Il faut cependant faire le travail jusqu’au bout. « Monsieur Dassault ne paye qu’une fois le résultat obtenu. Si les gens ne font pas ce qu’il faut dans l’isoloir, personne n’a sa part. » Et après la victoire, il faut attendre. « Les liquidités arrivent au bout de 9 mois, 10 mois… »

Serge Dassault a admis avoir acheté l'élection municipale de 2010 dans un enregistrement réalisé en novembre 2012. Serge Dassault a admis avoir acheté l'élection municipale de 2010 dans un enregistrement réalisé en novembre 2012. © Reuters

   « En 2010, on me fait ouvrir des comptes »

« En 2010, on m’a fait une promesse. Cette promesse n’a pas été tenue. » Sans détour, Athman accuse Younès B., « le bras armé » de Serge Dassault, de ne pas avoir redistribué l’argent comme convenu. Ancien habitant de la cité des Tarterêts, Younès B., fait figure de « caïd » pour certains, de « toutou » pour d’autres. Il reste un des principaux bénéficiaires du « système D », système qui lui aurait permis notamment de devenir propriétaire d’un café et d’une entreprise à Corbeil-Essonnes. « Il a jugé bon de ne pas payer un petit quartier comme le mien. C’est pour cela qu’on n’a pas été réglé. »

Tout avait été pourtant préparé. Pour être rémunéré, il est demandé aux petites mains du système d’ouvrir des comptes à l’étranger. Dans l’enregistrement, Serge Dassault lui-même évoque le Liban, une piste déjà retenue dans le cadre de l’enquête de la Brigade de répression de la délinquance sur la personne (BRDP) ouverte à Paris, en avril 2012, suite à la plainte déposée par la fille de Serge Dassault, Marie-Hélène Habert, et de son frère Laurent, pour « harcèlement ». Un habitant de la cité des Tarterêts, Mamadou K., aujourd’hui en Belgique, aurait en effet récupéré dans une banque au Liban une somme d’argent importante provenant d’un compte lié à Serge Dassault.

   « Nos parents, eux, n’ont pas réussi à économiser 100 000 euros »

Les sommes en jeu font tourner les têtes. « Mon père a travaillé toute sa vie, il a juste eu de quoi payer ses factures, ci et ça, faire grandir ses enfants et basta. Et avoir 1 000 euros pour son enterrement. Vous imaginez maintenant, quelqu’un vient et vous propose 100 000 euros… »

Dans ces conditions, il n’est pas difficile d’obtenir des voix : « J’allais voter à droite parce que c’est un système de corruption… Tout en sachant que la droite, elle prend les immigrés avec des pincettes. »



Serge Dassault avec Nicolas Sarkozy, le 23 juin 2007, au Bourget. Serge Dassault avec Nicolas Sarkozy, le 23 juin 2007, au Bourget. © Reuters

   « On ne se fait plus la guerre : on sait comment prendre l’argent. On attend les élections. »

La paix entre quartiers est le seul point positif que trouve Athman au système. Ce qui ne l’empêche pas de s’interroger sur sa fin. « On se retrouve avec un milieu associatif et un milieu éducatif dans le chaos total. Quand tout ça sera fini, qu’est-ce qu’ils vont faire les jeunes ? (Les employeurs) leur demanderont : Vous n’avez rien fait pendant 10 ans ? »

   « On a investi à plusieurs dans une caméra cachée. Et on les a piégés. »

Fin 2012, Athman et ses acolytes parviennent indirectement à piéger un certain nombre d’élus. Ils veulent utiliser ces bombes mais obtenir en échange une protection pour ne pas être pris pour cibles. « En janvier 2013, on a vu les policiers de Nanterre. On leur explique la tension, on leur dit que des vies sont en danger. Ils ont pris ça avec des pincettes. Je leur dis qu’on a d’autres preuves (à leur disposition) mais seulement si on a une protection d’éloignement. La police nous répond qu’ici, c’est pas l’Amérique. »

Un mois plus tard, un de leurs amis qui avait piégé Dassault se fait tirer dessus par Younès B., l’homme qui n’a pas redistribué l’argent comme convenu. « Ils l’ont massacré pour rien, et on veut que ça ne se reproduise plus. C’est pour ça qu’on demande des garanties. »
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