MARTHE ET MARIE

LA VIERGE MARIE DANS L'ISLAM

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

LA VIERGE MARIE DANS L'ISLAM

Message par Joss le Sam 10 Nov 2012 - 12:30

LA VIERGE EN ISLAM

Dans la chapelle [ NOTRE DAME DE BÉCHOUATE (LIBAN)] , dévots chrétiens et musulmans se côtoient.

Ils circulent ensemble, touchent et embrassent les mêmes objets. Un seul geste rituel différencie clairement les chrétiens des musulmans : il s’agit du signe de croix qu’on accomplit en sortant et en entrant de la chapelle. Les musulmans ne font pas ce geste, mais trempent parfois leurs deux mains dans l’eau du bénitier et se les passent sur le visage. Ces gestes sont le plus souvent très discrets et rapides. Il arrive qu’un fidèle musulman demande qu’on lui laisse assez de place pour la prière rituelle qui consiste en deux prosternations en direction de LA MECQUE et deux autres en direction de la statue, mais la chose est assez rare.

Aussi, d’une façon générale, si ce n’était le voile de certaines femmes, il est finalement assez difficile de distinguer la grande majorité des fidèles musulmans des fidèles chrétiens.

«La VIERGE est pour tout le monde», m’expliquait une femme chiite de BAALBEK pour m’expliquer les raisons de sa venue à BICHÛ’ÂT. Cette expression «al-‘adra la –l- kull» est très fréquemment réitérée au LIBAN pour commenter la dévotion commune chrétienne et musulmane vouée à la VIERGE.


QUI EST LA VIERGE POUR LES MUSULMANS ?

Le CORAN et les HADITHS accordent un statut exceptionnel à MARIE (MARYAM en arabe). Dans le CORAN, où une sourate entière lui est consacrée (CORAN XIX), elle est déclarée «choisie de préférence à toutes les femmes de l’univers22» (CORAN III,42). Elle est considérée comme un signe de DIEU destiné aux hommes, annonciateur de la future mission divine de MUHAMMAD. La tradition rappelle que, lorsque DIEU invitera les élus à entrer au PARADIS, c’est MARIE qui entrera la première en réponse à cette invitation.

Elle a été, seule de l’espèce humaine avec son FILS, préservée du contact de SATAN lors de sa naissance et sa perfection est attestée par MUHAMMAD lui-même. Si l’exégèse voit généralement en elle une siddîqa (véridique) – la SIDIQÎYYA constitue la position la plus élevée de la sainteté – des théologiens tels qu’IBN HAZM ou encore QURTUBÎ vont beaucoup plus loin en lui accordant le statut de prophète. À ce titre, elle constitue le modèle de sainteté par excellence pour les femmes.

MARIE tient une place particulièrement importante dans la tradition chiite. La dévotion qui lui est vouée, dans cette branche de l’ISLAM, est renforcée par le culte voué à FÂTIMA, fille du Prophète MUHAMMAD, femme de ‘ALI et mère de HUSAYN et de HASAN. FÂTIMA rassemble en effet de nombreux attributs de la VIERGE : elle en est, en quelque sorte, le doublon. Selon un HADITH, LA MÈRE DE JÉSUS assista la femme du Prophète, KHADIDJA lors de son accouchement et transmit ainsi son charisme à l’enfant.

Dans l’hagiographie chiite, FÂTIMA est, à l’instar de la VIERGE, «supérieure à toutes les femmes de l’humanité». Malgré l’enfantement, elle a conservé sa virginité. En conséquence, les chiites la nomment «al-batûl» (LA VIERGE). Enfin, elle est parfois surnommée «umm abiha» (MÈRE DE SON PÈRE).

Concernant la VIERGE en ISLAM, il faut également souligner le statut particulier des objets et des images la représentant. L’ISLAM est souvent présenté comme un culte aniconique, voire iconophobe.

Dans les mosquées, en effet, les images sont rejetées au profit des dessins abstraits tels que les arabesques et la calligraphie : le mot est toujours préféré à l’image, l’abstrait aux formes des représentations figuratives. Cependant, des études ont démontré que, sur la question des représentations de saints et de prophètes, l’ISLAM a adopté des positions contrastées en fonction des époques, des aires géographiques et des traditions dans lesquelles il s’inscrivait. En reprenant l’expression de JACK GOODY, on peut discerner dans la religion musulmane des «contradictions cognitives» concernant les représentations, et non pas une attitude unique et définitive se transmettant d’une génération à une autre, sans remise en cause.

L’ambivalence à l’égard de la figuration est d’autant plus forte qu’il n’existe pas dans le CORAN de véritable théologie de l’image. Le CORAN se contente de proscrire l’adoration des idoles païennes et la production d’images en trois dimensions qui «produisent de l’ombre» et sont perçues comme des tentatives avortées d’imiter l’oeuvre créatrice de DIEU. Il faut attendre le IXème siècle et la rédaction des recueils de HADITHS pour trouver une condamnation de toutes les formes de représentations figuratives, qu’il s’agisse de statues ou d’images en deux dimensions. Néanmoins, même dans ce cadre, des contradictions notables apparaissent s’agissant notamment des images peintes de la VIERGE. Un HADITH célèbre rapporte que lorsque MUHAMMAD ordonna la destruction des idoles de la KAABA, il interdit que l’on touche une icône de la VIERGE À L’ENFANT en la protégeant de ses mains.

L’histoire de la diffusion des images saintes chrétiennes au Moyen-Orient illustre l’attitude contradictoire et ambivalente de l’ISLAM à l’égard des représentations figurées. BERNARD HEYBERGER montre que la pauvreté des icônes et l’absence parfois complète des images de religion dans les sanctuaires chrétiens de la région, avant le XVIIème siècle, s’expliquent par la «haine et l’incompréhension des musulmans à (leur) égard». Cependant, lorsqu’à partir du XVIIème siècle, les missionnaires catholiques importèrent massivement en Orient des statues et des images saintes, ces diverses représentations furent adoptées aussi bien par les chrétiens orientaux que par les musulmans. Ces derniers réclamaient aux missionnaires des images pour en faire des amulettes. Les portraits de MARIE eurent un succès considérable. De nos jours, le culte voué aux images de la MÈRE DE JÉSUS reste important, mais demeure au centre d’un débat jamais clôt sur sa licéité. Dans les églises du Moyen-Orient, il n’est pas rare de voir des fidèles musulmans faire la prière rituelle face à un tableau de l’ASSOMPTION ou de l’IMMACULÉE CONCEPTION. Lorsqu’une statue est transportée en procession, des dévots musulmans se joignent à la foule des fidèles chrétiens. Dans de nombreux foyers, chiites en particulier, MARYAM est présente en image, et ceci dans un vocabulaire pictural catholique : des statuettes de la VIERGE SULPICIENNE ornent les salons, encadrées par des gravures où s’inscrivent en lettres dorées sur fond noir les noms d’ALLÂH et du Prophète MUHAMMAD. La présence de MARIE est d’ordinaire plus discrète : des petites vignettes que l’on conserve dans son sac, parfois à l’insu d’un mari ou d’un frère. Car, la vénération à l’égard des représentations de la VIERGE se heurte parfois à l’exécration et au rejet :

«J’ai une image de la VIERGE sur moi. Elle est là, je lui parle, elle me rassure. J’étais stérile, grâce à elle j’ai eu trois garçons. Mon frère MAHMOUD un jour a vu l’image. Il l’a déchirée. Il a dit que nous n’avions pas besoin d’image. Il a crié des injures. Bien sûr, il a raison, ce n’est qu’une image, mais quand même… Je ne sais pas. C’est DIEU qui sait le mieux. Maintenant j’ai une autre image»,

m’expliquait FÂTIMA, une habitante chiite de BEYROUTH. L’attitude du dévot musulman à l’égard des objets manifestant la présence de la VIERGE se situe donc dans un entredeux : elle n’est ni complète acceptation, ni rejet total.

http://prophetesetmystiques.blogspot.fr/2012/11/notre-dame-de-bechouate-liban.html
avatar
Joss
Administrateur
Administrateur

Féminin Nombre de messages : 10500
Age : 67
Localisation : region parisienne
Date d'inscription : 26/05/2007

http://marthetmarie.lifediscussion.net

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum