MARTHE ET MARIE

A LA VIE, A LA MORT...

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A LA VIE, A LA MORT...

Message par Joss le Mer 1 Fév 2012 - 17:41

Nous nous cherchons, nous nous fuyons, nous nous rencontrons par intermittence et nous n'arrivons jamais à boucler la boucle, à nous définir nous-mêmes, à savoir qui nous sommes. A plus forte raison ne connaissons-nous pas les autres. Les autres, nos plus intimes.

Vos enfants, vos femmes, vos maris, qui sont-ils à côté de vous ? Que savez-vous des pensées secrètes du coeur de votre enfant ? Que savez-vous du mystère dernier de votre femme ou de votre mari ?

On n'a pas le temps, la vie passe si vite, on est occupé par les soucis matériels ou par les divertissements... et finalement la mort arrive, et c'est devant la mort que l'on prend conscience que la vie aurait pu être quelque chose d'immense, de prodigieux, de créateur...

Mais, c'est trop tard... et la vie ne prend tout son relief que dans l'immense regret d'une chose inaccomplie. Et les survivants sont là à pleurer ceux qui ne sont plus, qui n'ont rien fait jaillir de leur existence et à la réalisation desquels les vivants ont si peu collaboré.

C'est alors que la mort, justement parce que la vie a été inaccomplie, apparaît comme un gouffre, comme un mystère insondable qui fait renaître constamment l'objection :

«Mais après tout, aucun des morts n'est jamais revenu pour témoigner de ce qui se passe au-delà».
ZUNDEL 1962

Si l'expérience de la vie échoue, je veux dire si, souvent, la vie des êtres les plus aimés nous laisse le regret d'une chose inaccomplie - que nous n'avons pas suffisamment comprise, à la réalisation de laquelle nous n'avons pas suffisamment collaboré - c'est que, justement, la connaissance d'un sujet, d'une intimité, suppose l'enracinement de notre intimité dans celle d'autrui, une communauté d'âme, un échange si profond qu'il faut constamment jeter du lest, constamment se dépasser pour être un espace assez grand pour l'accueillir.

Si nous ne connaissons pas davantage les autres, c'est parce que nous ne devenons pas autrui, parce que nous sommes enfermés en nous-mêmes, parce que nous ne savons pas nous dépasser. Alors l'autre se banalise, il prend cette figure sociale qui répond à sa fonction, au personnage qu'il s'est forgé, au masque qu'il est contraint de porter. Nous n'allons pas au-delà, nous ne découvrons pas la source qu'il est appelé à devenir, nous n'atteignons pas son unicité, parce que nous ne sommes dignes ni de la connaître, ni de la susciter.
ZUNDEL 1962

Il ne s'agit pas, en effet, de connaître le lieu où nous irons après la mort, il ne s'agit aucunement d'un après dans le temps ou dans l'espace, il s'agit d'un au-delà qui est au-dedans . Cela veut dire qu'il s'agit de vaincre la mort ici-bas, dès aujourd'hui, tellement que le vrai problème n'est pas de savoir si nous vivrons après la mort, mais si nous serons vivants avant la mort.

Si nous étions vivants avant la mort, en effet, s'il y avait en nous cette grandeur, cette puissance de rayonnement où s'atteste une valeur, s'il y avait en nous une source jaillissante, si notre vie portait partout la lumière, si elle était un dialogue avec l'Éternel, si nos actions n'étaient pas limitées, si elles avaient toute l'ampleur et toute la portée que l'amour leur peut conférer, la mort serait progressivement vaincue, le temps en nous s'éterniserait et nous multiplierions ces heures étoilées
ZUNDEL 1962

La plupart des vies, malheureusement, sont des cadavres d'humanité, remorqués par les énergies physiques données à la naissance : c'est-à-dire que la plupart des hommes sont portés par leur biologie au lieu de la porter. Ils meurent avant de vivre. Et c'est précisément cela la vraie mort : celle qui se situe avant la mort dans cette identification passive avec la biologie. On en a tellement le sentiment devant ces vies toutes faites qui obéissent à un schéma préfabriqué, devant ces vies copies-conformes, devant ces visages «types Hollywood» que l'on retrouve un peu partout : anonymes et superficiels. On n'y reconnaît pas l'homme avec toute sa puissance de dépassement. On n'y rencontre pas cette création dont la vocation est au coeur de notre être.

C'est pourquoi le vrai problème, encore une fois, n'est pas de savoir si nous serons vivants après la mort, mais bien si nous serons vivants avant la mort. Car il n'est pas question de réclamer l'immortalité pour notre biologie, prise comme telle, qui ne vaut pas plus que celle des punaises ou des chacals. L'immortalité n'est pas une rallonge mise à notre vie biologique dans la crainte de crever. Ce n'est pas du tout cela.
ZUNDEL 1962
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