MARTHE ET MARIE

Edith Stein "Le mystère de Noël" (extrait)

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Edith Stein "Le mystère de Noël" (extrait)

Message par Belen le Dim 18 Déc 2011 - 18:25

Que ta volonté soit faite

Nous abordons ici une troisième marque de la filiation divine. Être un avec Dieu était la première. Que tous soient un en Dieu, la seconde. La troisième s’exprime de la façon suivante : « À cela je reconnais que vous m’aimez si vous gardez mes commandements. »
Être enfant de Dieu signifie marcher la main dans la main de Dieu, faire sa volonté et non la nôtre, nous en remettre à Lui de nos soucis et de nos espoirs, ne plus nous inquiéter de notre propre avenir. Ainsi trouve-t-on la liberté et la joie. Combien peu les possèdent parmi les vrais croyants, et même parmi ceux qui ont fait d’eux-mêmes l’offrande héroïque ! Combien vont toujours comme courbés sous le poids écrasant de leurs soucis et de leurs devoirs. Ils connaissent la parabole des oiseaux du ciel et du lys des champs, mais s’ils rencontrent un homme sans ressources, ni pension, ni assurance qui vit insouciant de l’avenir, ils hochent la tête comme devant quelque chose d’insolite. Certes, attendre du Père qu’il prenne soin de nos revenus, de notre situation, de la manière que nous estimons souhaitable, serait se tromper lourdement. La confiance en Dieu ne peut demeurer ferme que si elle inclut la disposition de tout accepter de sa main. Lui seul sait ce qui nous convient. Et si un jour le besoin et la misère venaient à nous plutôt qu’une vie assurée et confortable, si l’échec et l’humiliation nous étaient meilleurs que l’honneur et le prestige, il nous faudrait être prêts. Qui fait ainsi peut vivre le présent, allégé de tout l’avenir.

Que ta volonté soit faite. Telle doit être la règle de la vie chrétienne, ordonnant la journée du matin jusqu’au soir, le cours de l’année, la vie entière. C’est l’unique préoccupation du chrétien. Tous les autres soucis, le Seigneur les assume.

Un seul, toutefois, demeure aussi longtemps que nous vivons. Objectivement, nous ne sommes pas définitivement assurés de demeurer toujours dans les voies du Seigneur. Comme nos premiers parents ont pu tomber de la famille de Dieu dans le camp des rebelles, ainsi chacun de nous se tient toujours sur la corde raide entre le néant et la plénitude de la vie divine. Et, tôt ou tard, nous en ferons subjectivement l’expérience. Dans l’enfance de la vie spirituelle, alors que nous avons tout juste commencé de nous abandonner à la conduite de Dieu, nous savons qu’une main très ferme et très forte nous dirige ; et ce que nous devons faire ou abandonner apparaît en pleine clarté. Mais il n’en sera pas toujours ainsi. Celui qui appartient au Christ doit vivre toute la vie du Christ. Comme lui il atteindra l’âge adulte et, un jour, entrera dans le chemin de la Croix, qui, par Gethsémani, conduit au Golgotha. Et toutes les souffrances qui nous atteignent extérieurement ne sont rien en comparaison de la nuit obscure de l’âme lorsque la lumière divine ne l’éclaire plus et que la voix du Seigneur ne se fait plus entendre. Dieu est là, mais il est caché et se tait.
Pourquoi en est-il ainsi ? Ce sont les mystères de Dieu que nous abordons et ils ne se laissent pas entièrement pénétrer. Nous ne pouvons que commencer à les contempler. Dieu s’est fait homme pour nous donner de participer à nouveau à sa vie. Participation qui était au principe et qui est l’ultime fin.

Mais dans l’intervalle, nous avons à vivre. Le Christ est à la fois Dieu et Homme, et qui veut partager sa vie doit prendre part à sa vie divine et à sa vie humaine. La nature humaine qu’il revêtit lui donna la possibilité de souffrir et de mourir. La nature divine qu’il possède de toute éternité confère à sa souffrance et à sa mort une valeur infinie et une force rédemptrice. La souffrance et la mort du Christ continuent dans son corps mystique et en chacun de ses membres. Tout homme doit souffrir et mourir. Mais s’il est membre vivant du Christ, sa souffrance et sa mort reçoivent alors, de la divinité du Chef, une puissance de rédemption. C’est la raison objective pour laquelle tous les saints ont appelé la souffrance. Il ne s’agit pas là d’un désir morbide. Ce qui, au regard de l’intelligence naturelle, apparaît presque comme une perversion, se révèle pourtant, dans la lumière du mystère de la Rédemption, comme la raison la plus haute. Ainsi lié au Christ, le chrétien demeure inébranlé même dans la nuit obscure où Dieu lui paraît lointain et où il se croit abandonné ; et peut-être la Providence divine lui impose-t-elle ce supplice afin qu’un de ses frères, effectivement prisonnier de l’erreur, soit délivré. Disons, nous aussi : « Que ta volonté soit faite », même au coeur de la plus sombre nuit.


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