MARTHE ET MARIE

L'aveugle de Jéricho

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L'aveugle de Jéricho

Message par etienne lorant le Lun 14 Nov 2011 - 9:13

Evangile : Guérison d'un aveugle (Lc 18, 35-43)

Comme Jésus approchait de Jéricho, un aveugle qui mendiait était assis au bord de la route.
Entendant une foule arriver, il demanda ce qu'il y avait.
On lui apprit que c'était Jésus le Nazaréen qui passait.
Il s'écria : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! »
Ceux qui marchaient en tête l'interpellaient pour le faire taire. Mais lui criait de plus belle : « Fils de David, aie pitié de moi ! »
Jésus s'arrêta et ordonna qu'on le lui amène. Quand il se fut approché, Jésus lui demanda :
« Que veux-tu que je fasse pour toi ? — Seigneur, que je voie ! »
Et Jésus lui dit : « Vois. Ta foi t'a sauvé. »
À l'instant même, l'homme se mit à voir, et il suivait Jésus en rendant gloire à Dieu. Et tout le peuple, voyant cela, adressa ses louanges à Dieu
.


Pour mieux situer la scène, lorsque l'on sort du désert du Sinaï, Jéricho est la première ville que l'on traverse pour se rendre à Jérusalem - située beaucoup plus en altitude. A la la fin de leur périple de quarante année dans le désert, c'est par Jéricho que les juifs sont entrés en terre promise. Cette précision n'est pas sans importance pour comprendre la richesse de sens de la guérison de cet aveugle.
Celui-ci est juif car nul, autre qu'un juif, n'eût appelé Jésus "fils de David". C'est le plus grand éloge qu'un juif peut adresser car l'expression 'fils de David' désigne directement le messie de Dieu.

Et l'on continue dans le sens à plusieurs niveaux. Jésus sait bien que cet homme est aveugle, mais il va tout de même lui poser la question.
C'est que l'on peut être aveugle et désirer guérir, mais on peut également désirer quelque chose que plus que de recouvrir la vue. Or, c'est bien ce qui va se passer ici. Et la réponse de cet homme, son cri : "Seigneur, que je voie !" sort du plus profond de l'homme et porte beaucoup plus loin: il atteint même chacun d'entre nous car nous avons beau dire comme certains pharisiens que "Nous voyons !", c'est à cause de cette prétention que notre péché demeure !

Dès lors, comme il serait intéressant pour chacun d'entre nous, de nous mettre à la place de l'aveugle, de nous asseoir au bord de la route: nous comprendrions tout aussitôt notre isolement hors du mouvement général, notre distinction malheureuse, ce sentiment de différence, inacceptable par le monde... au fond, il suffit de fermer les yeux pour se trouver à la place de l'aveugle, bien sûr ! Ce cri de "Seigneur, que je voie !", comme il va plus loin que la guérison des yeux de chair ! Voir, c'est aussi comprendre, c'est aussi découvrir et le regard n'est jamais rassasié.

Voir, c'est aussi: suivre, car la guérison de l'aveugle est double. Il est né de nouveau par son acte de foi. Ouvrir les yeux, voir le Christ, et dans le même mouvement: le suivre, évidemment... quoi d'autre ?
Il me semble souvent que les hommes parlent de la fin du monde sans comprendre que le monde est achevé à partir du moment où nos yeux s'ouvrent. Qu'est-ce que la conversion, sinon la guérison de notre aveuglement ?

Soudain, lorsque nos yeux s'ouvrent, tous nos murs tombent: nous avions cru qu'ils nous protégeaient mais nous nous étions enfermés à l'intérieur, nous avions fermé nos portes à double-tour et notre citadelle n'était qu'une prison. Il faudrait relire ici la prise de Jéricho par Josué, mais je préfère la formule poétique que j'emprunte à Victor Hugo:

"Sonnez, sonnez toujours, clairons de la pensée.

Quand Josué rêveur, la tête aux cieux dressée,
Suivi des siens, marchait, et, prophète irrité,
Sonnait de la trompette autour de la cité,
Au premier tour qu'il fit, le roi se mit à rire ;
Au second tour, riant toujours, il lui fit dire :
" Crois-tu donc renverser ma ville avec du vent ? "
À la troisième fois l'arche allait en avant,
Puis les trompettes, puis toute l'armée en marche,
Et les petits enfants venaient cracher sur l'arche,
Et, soufflant dans leur trompe, imitaient le clairon ;
Au quatrième tour, bravant les fils d'Aaron,
Entre les vieux créneaux tout brunis par la rouille,
Les femmes s'asseyaient en filant leur quenouille,
Et se moquaient, jetant des pierres aux Hébreux ;
À la cinquième fois, sur ces murs ténébreux,
Aveugles et boiteux vinrent, et leurs huées
Raillaient le noir clairon sonnant sous les nuées ;
À la sixième fois, sur sa tour de granit
Si haute qu'au sommet l'aigle faisait son nid,
Si dure que l'éclair l'eût en vain foudroyée,
Le roi revint, riant à gorge déployée,
Et cria : " Ces Hébreux sont bons musiciens ! "
Autour du roi Joyeux riaient tous les anciens
Qui le soir sont assis au temple, et délibèrent.

À la septième fois, les murailles tombèrent.
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