MARTHE ET MARIE

Bac latin 2012

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Sénèque, commentaire

Message par Fée Violine le Mer 23 Mai 2012 - 23:21

l'âme croît par sa propre énergie, se nourrit et s'exerce elle-même, cf. Socrate, la maïeutique : l'homme a en lui tout pour être sage, il faut juste l'accoucher.

beaucoup d'huile, l'huile d'olive servait pour les massages et aussi pour rendre la peau glissante pour la lutte.

C'est donc en vain qu'est inscrit sur les registres le nom de liberté, elle que ne possèdent ni ceux qui l'ont achetée ni ceux qui l'ont vendue. Sénèque oppose la liberté sociale (qui n'est pas la vraie liberté) et la liberté intérieure (ainsi, un esclave stoïcien est plus libre qu'un riche patricien)
La condition d'homme libre était inscrite sur le "registre d'état civil".

Libère-toi d'abord de la peur de la mort cf. Montaigne, "philosopher c'est apprendre à mourir"

de ceux qu'on dit heureux, la joie est feinte, la tristesse lourde et suppurante, le riche ne peut s'offrir le luxe de rire comme le pauvre. Hypocrisie sociale car le vrai bonheur est lié au comportement, pas à la richesse.

La philosophie romaine en général, celle de Sénèque en particulier, est une philosophie pratique, sans considérations métaphysiques ou abstraites (ils ont laissé cela aux Grecs!), c'est juste une morale, un art de vivre.
Les réflexions morales sont inspirées de la vie quotidienne. Ici l'auteur a vu ce jour-là un spectacle sportif, d'où sa comparaison entre l'entraînement sportif et l'entraînement philosophique. Comparaison d'ailleurs pas nouvelle puisque le mot "ascèse" signifie en grec "exercice".
La réflexion est simple et consiste surtout en antithèses, tout au long du passage:
oppositions sportif/apprenti philosophe, liberté sociale/liberté spirituelle, pauvre/riche

Vue ainsi, la philosophie semble très facile. Il suffit (!) de ne pas avoir peur de la mort ni de la pauvreté. Les arguments ne sont pas vraiment convaincants. Sénèque prend son lecteur par l'amour-propre : si un esclave est capable de faire effort pour acheter sa liberté, Lucilius peut le faire aussi!
Le raisonnement sur le malheureux riche et le joyeux pauvre (qui rappelle la fable de La Fontaine "Le savetier et le financier") semble cynique de la part d'un des hommes les plus riches de l'Empire... Pourtant, n'oublions pas le contexte politique : Néron avait donné cette fortune à Sénèque, son conseiller. Mais la faveur de Néron était un cadeau empoisonné, car elle fut suivie de disgrâce et de mort violente... Donc le riche Sénèque avait bien des raisons de se faire du souci! Et d'amples occasions de s'exercer à ne pas craindre la mort ou la pauvreté!
Notons le terme "suppurata" appliqué à la tristesse: un mot violent et baroque.





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Tacite. La mort de Sénèque (texte et traduction)

Message par Fée Violine le Mer 23 Mai 2012 - 23:34

Tacite, Annales 15, 63-64

Tacite (57-120), orateur, ami de Pline le jeune, gendre du général Agricola (dont il écrit la biographie), auteur des Histoires et des Annales, un des plus grands historiens latins: fin psychologue, écrivain très concis, cherche à être objectif en cherchant les causes des événements mais forcément subjectif quand même (c'est un aristocrate qui trouve évidemment que "c'était mieux avant", donc il montre toujours les empereurs sous le jour le plus noir!)

L'empereur Néron avait fait une première tentative pour se débarrasser de Sénèque, son ancien précepteur : un affranchi avait préparé du poison mais l'opération avait échoué. La conjuration de Pison contre l'empereur servit de prétexte à Néron pour réussir son projet.
Le philosophe dînait en compagnie de son épouse Pompeia Paulina et de deux amis quand un officier de la cohorte prétorienne vint lui apporter les instructions de l'empereur l'invitant à se donner la mort.
Les amis pleurent, Sénèque reste calme, sa femme veut mourir avec lui:

Post quae eodem ictu brachia ferro exsolvunt. Ensuite le même fer leur ouvre les veines des bras.
Seneca, quoniam senile corpus et parco victu tenuatum lenta effugia sanguini praebebat, Sénèque, dont le corps affaibli par les années et par l’abstinence laissait trop lentement échapper le sang,
crurum quoque et poplitum venas abrumpit; se fait aussi couper les veines des jambes et des jarrets.
saevisque cruciatibus defessus, Bientôt, dompté par d’affreuses douleurs,
ne dolore suo animum uxoris infringeret il craignit que ses souffrances n’abattissent le courage de sa femme,
atque ipse visendo eius tormenta ad impatientiam delaberetur, et que lui-même, en voyant les tourments qu’elle endurait, ne se laissât aller à quelque faiblesse
suadet in aliud cubiculum abscedere. il la pria de passer dans une chambre voisine.
Et novissimo quoque momento suppeditante eloquentia Puis, retrouvant jusqu’en ses derniers moments toute son éloquence,
advocatis scriptoribus pleraque tradidit, il appela des secrétaires et leur dicta un assez long discours.
quae in vulgus edita eius verbis invertere supersedeo. Comme on l’a publié tel qu’il sortit de sa bouche, je m’abstiendrai de le traduire en des termes différents.

[finalement Pauline ne meurt pas, elle vivra encore plusieurs années]...

Seneca interim, durante tractu et lentitudine mortis, Quant à Sénèque, comme le sang coulait péniblement et que la mort était lente à venir,
Statium Annaeum, diu sibi amicitiae fide et arte medicinae probatum, il pria Statius Annéus, qu’il avait reconnu par une longue expérience pour un ami sûr et un habile médecin,
orat provisum pridem venenum promeret, de lui apporter le poison dont il s’était pourvu depuis longtemps,
quo damnati publico Atheniensium iudicio exstinguerentur, le même qu’on emploie à Athènes contre ceux qu’un jugement public a condamnés à mourir.
adlatumque hausit frustra, Sénèque prit en vain ce breuvage :
frigidus iam artus et cluso corpore adversum vim veneni. ses membres déjà froids et ses vaisseaux rétrécis se refusaient à l’activité du poison.
Postremo stagnum calidae aquae introiit, Enfin il entra dans un bain chaud,
respergens proximos servorum et répandit de l’eau sur les esclaves qui l’entouraient,
addita voce libare se liquorem illum Iovi liberatori. en disant :"J’offre cette libation à Jupiter Libérateur."
Exim balneo inlatus et vapore eius exanimatus, Il se fit ensuite porter dans une étuve, dont la vapeur le suffoqua.
sine ullo funeris sollemni crematur. Son corps fut brûlé sans aucune pompe.
Ita codicillis praescripserat, Il l’avait ainsi ordonné par un codicille,
cum etiam tum praedives et praepotens supremis suis consuleret. lorsque, riche encore et tout-puissant, il s’occupait déjà de sa fin.



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Tacite, commentaire

Message par Fée Violine le Jeu 24 Mai 2012 - 9:08

C'est un texte réaliste, pénible, le processus mortel est décrit minutieusement, avec beaucoup de termes évoquant le corps, la vieillesse, la difficulté, la souffrance.
Statius Annaeus, le médecin, est apparemment un affranchi de Sénèque, dont il porte le nom de famille (Annaeus) en plus de son nom personnel (Statius). Les médecins à Rome étaient généralement des esclaves ou des affranchis, souvent d'origine grecque.
Pompeia Paulina, l'épouse de Sénèque, est envoyée par son mari agoniser dans une autre pièce (en réalité, Néron ordonnera de la sauver et elle vivra encore plusieurs années). Des deux motifs invoqués, l'un est sympathique (il craint qu'elle souffre de le voir souffrir), mais l'autre l'est moins : il pense à lui-même, il craint que de la voir souffrir dérange sa propre sérénité, ce qui l'ennuierait vu qu'il a passé sa vie à s'entraîner à mourir comme un grand philosophe!

Le parallèle avec la mort de Socrate, le modèle du genre, est ici évident: le philosophe condamné à mort par un pouvoir inique, la sérénité du mourant, la tristesse de ses amis, l'usage de la ciguë, les derniers mots évoquant une offrande à un dieu (Socrate est mort en disant : "Criton, n'oublie pas que nous devons un coq à Asclépios")...
Mais Sénèque n'oublie pas d'écrire (de faire écrire, du moins) encore un long discours, tandis que Socrate n'a jamais rien écrit et a passé ses derniers instants à philosopher comme d'habitude avec ses amis et disciples.
Tacite admire certainement Sénèque, comme toutes les générations qui liront ce texte, mais il n'est pas certain qu'il l'aime...

D'une part une vie pleine de faiblesses et de fautes, de l'autre une oeuvre qui contient toute la sagesse antique et une mort que Tacite a immortalisée. Une telle vie n'a rien pu contre une telle fin, ni contre une telle oeuvre. En quoi Sénèque peut étonner. Les faits sont connus. On vante la constance dans l'épreuve et pour échapper à l'exil on flatte bassement un affranchi. On est rappelé par Claude et en même temps que l'on écrit son éloge officiel, on le ridiculise dans cette cocasse Citrouillification. On doit tout à Agrippine et, après avoir partagé les dépouilles de Britannicus, on recommande d'achever par le fer la superbe impératrice. Pourquoi les contemporains, qui n'ignoraient rien de ces graves compromissions, ont-ils été pour Sénèque en fin de compte si indulgents ? Pourquoi Quintilien, qui lui a consacré la meilleure page de critique littéraire que l'Antiquité nous ait laissée et qui est très sévère pour cet anti-Cicéron, ne fait-il aucune allusion à son rôle politique ? Pourquoi Tacite,¬ notre source essentielle ¬impitoyable en tant de chapitres pour le collaborateur d'un prince qu'il exècre, consacre-t-il pourtant plusieurs pages hagiographiques au récit de cette mort édifiante d'un nouveau Socrate, qui dans son inconscience se vantait lui-même de laisser au moins à ses amis en guise de legs l'image de sa vie. Les raisons sont multiples : les tyrans étaient responsables et non pas lui ; auprès de Néron il avait sauvegardé ce qu'il avait pu, avant de finir en victime et héroïque ; par son attitude sénatoriale et libérale, il avait travaillé en vrai philosophe pour le bien de l'humanité. Tout cela est en partie juste. Enfin et surtout, il y avait l'oeuvre.





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Lucrèce, sagesse épicurienne

Message par Fée Violine le Jeu 24 Mai 2012 - 9:15

Après la théorie (texte de Sénèque) puis la pratique (texte de Tacite) du stoïcisme, voici la philosophie épicurienne, qui n'est d'ailleurs pas si différente.
Ce texte a été étudié l'année dernière: http://marthetmarie.lifediscussion.net/t3144p15-bac-latin-2011

(sur la même page, juste avant Lucrèce, voir aussi le commentaire sur un passage des Lettres à Lucilius, différent de celui de cette année, mais dans le même esprit)
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Virgile, Bucoliques

Message par Fée Violine le Jeu 24 Mai 2012 - 9:16

Et enfin, l'oeuvre au programme en 2012 et 2013 : les Bucoliques de Virgile.

Virgile (Publius Vergilius Maro), né en -70 près de Mantoue (nord de l'Italie), mort en -19 à Brindisi, le plus grand poète latin, auteur des Bucoliques, des Géorgiques et de l'Énéide.

Présentation de l'oeuvre: http://fr.wikipedia.org/wiki/Bucoliques

Comme nous avons manqué de temps, nous n'avons pu étudier que deux textes, tirés des Bucoliques (ou Églogues) 1 et 6.
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Virgile, 1ère églogue, vers 40-58

Message par Fée Violine le Jeu 24 Mai 2012 - 9:33

Tityrus
Quid facerem? Neque servitio me exire licebat 40
nec tam praesentes alibi cognoscere divos.
Hic illum vidi juvenem, Meliboee, quotannis
bis senos cui nostra dies altaria fumant.
Hic mihi responsum primus dedit ille petenti:
«pascite ut ante boves, pueri, submittite tauros.» 45

Meliboeus
Fortunate senex, ergo tua rura manebunt
et tibi magna satis, quamvis lapis omnia nudus
limosoque palus obducat pascua junco.
Non insueta graves temptabunt pabula fetas
nec mala vicini pecoris contagia laedent. 50
Fortunate senex, hic inter flumina nota
et fontes sacros frigus captabis opacum;
hinc tibi, quae semper, vicino ab limite saepes
Hyblaeis apibus florem depasta salicti
saepe levi somnum suadebit inire susurro; 55
hinc alta sub rupe canet frondator ad auras,
nec tamen interea raucae, tua cura, palumbes
nec gemere aeria cessabit turtur ab ulmo.


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1ère églogue, traduction

Message par Fée Violine le Jeu 24 Mai 2012 - 9:35

Tityre
Quid facerem? Neque servitio me exire licebat Que pouvais-je faire ? Il ne m’était pas possible de sortir [autrement] d’esclavage,
nec tam praesentes alibi cognoscere divos. ni de connaître ailleurs des dieux aussi prêts à m’assister.
Hic illum vidi juvenem, Meliboee, J’y ai vu, Mélibée, ce jeune héros
cui altaria nostra bis senos dies quotannis fumant. en l’honneur de qui nos autels fument douze jours par an.
Hic primus ille responsum mihi petenti dedit : C’est là que le premier, il a donné cette réponse à ma demande (litt. à moi demandant) :
«pascite ut ante boves, pueri, submittite tauros.» « Faites paître vos bœufs comme avant, garçons ; élevez des taureaux.»

Mélibée
Fortunate senex, ergo tua rura manebunt Heureux vieillard ! Ainsi les terres resteront à toi
et tibi magna satis, Et assez grandes pour toi,
quamvis lapis nudus bien que la pierre nue
limosoque junco palus et le marécage au jonc boueux.
omnia pascua obducat recouvrent tous tes pâturages.
insueta pabula graves fetas non temptabunt un fourrage inhabituel ne mettra pas à l’épreuve tes brebis pleines
nec mala vicini pecoris contagia laedent. et les contacts malsains d'un troupeau voisin ne les abîmeront pas.
Fortunate senex, hic inter flumina nota Heureux vieillard ! Ici, au milieu de rivières connues
et fontes sacros frigus captabis opacum; et de sources sacrées, tu goûteras l’ombre et le frais;
hinc, quae semper, ab vicino limite d’un côté, comme toujours, à la lisière du champ voisin,
salicti saepes Hyblaeis apibus florem depasta la haie de saule, dont les abeilles de l’Hybla butinent la fleur (litt. butinée par les abeilles quant à la fleur),
saepe tibi suadebit somnum inire levi susurro; t’invitera souvent au sommeil (litt. à entrer dans le sommeil) par un léger bourdonnement ;
hinc alta sub rupe canet frondator ad auras, de l’autre, à l’abri d’un haut rocher, l’émondeur chantera vers le ciel,
nec tamen interea raucae, tua cura, palumbes et cependant les rauques palombes, objet de tes soins,
nec gemere cessabit turtur ab aeria ulmo. ni la tourterelle, ne cesseront pas de gémir depuis l'orme aérien.



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1ère églogue, commentaire

Message par Fée Violine le Jeu 24 Mai 2012 - 9:35

Virgile et le genre pastoral.
Poésie de bergers pratiquant musique et poésie, et activités bucoliques (ils gardent leurs troupeaux).
Genre factice, idylles.
A l’origine, Théocrite, originaire de Syracuse. Il a écrit « Les Idylles ».
Lieu utopique : l’Arcadie (région montagneuse de Grèce) imaginaire. Pâturages et bois, paysages proches de ceux de l’Italie du Sud et de la Sicile.
Les hommes : les Arcadiens représentent un idéal de vie, rêves de paix loin du bruit du monde et de ses intrigues.
Les dieux : séjournent parmi les hommes.
Virgile peint l’Arcadie heureuse dans les Bucoliques et les Géorgiques. Il y a une volonté de se détacher de la réalité, pour créer un paradis terrestre, un lieu de paix et de tranquillité, auquel le monde romain aspire après des années de guerre civile. Il s'agit de célébrer les vraies valeurs : l'amour, la nature, la sérénité, l'harmonie, la beauté...

****************************
Les noms des deux personnages sont empruntés à Théocrite.

Tityre (Tituros) est peut-être la prononciation dorienne de "sisuros" = peau de chèvre (vêtement des paysans; ou "le bouc"?); ou un sobriquet d'après "satyros"?
Chez Théocrite, Tityros est le valet d'un chevrier, et un chanteur subalterne. Chez Virgile, dans la Bucolique 1, il est un bouvier, ancien esclave possédant à présent quelques biens.

Mélibée (Méliboios) = qui prend soin des boeufs. Ici c'est un chevrier, il représente les petits paysans spoliés.

La 1ère Bucolique est un dialogue entre ces deux bergers.

****************

Virgile a certes emprunté à Théocrite cette forme poétique, le sujet, les noms des personnages. Mais il y met aussi des idées personnelles, des éléments autobiographiques, et même des allusions à l'actualité politique. En effet Virgile a été exproprié de son domaine à la suite de la guerre civile. L'intervention d'Octave, le futur empereur Auguste, lui a permis de garder ses biens, et c'est cette joie qu'il exprime par la bouche de ses personnages. On a aussi ici une allusion prémonitoire à un culte rendu à Octave : celui-ci sera en effet divinisé, mais bien longtemps après ! Ici, Octave conseille à Tityre de continuer à s'occuper de ses troupeaux : effectivement, dans la réalité, Octave devenu empereur essaiera d'inciter ses sujets au retour à la terre.

Les terres de Tityre sont couvertes de rochers et de marécages, mais le travail permet d'échapper à la misère, malgré la piètre qualité du terrain; donc un idéal de frugalité, nous ne sommes pas dans un pays de Cocagne. Elles sont "assez grandes pour lui" (idéal d'autarcie, d'élevage extensif sans productivisme).
Ses troupeaux éviteront les hasards des contagions et des maladies, hantise principale d'un berger.
"qui existe toujours à la limite du champ voisin" (Virgile tient à souligner la permanence, par delà les tribulations du temps, de ce type de clôture; de plus, la propriété se marque par la séparation, de tout temps!)
"la haie t'invitera à entrer dans le sommeil par son léger bourdonnement" (de fait, c'est bien la haie qui donne l'impression de bourdonner).
Tityre pourra s'adonner aux bonheurs simples de la vie, qui sont aussi des bonheurs durables (verbes au futur), il aura le loisir de composer de la poésie (ce qu'on le voyait faire au tout début de cette Bucolique)
Mais implicitement nous comprenons que ce qui fait le bonheur de Tityre est ce qui fait le malheur de Mélibée… Tout ce qu’a Tityre est précisément tout ce que n’aura plus son ami : la terre, la sécurité, la paix, le loisir. Tityre, lui, a la chance d'être protégé par le divin Octave, son bienfaiteur.

- Une poésie bucolique : on la voit inspirée par tous les éléments de la nature ….
- Une poésie inscrite dans une époque historiquement troublée : expression d’une reconnaissance personnelle …
- Une poésie universelle, qui rejoint à travers Mélibée la figure intemporelle de tous les exilés…
- Une poésie qui a pour but la Poésie même, présentée comme la source ultime du bonheur, à travers le bonheur de Tityre…



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Virgile, 6ème églogue, vers 13-28

Message par Fée Violine le Jeu 24 Mai 2012 - 9:36

Pergite, Pierides. Chromis et Mnasylus in antro
Silenum pueri somno uidere iacentem,
[6,15] inflatum hesterno uenas, ut semper, Iaccho;
serta procul tantum capiti delapsa iacebant,
et grauis attrita pendebat cantharus ansa.
Adgressi (nam saepe senex spe carminis ambo
luserat) iniciunt ipsis ex uincula sertis.
[6,20] Addit se sociam timidisque superuenit Aegle.
Aegle, Naiadum pulcherrima, iamque uidenti
sanguineis frontem moris et tempora pingit.
Ille dolum ridens: "Quo uincula nectitis?" inquit.
"Soluite me, pueri; satis est potuisse uideri.
[6,25] Carmina quae uoltis cognoscite; carmina uobis,
huic aliud mercedis erit." Simul incipit ipse.
Tum uero in numerum Faunosque ferasque uideres
ludere, tum rigidas motare cacumina quercus.
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6ème églogue, traduction

Message par Fée Violine le Jeu 24 Mai 2012 - 9:39

Pergite, Pierides. Muses, continuez.
Chromis et Mnasylus pueri in antro Silenum somno videre jacentem, Chromis et Mnasyle, jeunes bergers, virent un jour Silène endormi (litt. couché dans le sommeil) dans un antre,
inflatum venas, ut semper, hesterno Iaccho; les veines enflées, comme toujours, du vin de la veille.
serta tantum capiti delapsa procul jacebant, Les guirlandes seulement tombées de sa tête gisaient à quelque distance,
et gravis attrita pendebat cantharus ansa. et une lourde coupe à l'anse usée pendait [à sa main].
Adgressi Ils se jettent sur lui
(nam saepe senex spe carminis ambo luserat) (car souvent le vieillard les avait tous deux joués avec l'espoir de ses chants)
iniciunt vincula ex ipsis sertis.et le lient avec ses propres guirlandes.
Aegle addit se sociam Églé arrive (litt. s'ajoute comme compagne)
timidisque supervenit ; et vient en aide aux timides [bergers];
Aegle, Naiadum pulcherrima, Églé, la plus belle des naïades,
jamque videnti sanguineis moris frontem et tempora pingit. et au moment où il ouvre les yeux (litt. à lui qui déjà la voit), elle lui barbouille le front et les tempes avec le [jus] sanglant des mûres.
Ille dolum ridens: "Quo vincula nectitis?" inquit. Lui, riant de la ruse: "Pourquoi nouez-vous ces liens ? dit-il.
"Solvite me, pueri; satis est potuisse videri. Détachez-moi, les enfants; c'est assez que j'aie pu être vu.
Carmina quae voltis cognoscite; Les chants que vous voulez, vous allez les entendre (litt. prenez-en connaissance):
carmina vobis, huic aliud mercedis erit." pour vous mes chants; pour celle-ci il y aura une autre récompense."
Simul incipit ipse. Aussitôt il commence.
Tum vero Faunosque ferasque videres Alors vous eussiez vu les Faunes et les bêtes sauvages
in numerum ludere, s'ébattre en cadence,
tum rigidas motare cacumina quercus. et les chênes balancer leurs cimes raides.
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Silène, commentaire

Message par Fée Violine le Ven 25 Mai 2012 - 0:16

Piérides: les Muses
Iacchus = Bacchus = le vin
Naïades: esprits des eaux
Dans la poésie latine, les noms propres sont généralement empruntés à la poésie grecque : ici les Piérides, Chromys, Mnasilus, Aeglé, Silène, les Naïades.
Mais les Faunes (esprits de la nature) font partie de la mythologie latine.

Le cadre de l'action: une grotte, du vin, des guirlandes de fleurs, des esprits de la nature, des mûres, des bêtes sauvages, des chênes.

Silène est un dieu gros, vieux, laid et alcoolique ALCOLO , mais il ne faut pas se fier à l'apparence: c'est un merveilleux artiste, dont le chant va charmer (d'ailleurs le mot "charmer" vient justement de "carmen") toute la nature, puisque les animaux et les arbres dansent en mesure en l'écoutant!
cochon OISEAU LAPIN RATON LAVEUR
On pense évidemment à Orphée, beaucoup plus sexy que Silène, mais dont le chant a le même effet magique sur tous ceux qui l'entendent.
Jusqu'à la fin de la 6ème Bucolique, Silène va chanter le récit de la création du monde, et divers épisodes de la mythologie.

Autre aspect du texte: la légèreté de la scène, cette ambiance "bucolique" (le terme est resté, même si les "boeufs" ne sont ici qu'un prétexte poétique) qui inspirera une foule de poètes et de peintres à l'époque classique (17ème, 18ème...) : le badinage frivole, la charmante scène des bergers attachant Silène avec ses couronnes de fleurs, qui ne doivent pas former une chaîne bien solide!
Prendre le dieu en otage est audacieux, mais l'amour de la poésie mérite bien cette audace, et Silène accepte de bonne grâce d'accéder à leur demande.
Cette histoire n'est pas si frivole qu'elle le paraît, et Virgile nous montre avec cette mignonne histoire que la poésie est un art vraiment sacré. C'est un dieu qui chante, il chante divinement bien, il chante essentiellement des histoires de dieux.

Toute l'oeuvre de Virgile est en hexamètres dactyliques, le vers de la poésie sérieuse.


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