MARTHE ET MARIE

Bac latin 2012

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Bac latin 2012

Message par Fée Violine le Jeu 20 Oct 2011 - 14:20

Cette année, j'ai une seule élève en terminale. Je lui souhaite la bienvenue sur ce fil, en espérant que mes travaux puissent éventuellement être utiles à d'autres personnes.

Nous commençons par un groupement de textes polémiques sur la religion (romaine et chrétienne), avec trois auteurs: Minucius Felix, Symmaque et saint Augustin.
Donc, trois auteurs de l'Antiquité tardive, le premier écrivant vers l'an 200, le second à la fin du 4ème siècle, et le dernier au début du 5ème.


Dernière édition par Fée Violine le Jeu 10 Nov 2011 - 13:54, édité 2 fois
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Minucius Felix, "Octavius": texte et vocabulaire

Message par Fée Violine le Mar 8 Nov 2011 - 14:55

Marcus Minucius Felix
Sans doute originaire de Numidie, il fut un avocat célèbre à Rome vers la fin du IIème siècle. Déjà assez âgé, il se convertit au christianisme et composa sous forme dialoguée l'une des premières apologies de la nouvelle religion, l'Octavius. L'auteur raconte une promenade qu'il fit, un jour, sur la plage d'Ostie, en compagnie de deux de ses amis, le chrétien Octavius et le païen Caecilius. Leurs divergences religieuses n’entament guère l’amitié qui les unit jusqu’à ce que Caecilius témoigne un signe de dévotion à une statue voisine. Dès lors, la controverse est lancée : à Caecilius de défendre son point de vue. Octavius lui répond, tandis que Minucius arbitre la discussion. Le païen et le chrétien s'affrontent courtoisement, et à la fin le premier s'incline devant l'argumentation du second. L'œuvre se signale par l'élégance du style et la sérénité amicale du débat.
Bien que partial, ce texte est pour nous non seulement un témoignage précieux sur les polémiques religieuses, mais brosse un tableau réaliste de la société romaine à la fin du II° siècle et au début du III° siècle. Cette précision et cette richesse du texte offrent un fort contraste avec son auteur, dont malheureusement nous ne savons presque rien. Cet agréable petit traité est plutôt sans doute la production d’un homme d’esprit et d’un homme du monde, que celle d’un théologien de profession; mais il donne des idées fort justes sur l’état du paganisme déclinant et du christianisme croissant. Lactance et saint Jérôme en ont parlé avec beaucoup d’éloges.

Octavius:
Texte latin : http://www.kennydominican.joyeurs.com/LatinPatrology/MinuciusFelixOctavius.htm
Texte français : http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/minucius/octavius.htm

J'ai fait le résumé de l'"Octavius", et je l'ai mis sur wikipédia à l'article "Minucius Félix" : http://fr.wikipedia.org/wiki/Minucius_F%C3%A9lix

Un Dieu unique et anonyme

Vide : rex unus apibus, dux unus in gregibus, in armentis rector unus. Tu in caelo summam potestatem dividi credas et scindi veri illius ac divini imperii totam maiestatem? cum palam sit parentem omnium deum nec principium habere nec terminum, qui nativitatem omnibus praestet, sibi perpetuitatem; qui ante mundum fuerit sibi ipse pro mundo ; qui universa, quaecumque sunt, verbo iubet, ratione dispensat, virtute consummat.
Hic non videri potest : visu clarior est ; nec conprehendi : tactu purior est ; nec aestimari : sensibus maior est, infinitus, immensus et soli sibi tantus, quantus est, notus. Nobis vero ad intellectum pectus angustum est, et ideo sic eum digne aestimamus, dum inaestimabilem dicimus. Eloquar quemadmodum sentio : magnitudinem dei qui se putat nosse minuit.
Nec nomen Deo quaeras! Deus nomen est ; illic uocabulis opus est, cum per singulos propriis appellationum insignibus multitudo dirimenda est : Deo, qui solus est, Dei uocabulum totum est ; quem si patrem dixero, carnalem opineris, si regem, terrenum suspiceris, si dominum, intellegas utique mortalem ; aufer additamenta nominum et perspicies eius claritatem. (Octavius, 18, 7-10)

Vocabulaire
grex, gregis, m : troupeau, troupe (=> grégaire, congrégation, agrégé, désagrégé)
armentum, i, n : troupeau (gros bétail)
scindo, is, ere, scidi, scissum : fendre, diviser (=> scission, scinder)
palam : ouvertement
parens, ntis, m ou f : père, mère, parent
principium, ii, n : début
praesto, as, are, stiti : ici, fournir, procurer (=> prestation)
universa, n pl : toutes choses, tout
jubeo, es, ere, jussi, jussum : ordonner, commander
dispensare : gouverner, administrer, régler
consummare : accomplir, achever
comprehendo, is, ere, di, sum : saisir (par la pensée) (=> comprendre, compréhension)
notus, a, um : connu
pectus, oris, n : poitrine, cœur, pensée (=> pectoraux)
angustus, a, um : étroit (=> angoisse)
sentio, is, ire, si, sum : percevoir, penser, avoir une opinion
magnitudo, inis, f : grandeur
nosse, contraction de novisse : connaître
quaero, is, ere, sivi, situm : demander, chercher (=> question, enquête, inquisition, requête)
vocabulum, i, n : mot
opus est + abl. : il y a besoin de
dirimo, is, ere, emi, emptum : partager, séparer
opinari : penser que
suspicio, is, ere, spexi, spectum : soupçonner
utique: en tout cas, surtout
aufero, fers, ferre, abstuli, ablatum: enlever
perspicio, is, ere, spexi, spectum : voir clairement (=> perspicace)


Dernière édition par Fée Violine le Jeu 10 Nov 2011 - 20:18, édité 3 fois
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Minucius Felix: commentaire

Message par Fée Violine le Mar 8 Nov 2011 - 15:50

Octavius est une oeuvre apologétique, c'est-à-dire destinée à convaincre les païens de la vérité du christianisme. L'apologétique (du grec ἀπολογία, « justification, défense contre une attaque ») consiste à défendre de façon systématique une position. Dans la religion catholique, le mot apologétique désigne la science des preuves de la divinité de la religion catholique. Au moins dans ses fondements, cette discipline est « philosophique » (au sens scolastique du terme) ; elle s'appuie uniquement sur la raison, et non sur la révélation.

Octavius est un dialogue entre trois personnages:
*l'auteur, célèbre avocat romain, récemment converti,
et ses deux amis : *Octavius, jeune chrétien,
*Cécilius, païen.

Plutôt qu'un dialogue, c'est une sorte de procès: on a d'abord le discours de l'accusation (Cécilius attaque le christianisme), puis le discours de la défense (Octavius réfute les accusations et critique la religion païenne). L'auteur sert d'arbitre. À la fin, Cécilius est convaincu.
Dans notre extrait, c'est Octavius qui parle.

*Champ lexical du pouvoir : rex, dux, rector, potestatem, imperii, jubet, virtute, regem, dominum

*Champ lexical de la grandeur : summam, totam majestatem, omnium, perpetuitatem, universa, makor, infinitus, immensus, angustum, magnitudinem, minuit

*Champ lexical de la connaissance : palam, videri, visu, comprehendi, aestimari, sensibus, notus, intellectum, aestimamus, inaestimabilem, putat nosse, quaeras, opineris, suspiceris, intellegas, perspicies, claritatem.

Effets de style (MF est un orateur influencé par Cicéron, il parle un beau latin classique):
-interpellations : vide, tu credas, nec quaeras, opineris/suspiceris/intellegas, aufer et perspicies
-interventions à la 1ère personne :eloquar, sentio, dixero
-énumérations sur un rythme ternaire : l 1, l 6, l 7-8(visu/tactu/sensibus), l 8 (avec le 3è membre plus long, pour éviter la monotonie), l 14-15
-paradoxe : digne aestimamus=>dicimus
-chiasme: l 1
-répétition: unus (première phrase), met en valeur le monothéisme

phrases longues et bien construites, alternant avec des phrases courtes, exclamatives.
Ainsi le texte est vivant, agréable à lire.

Plan du texte :
- exemples tirés de la nature => Dieu aussi est unique, et infini (=>consummat)
- il est invisible et inconnaissable (=>minuit)
- il n’a pas de nom (=>claritatem)

L’argumentation progresse : on part d’exemples tirés de la vie courante (chez les animaux) et on applique la conséquence à la vie céleste. Jusque-là rien de vraiment nouveau : comme l’auteur l’expliquera dans le §19 (juste après notre texte), la plupart des philosophes grecs ont cru en un Dieu unique. Cécilius, qui est cultivé, peut sans peine suivre Octavius jusque-là. D'autant plus que ce Dieu est montré comme garant de l'ordre (il ordonne, il règle etc.), valeur importante pour les Romains.

Argument: Dieu étant créateur du monde lui est forcément antérieur et supérieur. Mais le Dieu des philosophes est-il « créateur de toutes choses » ? ("verbo jubet" fait référence à la Bible, au début de la Genèse, "Dieu dit "que la lumière soit", et la lumière fut", etc.)
Puis le portrait de Dieu continue à s’éloigner du consensus, et s’approche de ce qui s’appellera plus tard la « théologie négative » (cf notamment le pseudo-Denys l’Aréopagite, moine oriental écrivant vers l’an 500) : Dieu dépasse infiniment tout ce qu’on peut dire ou penser de lui, et les divers noms que nous lui donnons ne peuvent être que symboliques.
Au contraire, les païens ont créé des dieux à leur image, et leur ont donné des noms divers (Jupiter Stator, Jupiter Optimus Maximus, Juno Moneta etc.)
Notons qu’ici, les exemples de noms que propose Octavius (père, roi, Seigneur) sont effectivement employés par le langage chrétien.
De nos jours, dans notre société, on peut trouver secondaire cette question du nom de Dieu, mais d'une manière générale, pour beaucoup de civilisations le nom de quelqu'un est une part importante de lui-même, connaître le nom de quelqu'un c'est avoir pouvoir sur lui. Pour le nom de Dieu, par exemple les juifs ont toujours considéré (et n'ont pas changé sur ce point) qu'il était interdit de le prononcer, car il est sacré.

À l’époque où Minucius Felix écrit, vers 200, la théologie et le vocabulaire chrétien étaient encore au berceau. Le premier théologien est Origène, né vers 183, donc plus jeune que Minucius Felix.
D’ailleurs, les dogmes chrétiens n’ont été précisés que beaucoup plus tard, après l’arrêt des persécutions, quand enfin les chrétiens ont eu la liberté d’organiser des conciles. Le premier concile eut lieu en 325. Ne nous étonnons donc pas que Minucius Felix présente une apologie du christianisme au contenu dogmatique assez sommaire (il ne parle pas du Christ). De toute façon, le genre apologétique n'utilise que des arguments philosophiques, pas théologiques. D’ailleurs, en professionnel de la parole (il était un célèbre avocat), il emploie le langage des païens pour se faire comprendre d’eux.
De plus, les premiers chrétiens, autant pour éviter les ennuis que par respect pour les rites sacrés, n’en parlaient pas aux profanes. L’inconvénient est que les païens imaginaient sur les chrétiens toutes sortes de calomnies, que l’auteur va s’appliquer à rectifier dans la suite de l’oeuvre.
Et en outre, l’auteur était converti depuis peu, il n’avait donc pas encore eu le temps d’approfondir sa nouvelle religion.

Le christianisme s’oppose foncièrement à la religion romaine qui est politique, sociale, utilitaire, tandis que le christianisme est un choix, et suppose une relation personnelle entre le croyant et Dieu (notons en passant que le mot latin « religio », signifiant « culte, respect, conscience, attention scrupuleuse », avait toujours été rattaché par les auteurs latin au verbe « relegere », littéralement « relire », c’est-à-dire une notion de soin scrupuleux. C’est au 4ème siècle que l’écrivain chrétien Lactance a rattaché « religio » au verbe « religare », « relier ». Mais il ne serait pas venu à l’esprit d’un païen de penser à un lien personnel avec Dieu !).
Il est donc normal que le pouvoir romain ait vu dans cette nouvelle religion un danger pour l’ordre social. Les premiers chrétiens étaient condamnés pour « athéisme », ce qui peut nous surprendre. Mais non seulement ils refusaient d’adorer les dieux de la cité, mais ils n’adoraient eux-mêmes aucune statue ou image divine, ce qu’aucun peuple antique ne pouvait comprendre ! À l’exception bien sûr des juifs, inventeurs du monothéisme depuis longtemps, et qui ont été à l’origine du christianisme (mais les juifs n’étaient pas beaucoup persécutés par les Romains, car leur religion était ancienne, et les Romains étant conservateurs trouvaient cela respectable).
Pour un Romain, la notion de « pietas » désignait le respect envers ce qui est sacré : les dieux, la patrie, les parents.

Mais bien que conservateurs, les Romains en conquérant le monde ont nécessairement découvert d’autres civilisations, à qui ils ont emprunté ce qui allait avec leur vision du monde. Notamment ils ont adopté divers dieux, qu’ils ont ajoutés aux leurs. Le problème du judaïsme et du christianisme est leur monothéisme intransigeant, un Dieu qui n’en tolère pas d’autre, le « Dieu jaloux » de la Bible.

En fait, beaucoup de gens ressentaient le besoin d’une religion un peu plus satisfaisante pour le cœur, plus personnelle, d’où le grand succès des « religions à mystères » (cultes de Mithra, Isis, Cybèle, Sérapis…), tout à fait comme de nos jours la mode des religions orientales.
L’Empire, avec le gouvernement d’un souverain unique et tout-puissant, a pu aussi favoriser l’idée monothéiste.





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Minucius Felix, traduction

Message par Fée Violine le Jeu 10 Nov 2011 - 14:19

Vide : rex unus apibus, dux unus in gregibus, in armentis rector unus. Vois : un seul roi pour les abeilles, un seul chef dans les troupeaux, dans les attelages un seul meneur.
Tu credas in caelo summam potestatem dividi : toi, tu croirais que dans le ciel le pouvoir suprême est divisé,
et totam maiestatem veri illius ac divini imperii scindi, et que la majesté totale de ce vrai et divin empire est scindée ?
cum palam sit parentem omnium deum nec principium habere nec terminum, alors qu’il est évident que Dieu, père de toutes choses, n’a ni commencement ni fin,
qui nativitatem omnibus praestet, sibi perpetuitatem, lui qui donne naissance à toutes choses et l’éternité à lui-même,
qui ante mundum fuerit sibi ipse pro mundo, : lui qui fut avant le monde pour soi à la place du monde,
qui universa quaecumque sunt verbo iubet, ratione dispensat, virtute consummat : lui qui commande par sa parole tout ce qui est, le règle par sa raison, l’accomplit par sa puissance.
Hic non videri potest : visu clarior est ; On ne peut le voir : il est trop clair pour notre vue,
nec comprehendi : tactu purior est ; ni le saisir : il est trop pur pour notre toucher,
nec aestimari : sensibus maior est, infinitus, inmensus : ni l’évaluer : il est trop grand pour nos sensations ; infini, immense,
et notus soli sibi tantus, quantus est : et connu par lui seul aussi grand qu’il est.
Nobis vero ad intellectum pectus angustum est, Mais notre esprit est [trop] étroit pour le comprendre,
et ideo sic eum digne aestimamus, dum inaestimabilem dicimus : c’est pourquoi nous l’évaluons correctement quand nous disons qu’il est inévaluable.
Eloquar quemadmodum sentio : Je vais dire mon avis (litt. comment je pense).
qui se putat nosse magnitudinem dei minuit. Qui croit connaître la grandeur de Dieu, la diminue.
Nec nomen Deo quaeras, Deus nomen est ; Ne cherche pas un nom pour Dieu ! Son nom, c’est Dieu.
uocabulis opus est illic cum per singulos propriis appellationum insignibus multitudo dirimenda est : Il y a besoin de mots là où la foule des dénominations doit être partagée à chacun pour ses caractéristiques propres.
Deo, qui solus est, Dei uocabulum totum est ; Pour Dieu, qui est unique, le mot « Dieu » est la totalité.
quem si patrem dixero, carnalem opineris, Si je l’appelle père, tu croirais [qu’il s’agit d’un père] charnel,
si regem, terrenum suspiceris, si [je l’appelle] roi, tu supposerais [un roi] terrestre,
si dominum, intellegas utique mortalem ; si [je l’appelle] Seigneur, tu comprendrais [un Seigneur] humain.
aufer additamenta nominum et perspicies eius claritatem : Enlève les ajouts de noms, et tu verras son évidence.


Dernière édition par Fée Violine le Sam 19 Mai 2012 - 10:02, édité 2 fois
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Symmaque ; auteur, texte, vocabulaire

Message par Fée Violine le Jeu 10 Nov 2011 - 20:37

Quintus Aurelius Memmius Symmachus, né v342 et mort en 402/403, appartenait à la gens Aurelia.
Entre autres postes importants, il fut préfet de Rome en 384 et 385, consul en 391, et en remerciement des services rendus à l'État, le Sénat fit ériger une statue dorée à son effigie.
Ses titres publics, qui incluent celui de pontifex maximus, sa grande richesse et son rôle élevé, ajoutés à une solide réputation d'éloquence, font de lui le champion du Sénat romain païen opposé aux mesures prises par les empereurs chrétiens contre la vieille religion d'État.
En 382, il proteste contre l'enlèvement de la statue et de l'Autel de la Victoire qui se trouvaient dans le Sénat.
En 384, alors qu'il est préfet de Rome, il adresse à l'empereur Valentinien II une lettre l'adjurant de restaurer les anciens symboles. Cette lettre est la raison essentielle de sa renommée (bien que nous possédions de lui encore 900 lettres, d'un intérêt relatif), car elle est le symbole de la lutte entre les derniers feux du paganisme romain et le christianisme latin confronté aux questions temporelles de la vie politique.

C'est un extrait de cette Relatio (=rapport) que nous allons étudier. La lettre est adressée aux empereurs: Dominis imperatoribus Valentiniano, Theodosio et Arcadio semper augustis
Symmachus v[ir] c[larissimus] p[raefectus] u[rbis]


8… unde rectius quam de memoria atque documentis rerum secundarum cognitio venit numinum? Iam si longa aetas auctoritatem religionibus faciat, servanda est tot saeculis fides et sequendi sunt nobis parentes, qui secuti sunt feliciter suos.

9. Romam nunc putemus adsistere atque his vobiscum agere sermonibus: "Optimi principum, patres patriae, reveremini annos meos, in quos me pius ritus adduxit! Utar caerimoniis avitis; neque enim paenitet. Vivam meo more, quia libera sum! Hic cultus in leges meas orbem redegit, haec sacra Hannibalem a moenibus, a Capitolio Senones reppulerunt. Ad hoc ergo servata sum, ut longaeva reprehendar? "

10. Videro, quale sit quod instituendum putatur; sera tamen et contumeliosa emendatio senectutis. Ergo diis patriis, diis indigetibus pacem rogamus. Aequum est, quidquid omnes colunt, unum putari. Eadem spectamus astra, commune caelum est, idem nos mundus involvit. Quid interest, qua quisque prudentia verum requirat? Uno itinere non potest perveniri ad tam grande secretum.

Vocabulaire
unde : d’où ?
rectius, comparatif de recte
documentum, i, n : enseignement (de docere, enseigner)
secundus, a, um : favorable (de sequi, suivre)
cognitio, onis, f : connaissance
numen, inis, n : divinité
aetas, atis, f : âge, durée (=> espagnol edad, âge)
servare : garder, sauver, conserver
tot : tant de
sequor, eris, i, secutus sum : suivre (=> séquence, consécutif, conséquence, persécuter, secte)
feliciter : avec bonheur, heureusement
sermo, onis, m : parole, discours
revereri : respecter, vénérer (=> révérence)
pius, a, um : qui reconnaît et remplit ses devoirs envers les dieux, les parents, la patrie etc., ici : pieux, sacré, religieux
ritus, us, m : rite, cérémonie religieuse (=> rituel)
adduco, is, ere, duxi, ductum : mener à (=> adduction)
utor, eris, i, usus sum : utiliser (+ abl.) (=> usage, utile, usuel)
avitus, a, um: ancestral (de avus, le grand-père)
[me] paenitet : j’ai honte, je me repens (=> pénitence, repentir)
mos, moris, m : coutume ; pl. mores : les mœurs
redigo, is, ere, egi, actum : amener à, réduire à
moenia, orum, n pl : remparts
repello, is, ere, reppuli/repuli, repulsum : repousser (=> répulsion)
longaevus, a, um : d’un grand âge
reprehendo, is, ere, endi, ensum : blâmer, critiquer (=> reprendre, répréhensible)
instituo, is, ere, tui, tutum : établir, instituer
sera : tardivement
contumeliosus, a, um : injurieux
emendatio, onis, f : correction
senectus, utis, f : vieillesse (de senex, vieillard)
dii patrii : dieux des ancêtres (troyens), dii indigetes : dieux indigènes (italiens)
involvo, is, ere, volvi, volutum : envelopper
interest : il importe (=> intérêt)
iter, itineris, n : chemin


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Symmaque: traduction

Message par Fée Violine le Jeu 10 Nov 2011 - 21:04

Rome doit tout à ses dieux

unde rectius quam de memoria atque documentis rerum secundarum cognitio venit numinum? D'où plus directement que du souvenir et des enseignements des événements favorables [nous] vient la connaissance des volontés divines?
Iam si longa aetas auctoritatem religionibus faciat, Si un âge déjà long donne de l'autorité aux religions,
servanda est tot saeculis fides: une foi de tant de siècles doit être conservée,
et sequendi sunt nobis parentes, qui secuti sunt feliciter suos. et nous devons suivre nos parents, qui ont suivi les leurs avec succès.
Romam nunc putemus adsistere atque his vobiscum agere sermonibus: Maintenant, imaginons que Rome est présente et vous tienne ce discours:
"Optimi principum, patres patriae, "Ô les meilleurs des princes, Pères de la patrie,
reveremini annos meos, in quos me pius ritus adduxit! vénérez mes années, auxquelles m'ont amenée les rites religieux!
Utar caerimoniis avitis; neque enim paenitet. Que j'aie recours aux cérémonies ancestrales, et je ne m'en repens pas!
Vivam meo more, quia libera sum! Que je vive selon ma coutume, car je suis libre!
Hic cultus in leges meas orbem redegit, Ce culte a réduit le monde à mes lois,
haec sacra Hannibalem a moenibus, a Capitolio Senones reppulerunt. ces sacrifices ont repoussé Hannibal de mes remparts, du Capitole les Sénons.
Ad hoc ergo servata sum, ut longaeva reprehendar? "Ai-je donc été préservée pour cela: devenue vieille, être critiquée?"
Videro, quale sit quod instituendum putatur; Peu importe ce qu'on pense devoir être institué,
sera tamen et contumeliosa emendatio senectutis. mais réformer la vieillesse est tardif et injurieux.
Ergo diis patriis, diis indigetibus pacem rogamus. Donc, pour les dieux des aïeux et les dieux autochtones, nous demandons la paix! (...)
Aequum est, quidquid omnes colunt, unum putari. Il est juste que ce que tous honorent soit considéré comme unique:
Eadem spectamus astra, commune caelum est, idem nos mundus involvit. nous regardons les mêmes astres, le ciel est commun, un même monde nous entoure.
Quid interest, qua quisque prudentia verum requirat? Qu'importe par quelle sagesse chacun cherche la vérité?
Uno itinere non potest perveniri ad tam grande secretum: On ne peut arriver par un seul chemin à un si grand secret.
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Symmaque (commentaire)

Message par Fée Violine le Ven 25 Nov 2011 - 18:21

Plan:
*soyons conservateurs
*soyons reconnaissants (prosopopée de Rome)
*soyons tolérants

Champs lexicaux:
*le passé:
memoria, longa aetas, tot saeculis, parentes, annos meos, avitis, allusions historiques (Hannibalem, Senones), longaeva, senectutis, patriis/indigetibus.

*la religion:
numinum, religionibus, fides, reveremini, pius ritus, caeremoniis, cultus, sacra, diis, colunt, verum inquirat, grande secretum.

Commentaire:
Symmaque est un des derniers écrivains païens. Homme politique estimé et important, conservateur.
En Romain traditionnel, il n'aime pas les changements, il aime mieux "tenir que courir". La glorieuse histoire de Rome depuis plus de 1000 ans incite en effet à penser que son système est bon, puisqu'il fonctionne! Mais presque deux siècles plus tôt, à cet argument classique Minucius Felix répondait: non, Rome n'a pas prospéré grâce à ses dieux mais grâce au crime. Il est vrai que les conquêtes romaines se sont effectuées le plus souvent dans le sang (destruction en -146 de Corinthe et de Carthage, 800 000 morts en Bretagne, plus d'1 million de victimes dans la guerre de Judée, etc etc.).
Mais Symmaque est touchant dans sa piété nationale, avec ses arguments sentimentaux (la patrie présentée comme une vieille femme qui se plaint de ses enfants ingrats), ses efforts désespérés pour intercéder en faveur des bons vieux dieux.
Le texte vise implicitement à provoquer chez le lecteur la crainte que les dieux se vengent d'être abandonnés. Et en effet, 26 ans plus tard (Symmaque était mort entre temps), en 410, Alaric et ses Wisigoths pillent Rome pendant trois jours, traumatisme sans pareil pour les habitants de l'Empire romain.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Sac_de_Rome_%28410%29
C'est d'ailleurs ce traumatisme qui incitera st Augustin à écrire La Cité de Dieu, dont l'idée principale est que les sociétés humaines sont périssables, mais que ce n'est pas grave car l'important c'est le royaume de Dieu.

Symmaque rappelle que la religion traditionnelle est un ciment social. Il pense que même en étant chrétien, on doit continuer à aller aux sacrifices offerts aux dieux de Rome.
Le dernier §, qui finit par "Qu'importe par quelle sagesse chacun cherche la vérité? On ne peut arriver par un seul chemin à un si grand secret" est un plaidoyer pour la tolérance, c'est cette idée très actuelle (comme quoi, les mêmes questions se posent à toutes les époques) selon laquelle on ne peut connaître la vérité, mais chacun aurait "sa" vérité. Les adversaires de cette attitude (ceux qui considèrent qu'il y a une vérité) la qualifient de relativisme.
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Augustin, la Cité de Dieu

Message par Fée Violine le Ven 25 Nov 2011 - 18:51

Vie d'Augustin: http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/saint_augustin.asp

Augustin est un Père de l'Église (écrivain chrétien des premiers siècles) http://encyclopedie.snyke.com/articles/pere_de_l_eglise.html

Il est aussi Docteur de l'Église (théologien de n'importe quelle époque, canonisé, dont l'oeuvre est importante pour l'Église. Il y en a actuellement 33, dont les 3 derniers sont des femmes. Plusieurs autres sont à l'étude pour être ajoutés à la liste) http://fr.wikipedia.org/wiki/Docteur_de_l%27%C3%89glise

Ses sources
Cicéron ;
La Bible, la Tradition de l'Église, notamment Cyprien de Carthage et Ambroise de Milan ;
Le manichéisme ;
Platon via Cicéron (Augustin n'a pas lu le texte grec de Platon) ;
Le néoplatonisme de Plotin et de Porphyre.


La Cité de Dieu: http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Cit%C3%A9_de_Dieu

Un dieu pour chaque chose (De Civitate Dei, 4, 8)

Nec agrorum munus uni alicui deo committendum arbitrati sunt, sed rura deae Rusinae, iuga montium deo Iugatino; collibus deam Collatinam, vallibus Valloniam praefecerunt. Nec saltem potuerunt unam Segetiam talem invenire, cui semel segetes commendarent, sed sata frumenta, quamdiu sub terra essent, praepositam voluerunt habere deam Seiam; cum vero iam essent super terram et segetem facerent, deam Segetiam; frumentis vero collectis atque reconditis, ut tuto servarentur, deam Tutilinam praeposuerunt. Cui non sufficere videretur illa Segetia, quamdiu seges ab initiis herbidis usque ad aristas aridas perveniret? (...) Praefecerunt ergo Proserpinam frumentis germinantibus, geniculis nodisque culmorum deum Nodutum, involumentis folliculorum deam Volutinam; cum folliculi patescunt, ut spica exeat, deam Patelanam, cum segetes novis aristis aequantur, quia veteres aequare hostire dixerunt, deam Hostilinam; florentibus frumentis deam Floram, lactescentibus deum Lacturnum, maturescentibus deam Matutam; cum runcantur, id est a terra auferuntur, deam Runcinam. Nec omnia commemoro, quia me piget quod illos non pudet.

Vocabulaire :
ager, agri, m : champ (=> agricole, agraire)
munus, eris, n : charge, fonction ; cadeau (=> rémunérer, municipal)
arbitrari : penser que
committo, is, ere : confier
rus, ruris, n : campagne
jugum, i, n : joug ; crête, sommet (montagne)
saltem : à peine
semel : une seule fois, en une seule fois
talis, is, e : tel
seges, etis, f : moisson, épi
commendare : confier, recommander
sata, participe passé neutre pluriel de sero, is, ere, sevi, satum : semer
frumentum, i, n : blé, froment
quamdiu : aussi longtemps que
praepono, is, ere, sui, situm : préposer, mettre à la tête de
recondo, is, ere, didi, ditum : mettre en réserve, enfermer, ici engranger
servare : sauver, garder, conserver
tuto : en sécurité
cui= et ei (relatif de liaison)
videor, eris, eri, visus sum : paraître
initium, ii, n : début
herbidus, a, um : herbeux, d’herbe
arista, ae, f : barbe de l'épi
aridus, a, um: sec
germinare: germer
usque ad: jusqu’à
geniculum (diminutif de genu, genou): articulation de la tige
nodus, i, m : nœud, articulation
culmus, i, m : tige (du blé), chaume
involumentum, i, n : enveloppe
folliculus, i, m (diminutif de follis : sac, ballon) : ici balle (du blé)
patesco, is, ere, patui : s’ouvrir (=> patent)
spica, ae, f : épi en croissance
exeo, is, ire : sortir
vetus, eris : vieux ; ici veteres, les anciens
lactesco, ere : devenir laiteux
maturesco, ere : mûrir
runcare : sarcler
aufero, fers, ferre, abstuli, ablatum : emporter, enlever, arracher (=> ablation)
me piget: cela me chagrine
illos pudet: ils ont honte


Dernière édition par Fée Violine le Sam 26 Nov 2011 - 15:49, édité 2 fois
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Augustin, traduction

Message par Fée Violine le Ven 25 Nov 2011 - 19:13

Nec arbitrati sunt agrorum munus :Ils n'ont pas jugé que la charge des champs
uni alicui deo committendum, devait être confiée à un seul dieu,
sed rura deae Rusinae, iuga montium deo Iugatino; mais les campagnes à la déesse Rusina, les sommets des montagnes au dieu Jugatinus;
collibus deam Collatinam, vallibus Valloniam praefecerunt. aux collines ils préposèrent la déesse Collatina, aux vallées Vallonia.
Nec saltem potuerunt unam Segetiam invenire, Ils purent à peine trouver une seule Segetia
talem cui semel segetes commendarent, à qui confier (litt. telle qu'ils puissent lui confier) les moissons,
sed sata frumenta, quamdiu sub terra essent, mais en ce qui concerne les blés semés, tant qu'ils étaient sous terre,
praepositam voluerunt habere deam Seiam; ils voulurent avoir comme préposée la déesse Seia;
cum vero iam essent super terram et segetem facerent, deam Segetiam; quand ils étaient déjà au-dessus du sol et formaient un champ de céréales, la déesse Segetia;
frumentis vero collectis atque reconditis, et aux blés moissonnés et engrangés,
ut tuto servarentur, deam Tutilinam praeposuerunt. pour qu'ils soient conservés en sécurité ils préposèrent la déesse Tutilina
Cui non sufficere videretur illa Segetia, Ne semblerait-elle pas suffire à cela, cette Segetia,
quamdiu seges ab initiis herbidis usque ad aristas aridas perveniret? le temps que la moisson parvienne des débuts en herbe jusqu'aux épis secs?
(...)Praefecerunt ergo Proserpinam frumentis germinantibus, Ils ont donc préposé Proserpine aux grains en germination,
geniculis nodisque culmorum deum Nodutum, aux articulations et noeuds des tiges le dieu Nodutus,
involumentis folliculorum deam Volutinam; aux balles protectrices la déesse Volutina;
cum folliculi patescunt, ut spica exeat, deam Patelanam, quand les balles s'ouvrent pour que l'épi en croissance sorte, la déesse Patelana;
cum segetes novis aristis aequantur, quia veteres aequare hostire dixerunt, deam Hostilinam; quand les barbes sont aussi longues que les épis, la déesse Hostilina (car les anciens disaient "hostire" pour "égaler");
florentibus frumentis deam Floram, aux blés en fleur la déesse Flora,
lactescentibus deum Lacturnum, en lait le dieu Lacturnus,
maturescentibus deam Matutam; mûrissants la déesse Matuta;
cum runcantur, id est a terra auferuntur, deam Runcinam. quand ils sont sarclés, c'est-à-dire arrachés de terre, la déesse Runcina.
Nec omnia commemoro, quia me piget quod illos non pudet. Et je ne mentionne pas tout, car je suis las de ce dont ils n'ont pas honte.
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Augustin, commentaire

Message par Fée Violine le Ven 25 Nov 2011 - 20:05

Il n'y a pas de plan dans cet extrait, mais seulement une énumération de tous les stades du blé, avec la divinité correspondante. Il y a une idée de base (le polythéisme est ridicule avec sa division du travail) illustrée par des exemples; et un présupposé implicite: un seul Dieu pour veiller sur l'ensemble du monde, c'est quand même mieux!

Ce texte, qui est une simple énumération, n'est pas ennuyeux car l'auteur, en professionnel de la rhétorique, a varié le style:
énumérations
question rhétorique (cui non sufficere...)
intervention de l'auteur (nec omnia commemoro...)
notes philologiques (sur hostire et runcare)
ironie (non sufficere videretur, saltem potuerunt...)
chiasmes (rura Rusinae, juga Jugatino/ collibus Collatinam...; Proserpinam frumentis/geniculis Nodutum)

Se moquer de la multitude de divinités vénérées par le peuple était depuis longtemps un lieu commun chez les intellectuels romains, cf. le De Natura deorum de Cicéron, qui a inspiré les polémistes chrétiens.
Les philosophes, les intellectuels, croyaient à un dieu unique, plus ou moins éloigné des hommes. Les stoïciens croyaient à une providence, mais les épicuriens, matérialistes, croyaient bien qu'il y avait un dieu mais qui ne s'occupait pas du tout des hommes.
Les paysans, eux (dont le nom latin, "paganus", a donné le mot "païen" car ils ont persisté dans leurs croyances pendant de longs siècles), ne se posaient pas ce genre de questions philosophiques. Le paysan dépend totalement de la météo, des maladies, des insectes, bref de diverses forces naturelles qu'il ne maîtrise pas et contre lesquelles il a absolument besoin d'alliés. D'où les innombrables forces de la nature divinisées. De même, les Grecs avaient des nymphes, des dryades, des oréades, des sylphides, des néréides; les Romains avaient des faunes, des silvains; les Nordiques des trolls, des lutins, des farfadets; les Gaulois des fées, et ils rendaient un culte aux arbres et aux sources. Dans les religions chamaniques, certaines personnes entrent en contact avec l'esprit des animaux. Bref, la plupart des civilisations non matérialistes ressentent l'âme des choses, se perçoivent comme faisant eux-mêmes partie de la nature, ce qui n'est pas si ridicule qu'Augustin veut bien le dire. Cette vision du monde est même sans doute bien plus religieuse que les mythes littéraires de la mythologie grecque.
L'ancienne religion romaine est un peu dans cet esprit animiste. Mais ensuite les légendes grecques, déformées et embellies par les poètes, ont plaqué par là-dessus un aspect superficiel qu'il était facile de trouver irrationnel et absurde.

Augustin a donc à la fois raison et tort, mais de toute façon un texte polémique ne fait pas le détail : il s'agit de démontrer son point de vue par tous les moyens.

Par ailleurs, cette religion populaire a certes disparu, mais la mentalité qui l'avait produite existe toujours, même dans le christianisme, voir les innombrables saints qu'on a spécialisés dans tel ou tel problème: sainte Apolline soigne les dents, sainte Odile les yeux, saint Christophe protège les voyageurs, etc etc., et quand on perd ses clés on prie saint Antoine de Padoue!

Au plan historique, ce texte est très intéressant car il nous apprend une foule de détails sur la religion romaine. Les noms de ces divinités étaient d'ailleurs bien trouvés. Ils forment des jeux de mots:
Rusina, déesse de la campagne (rus, la campagne)
Tutilina, déesse qui protège (tutela, protection)
Segetia, déesse des moissons (seges, moisson)
etc.
Quant à Proserpine, la seule déesse "connue" citée ici, on peut rattacher son nom au verbe "prosero" qui signifie "faire pousser". Proserpine, en grec Perséphonè, est la fille de Cérès (d'où le mot "céréale"), en grec Dèmèter (qui signifie "la terre mère"). Pluton, le dieu des Enfers, l'ayant enlevée pour l'épouser, sa mère la réclame et un compromis est trouvé: Proserpine passera 6 mois sous terre et 6 mois sur terre, pour signifier l'alternance des saisons et le cycle de la végétation.
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Re: Bac latin 2012

Message par Luigi le Mer 30 Nov 2011 - 10:54

Deux petites rectifications sur la traduction du texte de Minucius Felix :

a) Les trois comparatifs avec leur complément à l'ablatif doivent plutôt être traduits par "trop... pour". Ex : "visu clarior est" = "il est trop clair pour notre vue" etc.

b) "notus soli sibi tantus, quantus est" : le datif d'intérêt "soli sibi" joue comme souvent le rôle de complément d'agent pour le verbe au passif (ici "notus"). Traduction mot à mot = "connu par lui seul aussi grand qu'il est grand"

Merci pour le texte.


Luigi
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Re: Bac latin 2012

Message par Fée Violine le Mer 30 Nov 2011 - 18:57

Merci Luigi!
J'ai corrigé.


Dernière édition par Fée Violine le Sam 19 Mai 2012 - 10:01, édité 1 fois
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Deuxième thème: les portraits. Auguste (Suétone)

Message par Fée Violine le Jeu 26 Jan 2012 - 20:46

Suétone (Caius Suetonius Tranquillus), v69-v130, historien, connu surtout pour sa Vie des 12 Césars (de Jules César à Domitien), publiée entre 119 et 122.
Il se montre parfois peu critique et n'hésite pas à colporter rumeurs et calomnies. Ce faisant il exprime aussi les opinions d'une partie du sénat et des chevaliers qui lui étaient associés, et présente souvent le régime impérial sous son jour le plus sombre. Ses biographies doivent donc être lues en connaissance de cause : elles sont des portraits orientés, biaisés. La postérité de cette œuvre fut immense et contribua largement à créer le cliché d'empereurs romains sanguinaires, débauchés, décadents ou fous, en particulier pour quelques figures marquantes : Tibère et ses débauches dans l'île de Capri, Caligula et ses folies, Néron, etc.
Le style de Suétone ne vaut pas celui de Tacite (l'auteur des Histoires et des Annales), le plus grand historien latin. C'est la prose d'un compilateur. Il n'a ni l'intelligence politique ni la pénétration de Tacite, dont l'œuvre est teintée du pessimisme qu'il conçoit devant la décadence des mœurs politiques romaines, qu'il attribue à l'avènement du pouvoir impérial absolu à partir d'Auguste. Mais la critique reconnaît généralement la vivacité des portraits de Suétone, rédigés dans une prose simple et précise, visant avant tout à l'efficacité.
Suétone suit un plan immuable : il évoque d'abord la famille de l'empereur, ses jeunes années, puis sa carrière publique, son physique et sa vie privée. Ses ouvrages deviennent des modèles du genre pour les biographes du Moyen Âge. Eginhard s'en inspira pour écrire l'histoire de Charlemagne et de ses héritiers ; ses ouvrages furent ensuite réédités pendant la Renaissance, dès la naissance de l'imprimerie.

Les ultimes paroles d'Auguste

Supremo die identidem exquirens, an iam de se tumultus foris esset, petito speculo, capillum sibi comi ac malas labantes corrigi praecepit, et admissos amicos percontatus, ecquid iis videretur mimum vitae commode transegisse, adiecit et clausulam:

ei de ti
echoi kalos to paignion, kroton dote
kai pantes hemas meta charas propempsate

Omnibus deinde dimissis, dum advenientes ab urbe de Drusi filia aegra interrogat, repente in osculis Liviae et in hac voce defecit: Livia, nostri coniugii memor vive, ac vale! sortitus exitum facilem et qualem semper optaverat. Nam fere quotiens audisset cito ac nullo cruciatu defunctum quempiam, sibi et suis euthanasian similem (hoc enim et verbo uti solebat) precabatur. Unum omnino ante efflatam animam signum alienatae mentis ostendit, quod subito pavefactus a quadraginta se iuvenibus abripi questus est. Id quoque magis praesagium quam mentis deminutio fuit, siquidem totidem milites praetoriani extulerunt eum in publicum.
(Divus Augustus, §99)

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Auguste: vocabulaire, traduction

Message par Fée Violine le Jeu 26 Jan 2012 - 21:22

Vocabulaire

identidem: à plusieurs reprises
exquiro, is, ere, sivi, situm: rechercher, scruter, interroger
an : si (interrogative indirecte)
foris: dehors (=> forêt)
como, is, ere, mpsi, mptum: arranger ses cheveux
mala, ae, f: la joue
labans, ntis (participe présent de labare): vacillant, pas ferme
percontari: s'enquérir, questionner
ecquid: si (interrogation indirecte)
videor, eris, eri: sembler
commode: convenablement, bien
adjicio, is, ere, jeci, jectum: ajouter
clausula, ae, f: conclusion; en rhétorique: clausule (fin de phrase)
dimittere: renvoyer
osculum, i, n: le baiser (diminutif de os, oris, n: le visage, la bouche)
sortior, iris, iri, sortitus sum: obtenir du sort
exitus, us, m : la sortie, la mort
quotiens: chaque fois que
audisset = audivisset (plus-que-parfait du subjonctif)
cito: vite
cruciatus, us, m: la torture
quispiam : quelqu'un
utor, uteris, uti, usus sum : utiliser (+ ablatif)
soleo, es, ere, solitus sum: avoir l'habitude de (verbe semi-déponent) (=> insolite)
precor, aris, ari: prier
efflare: exhaler
pavefactus: épouvanté
abripere: arracher, enlever
queror, eris, queri, questus sum: se plaindre (=> querelle)
siquidem: puisque
totidem: le même nombre

Traduction

Supremo die identidem exquirens, À son dernier jour, s'informant de temps en temps
an iam de se tumultus foris esset, s'il y avait déjà de la rumeur à son sujet au dehors,
petito speculo, capillum sibi comi ac malas labantes corrigi praecepit, ayant demandé un miroir, il fit coiffer sa chevelure et arranger ses joues flétries,
et admissos amicos percontatus, et ayant demandé aux amis admis
ecquid iis videretur mimum vitae commode transegisse, s'il leur semblait avoir bien joué la comédie de la vie,
adiecit et clausulam: il ajouta aussi une finale:
ei de ti echoi kalos to paignion, kroton dote kai pantes hemas meta charas propempsate
"Si vous avez pris goût à ces délassements, Ne leur refusez pas vos applaudissements".
Omnibus deinde dimissis, Ayant ensuite congédié tout le monde,
dum advenientes ab Urbe de Drusi filia aegra interrogat, tandis qu'il questionne des personnes qui arrivaient de Rome sur la fille malade de Drusus,
repente in osculis Liviae defecit: tout à coup il expira au milieu des embrassements de Livie,
et in hac voce : "Livia, nostri coniugii memor vive, ac vale!": et avec ces mots: "Livie, vis en te souvenant de notre mariage; adieu!"
sortitus exitum facilem et qualem semper optaverat. Il obtint du sort une mort facile, et telle qu'il l'avait toujours souhaitée.
Nam fere quotiens audisset quempiam defunctum cito ac nullo cruciatu,car, presque à chaque fois qu'il entendait dire que quelqu'un était mort vite et sans douleur,
sibi et suis euthanasian similem (hoc enim et verbo uti solebat) precabatur. pour lui et pour les siens il souhaitait une semblable "euthanasie"(car il avait l'habitude d'employer ce mot [grec]).
ante efflatam animam unum omnino signum alienatae mentis ostendit, avant de rendre l’âme, il ne donna qu'un seul signe d'esprit dérangé :
quod subito pavefactus a quadraginta se iuvenibus abripi questus est. subitement épouvanté, il se plaignit d'être enlevé par quarante jeunes gens.
Id quoque magis praesagium quam mentis deminutio fuit, Encore fut-ce plutôt un présage qu'une diminution mentale,
siquidem totidem milites praetoriani extulerunt eum in publicum. puisque ce même nombre de soldats prétoriens l'emportèrent au lieu où on l'exposa.


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Auguste: commentaire

Message par Fée Violine le Jeu 26 Jan 2012 - 21:52

champ lexical du spectacle: speculo, capillum comi, malas corrigi, videretur, mimum transegisse, clausulam, et la citation grecque.

Dans la première moitié du texte, la mort de l'empereur est mise en scène. Jusqu'au dernier moment il veut garder le contrôle des événements et des personnes, il ordonne, demande, admet et renvoie les visiteurs. La mort elle-même lui obéit, puisqu'il a la mort qu'il avait souhaitée! Il est serein.
Cette autorité d'Auguste fait penser à la phrase que Corneille lui fait dire, dans "Cinna" (bien que le contexte soit différent):
"Je suis maître de moi comme de l'univers".

Deuxième moitié du texte : commentaires sur cette mort.
- il a eu la mort qu'il voulait
- objection : un bémol apporté à sa grandeur
- mais aussitôt tourné à son avantage.
On reste donc sur une impression de grandeur, d'un homme vraiment supérieur aux autres, dépourvu de faiblesses humaines, et ayant des facultés surhumaines de perception du futur. D'ailleurs après sa mort Auguste sera divinisé.
Ce portrait est complètement idéalisé.

Style: on a des discours en style indirect, comme toujours chez les historiens latins, et aussi du style direct (la phrase à Livie, la citation grecque). C'est du beau style classique.

L'histoire se passe à Nole, près de Naples, le 19 août 14, à 15 heures.
Dans la théâtralisation de sa mort, il y a une scène publique avec ses amis, puis une scène privée avec sa femme.
Il manifeste des sentiments humains, il se soucie des autres (la santé de la fille de Drusus, l'avenir de Livie, la mort des siens, la peur de la souffrance). En fait, souhaiter mourir sans souffrir est très banal : tout le monde souhaite la même chose!
Mais pour Suétone, Auguste est l'homme parfait.


Dernière édition par Fée Violine le Sam 19 Mai 2012 - 10:07, édité 2 fois
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Salluste: portrait de Catilina

Message par Fée Violine le Jeu 26 Jan 2012 - 22:06

Salluste (Caius Sallustius Crispus), 86–35 avJC,
homme politique romain, historien, issu d'une famille plébéienne aisée.
La Conjuration de Catilina (-41) est le récit du complot de Catilina visant la prise du pouvoir, dénoncé par Cicéron (-63).
La Guerre de Jugurtha rapporte une guerre de Rome en Afrique du nord.
Les Histoires sont très incomplètes.
L'œuvre de Salluste marque un progrès par rapport à ses prédécesseurs, les annalistes, tant pour la force narrative que pour la méthode historique : il s'efforce d'expliquer les causes des événements politiques et les motivations des acteurs de l'histoire. Il a certes ses faiblesses : la chronologie et la géographie sont imprécises et souvent fautives ; il n'est pas impartial : il prend parti pour les populares aux dépens des nobiles. Il est cependant capable de reconnaître les mérites de ses adversaires et les défauts de ses amis. Ses personnages sont peints avec force, tout particulièrement Jugurtha et Catilina, Marius et Sylla.
Son style se caractérise par des archaïsmes et des néologismes, une concision proche de l'obscurité, des tournures grecques. Il a influencé les historiens postérieurs, notamment Tacite.

Portrait de Catilina

L. Catilina, nobili genere natus, fuit magna vi et animi et corporis, sed ingenio malo pravoque. Huic ab adulescentia bella intestina, caedes, rapinae, discordia civilis grata fuere ibique iuventutem suam exercuit. Corpus patiens inediae, algoris, vigiliae supra quam cuiquam credibile est. Animus audax, subdolus, varius, cuius rei libet simulator ac dissimulator, alieni adpetens, sui profusus, ardens in cupiditatibus; satis eloquentiae, sapientiae parum. Vastus animus inmoderata, incredibilia, nimis alta semper cupiebat. Hunc post dominationem L. Sullae libido maxima invaserat rei publicae capiendae; neque id quibus modis adsequeretur, dum sibi regnum pararet, quicquam pensi habebat. Agitabatur magis magisque in dies animus ferox inopia rei familiaris et conscientia scelerum, quae utraque iis artibus auxerat, quas supra memoravi. Incitabant praeterea corrupti civitatis mores, quos pessima ac diversa inter se mala, luxuria atque avaritia, vexabant.
(De conjuratione Catilinae, V)
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Hors sujet

Message par Fée Violine le Mar 31 Jan 2012 - 20:53

Pour retenir les conjugaisons:
le présent:
http://www.youtube.com/watch?v=fLrXz9XoQqg&feature=g-all-fbc&context=G2b28ad3FAAAAAAAAOAA

http://www.youtube.com/watch?v=ILGAtxl1pd0&feature=related

l'imparfait: http://www.youtube.com/watch?v=lAxCKHOH4Sg&feature=related

Pour les déclinaisons
des pronoms adjectifs démonstratifs: http://www.youtube.com/watch?v=1u9OPl5yQ5w&feature=related

des pronoms relatifs: http://www.youtube.com/watch?v=OdQKUgeaGe0&feature=related

Les nombres: http://www.youtube.com/watch?v=VVd_EzYwif4&feature=related

Un film en latin (avec prononciation allemande): http://www.youtube.com/watch?v=6_IPqniaZR0&feature=related

Le latin est une langue vivante: http://www.youtube.com/watch?v=GVBN0_UOL6I&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=vn8GGntkp7M&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=47u6IJ2GVdM&feature=related
Very Happy
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Re: Bac latin 2012

Message par père JEAN le Mer 1 Fév 2012 - 15:03

ça me rappelle ce que j'ai dû étudier "dans une autre vie". Maintenant tout s'est évaporé... Rire
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Catilina, vocabulaire et traduction

Message par Fée Violine le Lun 27 Fév 2012 - 23:48

Vocabulaire:
genus, eris, n: genre, race, famille
ingenium, ii, n: caractères naturels, intelligence, talent
pravus, a, um: tordu, mauvais
caedes, is, f: meurtre, massacre
fuere=fuerunt
ibi: là
inedia, ae, f: jeûne
algor, oris, m: le froid
subdolus, a, um: rusé, fourbe
varius, a, um: bigarré, varié, changeant, instable
quilibet, quaelibet, quidlibet, génitif cujuslibet: n'importe quel
alienum, i, n: le bien d'autrui
profusus, a, um: répandu, prodigue
vastus, a, um: dévasté, ravagé
libido rei publicae capiendae=gérondif
adsequor: obtenir, arriver à
neque quicquam=et nihil
nihil pensi habere: n'avoir rien de pesé, de réfléchi, donc: n'avoir aucun scrupule, ne pas se soucier de
dum + subj. : pourvu que
res familiaris: patrimoine
scelus, eris, n: crime
uterque, utraque, utrumque: l'un et l'autre
augeo, es ere, auxi, auctum: augmenter
ars, artis, f: art, technique
vexare: maltraiter

L. Catilina, nobili genere natus, Lucius Catilina, né de famille noble,
fuit magna vi et animi et corporis, sed ingenio malo pravoque. était (litt. fut) d'une grande force mentale et physique, mais d'un naturel mauvais et dépravé.
ab adulescentia bella intestina, caedes, rapinae, discordia civilis Dès l'adolescence, guerres civiles, meurtres, vols, discorde politique
Huic grata fuere ibique iuventutem suam exercuit. lui furent agréables, et il y exerça sa jeunesse.
Corpus patiens inediae, algoris, vigiliae supra quam cuiquam credibile est. Un corps endurant le jeûne, le froid, le manque de sommeil, au-delà de ce qui est croyable pour quelqu'un.
Animus audax, subdolus, varius, cuius rei libet simulator ac dissimulator, Un esprit téméraire, rusé, versatile, capable de tout feindre et de tout dissimuler (litt. simulateur et dissimulateur de n'importe quoi),
alieni adpetens, sui profusus, ardens in cupiditatibus; désireux du bien d'autrui, prodigue du sien, ardent dans les passions;
satis eloquentiae, sapientiae parum. Assez d'éloquence, de sagesse peu.
Vastus animus inmoderata, incredibilia, nimis alta semper cupiebat. Son esprit ravagé désirait toujours des choses démesurées, incroyables, trop hautes.
post dominationem L. Sullae Après la dictature de Sylla,
libido maxima hunc invaserat rei publicae capiendae; un désir extrême de s'emparer de l'État l'avait envahi.
neque id quibus modis adsequeretur, quicquam pensi habebat. et par quels moyens il y réussirait, peu lui importait,
dum sibi regnum pararet, pourvu qu'il se procure le règne.
Agitabatur magis magisque in dies animus De plus en plus, de jour en jour son esprit était tourmenté
ferox inopia rei familiaris et conscientia scelerum, rendu sauvage par la pauvreté de son patrimoine et la conscience de ses crimes,
quae utraque iis artibus auxerat, quas supra memoravi. [patrimoine et crimes] qu'il avait augmentés par les procédés que j'ai mentionnés plus haut.
Incitabant praeterea corrupti civitatis mores, De plus, l'y incitaient les moeurs corrompues de Rome,
quos pessima ac diversa inter se mala, luxuria atque avaritia, vexabant. [moeurs] que maltraitaient des maux exécrables et opposés: le goût du luxe et l'avarice.

Un bon exemple de ce qu'il ne faut pas faire pour traduire ce texte Very Happy :
http://www.locutio.net/modules.php?name=Forums&file=viewtopic&t=590


Dernière édition par Fée Violine le Mer 29 Fév 2012 - 23:47, édité 3 fois
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Catilina, biographie et commentaire

Message par Fée Violine le Mer 29 Fév 2012 - 21:32

v108 av. J.-C.: naissance de Sergius Catilina, d'origine patricienne
89 : Catilina est du côté du dictateur Sylla dans sa guerre contre Marius
73 : acquitté d'une accusation de liaison criminelle avec une Vestale
68 : Catilina devient préteur
67/6 : Catilina devient gouverneur d'Afrique
65 : première conjuration de Catilina
65/4 : nouvel acquittement, cette fois suite à une accusation d'extorsion
64 : perd son élection pour le consulat face à Cicéron
64 : nouvel acquittement suite à une accusation de meurtre
63 : perd de nouveau son élection pour le consulat
63 : deuxième conjuration de Catilina
62, janvier : meurt à la bataille de Pistoia

trois champs lexicaux :
Le vocabulaire de la politique
civilis, dominatio, res publica, regnum, civitas
Le vocabulaire de la violence
vis, bellum, caedes, rapina, discordia, vastus, vexabant, invaserat, scelus
Le vocabulaire de l’excès
magna, supra quam credibile, appetens, profusus, ardens, immoderatus, cupiditas, cupido, incredibilis, nimis, semper, maximus, magis, auxerat, pessimus

Salluste fait un portrait moral et psychologique de Catilina. Il ne donne pas d'informations réelles sur son physique mais nous permet de cerner le comportement de l'homme, son « animus », pour comprendre la conjuration. En effet, Salluste est un portraitiste pointilliste : il donne beaucoup de détails et travaille par petites touches successives (groupes de deux ou trois éléments).
Il présente Catilina comme un homme équivoque : qualités et défauts se répondent et sont souvent à double sens. Ce portrait était indispensable pour cerner les enjeux de la conjuration.
C'est un portrait sans nuances, tout en hyperboles. Catilina est en permanence dans l'excès, dans la passion. Même ses qualités sont excessives, employées pour le mal. Même son origine noble ne sert qu'à attiser son ambition. La dernière phrase n'amoindrit pas ses torts, au contraire la corruption générale augmente encore la sienne.
Le personnage présenté est l'antithèse de l'idéal du citoyen romain, fait de maîtrise de soi, modération, civisme, vertus traditionnelles. Il a des vertus romaines (force, courage, ambition) mais dévoyées.

Mais bien entendu tout cela est le point de vue de l'auteur, pas forcément conforme à la réalité historique!
Les accusations portées contre Catilina étaient (et sont encore) des lieux communs en politique et doivent donc être tempérées. La politique romaine de cette époque rappelle étrangement l'ambiance qui prévalait dans le Chicago des années 1920. Cicéron et ses supporteurs eurent ainsi recours aux mêmes méthodes peu enviables dont on accusait justement Catilina.
Ayant un appui non négligeable au sein du Sénat romain, Catilina, contrairement à ce que l'on pourrait croire, n'était pas uniquement entouré de canailles. Par exemple, Jules César fut soupçonné d'avoir participé à la conjuration. Cicéron lui-même a appuyé Catilina dans le passé avant de l'accuser de conspiration contre l'État. Rappelons aussi que Catilina fut généralement acquitté de la plupart des accusations portées contre lui au cours de son existence. Ces quelques faits sont d'une grande importance puisqu'ils contribuent à nuancer le portrait sombre que Cicéron et Salluste dresseront de Catilina.

Le style est concis, avec phrases nominales, énumérations, accumulations de qualificatifs, figures de style (chiasme : "satis eloquentiae, sapientiae parum").

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Suétone, portrait de Caligula

Message par Fée Violine le Mer 29 Fév 2012 - 23:44

[50] Statura fuit eminenti, colore expallido, corpore enormi, gracilitate maxima cervicis et crurum, oculis et temporibus concavis, fronte lata et torva, capillo raro at circa verticem nullo, hirsutus cetera. Quare transeunte eo prospicere ex superiore parte aut omnino quacumque de causa capram nominare, criminosum et exitiale habebatur. Vultum vero natura horridum ac taetrum etiam ex industria efferabat componens ad speculum in omnem terrorem ac formidinem.
Valitudo ei neque corporis neque animi constitit. Puer comitiali morbo vexatus, in adulescentia ita patiens laborum erat, ut tamen nonnumquam subita defectione ingredi, stare, colligere semet ac sufferre vix posset. Mentis valitudinem et ipse senserat ac subinde de secessu deque purgando cerebro cogitavit. Creditur potionatus a Caesonia uxore amatorio quidem medicamento, sed quod in furorem verterit. Incitabatur insomnio maxime; neque enim plus quam tribus nocturnis horis quiescebat ac ne iis quidem placida quiete, sed pavida miris rerum imaginibus, ut qui inter ceteras pelagi quondam speciem conloquentem secum videre visus sit. Ideoque magna parte noctis vigiliae cubandique taedio nunc toro residens, nunc per longissimas porticus vagus invocare identidem atque expectare lucem consuerat.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Caligula
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Caligula, traduction

Message par Fée Violine le Mar 27 Mar 2012 - 16:56

Statura fuit eminenti, colore expallido, corpore enormi, il était de haute taille, avec le teint très pâle, le corps mal proportionné,
gracilitate maxima cervicis et crurum, une grande maigreur du cou et des jambes,
oculis et temporibus concavis, fronte lata et torva, les yeux et les tempes creux, le front large et torve,
capillo raro at circa verticem nullo, hirsutus cetera. les cheveux rares, le sommet du crâne chauve, velu pour le reste.
Quare transeunte eo, c'est pourquoi quand il passait
prospicere ex superiore parte le regarder à partir d'un lieu plus élevé
aut omnino quacumque de causa capram nominare, ou prononcer le mot "chèvre" pour une raison quelconque
criminosum et exitiale habebatur. était considéré comme criminel et passible de mort.
Vultum vero natura horridum ac taetrum Quant à son visage, laid et hideux par nature
etiam ex industria efferabat il travaillait à le rendre encore plus sauvage,
componens ad speculum le composant devant un miroir
in omnem terrorem ac formidinem. pour inspirer toute sorte de peur et d'effroi.
Valitudo ei neque corporis neque animi constitit. Il n'avait de santé ni physique ni mentale.
Puer comitiali morbo vexatus, Enfant affligé d'épilepsie,
in adulescentia ita patiens laborum erat, à l'adolescence il souffrait tant de maux
ut tamen nonnumquam subita defectione que néanmoins parfois, par une subite défaillance,
ingredi, stare, colligere semet ac sufferre vix posset. il pouvait à peine marcher, tenir debout, garder conscience et se soutenir.
Mentis valitudinem et ipse senserat Même lui se rendait compte de son état mental
ac subinde de secessu deque purgando cerebro cogitavit. et parfois il pensa partir et faire soigner son cerveau.
Creditur potionatus a Caesonia uxore On croit qu'il fut empoisonné par son épouse, Césonia,
amatorio quidem medicamento sed quod in furorem verterit. avec un philtre d'amour mais qui le mena à la folie.
Incitabatur insomnio maxime; Il souffrait beaucoup d'insomnie,
neque enim plus quam tribus nocturnis horis quiescebat et ne dormait pas plus de 3 heures par nuit
ac ne iis quidem placida quiete, et celles-ci pas même d'un repos tranquille
sed pavida miris rerum imaginibus, mais peuplée d'horribles cauchemars (litt. effrayées par des images étonnantes de choses)
ut qui inter ceteras pelagi quondam speciem conloquentem secum videre visus sit. par exemple une fois il lui sembla voir un monstre marin parlant avec lui.
Ideoque magna parte noctis vigiliae cubandique taedio C'est pourquoi une grande partie de la nuit, par l'ennui de veiller et de rester couché,
nunc toro residens, nunc per longissimas porticus vagus tantôt assis sur son lit, tantôt errant par les très longues galeries,
invocare identidem atque expectare lucem consuerat. il avait l'habitude d'invoquer souvent et d'attendre la lumière du jour.
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Caligula, commentaire

Message par Fée Violine le Mar 27 Mar 2012 - 17:08

Voir ici, à la rubrique "au fil du texte" §50:
http://pot-pourri.fltr.ucl.ac.be/itinera/Enseignement/Glor2330/Suetone_caligula/default.htm
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Philosophie. Sénèque, texte et traduction

Message par Fée Violine le Sam 19 Mai 2012 - 10:55

Philosopher au jour le jour

Lettres à Lucilius, 80, 3-6

Corpus enim multis eget rebus ut valeat: le corps a besoin de beaucoup de choses pour être en bonne santé
animus ex se crescit, se ipse alit, se exercet. l'âme croît par sa propre énergie, se nourrit et s'exerce elle-même,
Illis multo cibo, multa potione opus est, multo oleo, longa denique opera: à eux (les sportifs), il leur faut beaucoup de nourriture, beaucoup de boisson, beaucoup d'huile, enfin un long travail
tibi continget virtus sine apparatu, sine inpensa. à toi, la vertu t'arrivera sans préparatifs, sans frais.
Quidquid facere te potest bonum tecum est. Ce qui peut te rendre bon est en toi.
[4] Quid tibi opus est ut sis bonus? velle. Que te faut-il pour être bon? le vouloir.
Quid autem melius potes velle quam eripere te huic servituti quae omnes premit, Et que peux-tu vouloir de mieux que de t'arracher à cette servitude qui opprime tous les [hommes]
quam mancipia quoque condicionis extremae et in his sordibus nata [et] dont les esclaves, même de la plus basse condition et nés dans cette fange,
omni modo exuere conantur? s'efforcent de se débarrasser par tous les moyens?
Peculium suum, quod comparaverunt ventre fraudato, pro capite numerant: Leur pécule, qu'ils ont préparé au détriment de leur estomac, ils le paient pour [racheter] leur tête;
tu non concupisces quanticumque ad libertatem pervenire, et toi, tu ne convoiterais pas de parvenir à tout prix à la liberté,
qui te in illa putas natum? toi qui te crois né dans la liberté?
[5] Quid ad arcam tuam respicis? emi non potest. Pourquoi regardes-tu vers ton coffre-fort? Elle ne peut être achetée.
Itaque in tabellas vanum coicitur nomen libertatis, C'est donc en vain qu'est inscrit sur les registres le nom de liberté,
quam nec qui emerunt habent nec qui vendiderunt: elle que ne possèdent ni ceux qui l'ont achetée ni ceux qui l'ont vendue.
tibi des oportet istud bonum, a te petas. C'est toi qui dois te donner ce bien; demande-la à toi.
Libera te primum metu mortis (illa nobis iugum inponit), Libère-toi d'abord de la peur de la mort (elle nous impose son joug),
deinde metu paupertatis. ensuite de la peur de la pauvreté.
[6] Si vis scire quam nihil in illa mali sit, Si tu veux savoir combien il n'y a aucun mal en celle-ci,
compara inter se pauperum et divitum vultus: compare entre eux les visages des pauvres et des riches:
saepius pauper et fidelius ridet; le pauvre rit plus souvent et plus sincèrement;
nulla sollicitudo in alto est; il n'y a pas de préoccupations au fond de lui;
etiam si qua incidit cura, velut nubes levis transit: même si un souci arrive, il passe comme un léger nuage.
horum qui felices vocantur hilaritas ficta est aut gravis et suppurata tristitia, mais de ceux qu'on dit heureux, la joie est feinte, la tristesse lourde et suppurante,
eo quidem gravior quia interdum non licet palam esse miseros, d'autant plus lourde que pendant ce temps il n'est pas permis d'être ouvertement malheureux,
sed inter aerumnas cor ipsum exedentes necesse est agere felicem. mais qu'au milieu des peines qui rongent le coeur, il faut jouer le rôle d'heureux.


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sur Sénèque

Message par Fée Violine le Mer 23 Mai 2012 - 22:38

Lucius Annaeus Seneca (né v4 av JC à Cordoue, + en 65 à Rome, victime de Néron), homme d'État, philosophe stoïcien, auteur de tragédies, précepteur de prince, représente, par la variété même des aspects de son activité, une des figures les plus intéressantes de l'époque impériale.
Son œuvre de moraliste a exercé une influence capitale sur la formation de la pensée occidentale. Elle enthousiasma le Moyen Âge et la Renaissance, spécialement Montaigne.
Dans le monde moderne, l'intérêt pour la morale de Sénèque a beaucoup diminué, mais son œuvre est une source précieuse pour la connaissance des courants philosophiques de l'époque hellénistique et impériale.

C’est surtout dans les Lettres à Lucilius que Sénèque pratique la direction de conscience : toute occasion, même la plus fortuite, est bonne pour amener le lecteur aux réflexions les plus hautes. En conseillant les autres, d’ailleurs, avec un sens aigu de l’observation psychologique, Sénèque donne souvent l’impression qu’il cherche à s’analyser et se guérir lui-même : c’est une méditation à deux, le philosophe et son lecteur, un entraînement commun à pratiquer une ascèse en vue de catastrophes toujours possibles (et probables sous Néron ! )
Le succès de Sénèque vient de sa très bonne connaissance du cœur humain, qu’il avait appris à connaître dans la haute société de Rome ; et de la manière dont il prodigue ses conseils de morale, son « art de vivre » : apparemment un stoïcisme austère (se détacher des biens – supporter le malheur sans émotion – affronter sereinement la mort), mais qui, dans la pratique, sait transiger avec les nécessités de la vie.
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Re: Bac latin 2012

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