MARTHE ET MARIE

Heureux les affligés car ils seront consolés

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Heureux les affligés car ils seront consolés

Message par Joss le Mer 27 Avr 2011 - 12:36

TROISIÈME BÉATITUDE


«Heureux les affligés car ils seront consolés» MATTHIEU 5,5


LE REGARD EN ALTITUDE

Lorsque l'âme a atteint les hauteurs du détachement et que l'onction de la douceur lui apporte la paix, elle voit les choses sous un nouveau jour. Parvenue sur les hautes cimes jadis voilées de nuages mystérieux, elle contemple au-dessous d'elle l'ample vallée de la vie que pénètre profondément la lumière qui vient de Dieu

L'âme a été guidée par la lumière divine à chaque étape de sa laborieuse ascension, car comment peut-on cheminer dans les ténèbres ? A ce stade de la vie spirituelle, la lumière jaillit du Don de science, fait voir à l'âme insignifiance des choses de la terre, lui inspire la parfaite pauvreté en esprit, lui fait connaître la mansuétude et lui fait posséder les biens éternels. Mais c'est dans la sérénité des hauteurs que règne la hauteur que règne la lumière, qu'elle s'étend sans obstacle sur toute la vie humaine et que, rayonnant dans l'atmosphère pure et diaphane où l'âme commence à vivre, elle pénètre jusque dans les profondeurs des choses et met à jour tous les secrets.


TROISIÈME BÉATITUDE ET DON DE SCIENCE

Voilà pourquoi la troisième Béatitude a pour caractère principal les clartés propres au Don de science, car l'âme y jouit d'une nouvelle vision de la vie, découvre le sens profond des biens terrestres et se voit elle-même, étonnée telle qu'elle est. Baignant dans cette lumière, elle se sent émue jusque dans les profondeurs de son être et -qui le croirait !- elle s'abandonne aux larmes. Larmes cristalline comme la lumière, amères comme la douleur et suaves comme un message d'amour, qui produisent en elle le miracle de la consolation .


LA CHUTE DES ILLUSIONS

Les choses de la terre nous apparaissent parfois déformées par le halo qui les enveloppe. Aux reflets trompeurs du monde , elles sont revêtues de charmes fictifs qui captivent le pauvre coeur humain et produisent en lui ce que l'Ecriture appelle la fascination du mal SAGESSE 4,12.

Quand les illuminations qui nous viennent de Dieu commencent à luire dans une âme, l'illusion disparaît et les choses, dépouillées de leurs brillants oripeaux, se révèlent en leur nature de misère aux yeux de l'esprit qui voit clair.

L'âme voit les créatures comme elles sont, en vérité, éphémères, vides, incapables de satisfaire ses désirs ; et, désabusée, elle s'en sépare, d'abord avec regret, car elle les aimait, ensuite avec joie, car elle les juge sans valeur.


LA LUMIÈRE LUIT DANS LES TÉNÈBRES

Puis, voici que la lumière divine augmente. Ce n'est déjà plus les lueurs de l'aurore, mais la splendeur du jour en tout son éclat. Et le spectacle des choses créées devient désolant, répugnant, horrifique. Misérables déjà dans la pénombre initiale, elles se révèlent maintenant dans toute leur horreur sous les puissants rayons de la lumière qui vient de Dieu.

L'âme se voit plongée dans le vide et les ténèbres, car le rêve qu'elle s'était fait sur tout ce qui est humain s'anéantit en un cataclysme épouvantable : les affections, la science, les richesses, les honneurs, privés de leur ancien lustre, ne sont plus que de tristes ruines qui épouvantent. L'âme a été transpercée jusqu'en ses profondeurs par la lumière. Et elle se reconnaît abîme de misère si ténébreux, néant si profond, qu'elle voudrait être privée de la vue afin de ne pas souffrir le vertige dont elle est saisie.

Imaginons que par un mystérieux procédé disparaisse à nos yeux la chair de tous les corps des hommes et que nous ne voyions plus que des squelettes desséchés ; que notre vue pénètre à travers les tombeaux et y contemple la corruption qui s'y trouve ; et que nous regardions, sous la la magnificence de nos grandes villes, les cloaques infects des égouts ; dites, serait-il possible de vivre au milieu de ces horreurs ?

Quelque chose d'analogue se passe dans l'âme qui est remplie d'amour de Dieu, car les biens terrestres ne peuvent empêcher la lumière céleste de révéler au grand jour les bas-fonds de leur incroyable misère. Il n'y a que Dieu qui gagne en beauté et en grandeur à mesure qu'Il se laisse mieux connaître. Ce n'est pas par les froids arguments de la raison, ni par les déductions toujours imparfaites de l'expérience, mais bien par l'intuition divine et profonde que produit en nous la lumière si brillante du Don de science, que l'a comprend la profonde vérité de la parole du sage :


«..tout est vanité et poursuite de vent» ECCLESIASTE 1, 14.


MORTS AU PÉCHÉ, VIVANTS DIEU

Alors l'âme voit clairement sa propre misère et la vanité de tout ce qui est créé. Elle se rend compte exactement de ce qu'elle était quand elle vivait dans le pêché et de ce qu'elle est présentement en dépit des dons de Dieu. Le spectacle de la vie humaine aperçue dans sa triste nudité lui paraît si répugnant, et s intolérable le regard qu'elle pose sur elle-même, qu'il lui semble aussi impossible de vivre dans cet état que de vivre en un sépulcre. Cette sainte déception inonde l'âme d'une insondable tristesse et lui arrache des larmes si amères qu'on les croirait versées par l'âme elle-même sur sa propre tombe.

En vérité, elle est morte mystiquement , morte à la terre, morte aux feux trompeurs qui ont consumé les ailes fragiles de ses illusions, pour ressusciter ensuite à une vie nouvelle et transfigurée où Dieu sèche ses larmes et lui donne de délicates et fines ailes pour atteindre les sommets.


HEUREUX CEUX QUI PLEURENT

Larmes bénies dont le flot suave entraîne ce qui est trop humain. Larmes fécondes versées sur le tombeau du «vieil homme», comme les larmes du Christ sur le sépulcre fétide de Lazare et, comme celles-ci, accomplissant le prodige incomparable de faire surgir la vie des profondeurs de la mort.

Heureux ceux qui pleurent parce qu'ils ont perdu leurs illusions sur les choses de la terre ! Ils seront consolés.


...ILS SERONT CONSOLÉS

Les consolations que le Christ promet à ceux-là ne sont pas comme les consolations humaines, superficielles, éphémères, ni même comme celles que l'on appelle ordinairement consolations divines, pourtant très réconfortantes, mais transitoires ; non, les consolations attachées à cette Béatitude sont transcendantes.

Les consolations terrestres sont des calmants, plus ou moins efficaces, composés avec certaines choses de la terre et destinés à alléger la douleur que nous ressentons pour certaines autres que nous avons perdues. Une amitié précieuse nous console de la perte de la santé ; ou bien une tendre amitié disparue s'oublie dans la pratique de la science ou des arts.

Mais juste Dieu, lorsque tout est perdu, quand notre mal provient d'une complète désillusion concernant la vie, quand un hiver de tristesse vient couvrir de son froid suaire tout l'étendue des choses terrestres qui n'étaient avant qu'une campagne en son printemps verdoyant, alors qu'est-ce qui pourrait nous consoler ?

De même que la colombe de Noé ne put trouver où se poser dans l'immensité du déluge, de même la pauvre âme éclairée du Don de science ne saurait trouver sur la terre inonndée de ses misères un point solide où s'arrêter. Alors elle s'envole vers ciel. En bas, le vide, le néant, mais en haut, la consolation suprême, non celle qui passe, mais celle qui demeure, la consolation éternelle ; non celle qui satisfait un instant nos désirs, mais celle qui les remplit à jamais ; la seule consolation qui soit absolue, Dieu lui-même.



DIEU, NOTRE RÉCONFORT

Dieu est l'unique Consolateur et l'unique consolation. A chacune des trois Personnes Divines, l'Ecriture attribue le pouvoir de consoler.

SAINT PAUL a dit :


«Béni soit le Dieu et Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ , le Père des Miséricordes et le Dieu de toute consolation , qui nous console dans toutes nos afflictions» II COR. 1. 3. 4


...Et dans cette même épître, l'apôtre ajoute :


«De même , en effet , que les souffrances du Christ abondent pour nous , de même , par le Christ, abonde aussi notre consolation» II COR. 1. 5.


Et ce même JESUS a dit aux siens à la dernière scène :


«Et je prierai le Père et Il vous donnera un autre Paraclet , pour être avec vous à jamais» JEAN 14, 16


Donc le CHRIST Lui-même était déjà un Paraclet, c'est-à-dire un Consolateur.

En vérité, Dieu se plaît très souvent à répandre dans les âmes qu'Il aime cette suavité ineffable, ce qui s'appelle dans le langage de la vie spirituelle les consolations divines , ces joies qui sont mille fois supérieures à celles de la terre. Mais elles ne sont pas constantes. Et même si elles l'étaient, elles ne sont que des irradiations d'une consolation intérieure et permanente qu'il y a dans l'âme. En sentant la terre se dérober sous elle, l'âme, se servant du langage irrésistible des larmes, appelle Dieu à son aide. Il s'empresse de répondre à l'appel urgent de cette âme et lui fait le don de Lui-même, qui est la consolation par excellence.


L'APPEL DU VIDE

Mais est-ce que l'âme, par hasard, avant de verser des larmes, ne possédait pas Dieu ? Si, sans doute. Cependant, Dieu qui se donnait ne trouvait pas sa place enn elle, car elle ne s'était pas vidée de son propre être ni des choses de la terre. Mais quand la lumière de Dieu, ellle eut creusé en elle un abîme, Dieu s'y précipita comme un océan pour la remplir de Lui-même.


Heureuse l'âme qui pleure sur le vide qu'elle sent en elle , car elle aura la consolation de se sentir remplie de Dieu !



TRANSFIGURATION DES ÊTRES

La vie changer pour l'âme ainsi consolée. Sur les ruines d'une vie révolue surgira une vie nouvelle, spirituelle et mystérieuse, où Dieu commencera à être «tout en tous» I COR. 15, 28. La nature se transfigurera aux yeux pénétrants de l'âme, comme elle s'est transfigurée jadis aux yeux de SAINT FRANCOIS D'ASSISE. Les misères innées de la nature humaine seront éclairées de la lumière de Dieu, celle qui luit dans les ténèbres. Pour l'âme, la création prendra un sens tout nouveau, profond, divin. Le murmure de ma soeur l'eaului semblera être la prière des choses ; et le parfum des fleurs, 'encens de l'adoration ; et la mystérieuse harmonie des bois, une strophe du cantique de la louange ; et le fracas de l'océan, un hymne triomphal ; et les cieux un poème de lumière silencieux et profond, tout à la gloire de Dieu.

Tout alors prend un sens pour l'âme, parce que tout parle de Dieu et invite à l'aimer , tout devient échelon pour monter à Lui : la science et la poésie, l'amitié et la persécution, les sourires et les larmes, les roses et les épines, la joie et la douleur. La douleur surtout, sceau de la Rédemption, trace mystérieuse du passage du CHRIST sur la terre et qui garde toujours son divin parfum.


TRANSFIGURATION DE SOI-MÊME

Et, plus que tout, l'âme sent sa propre transfiguration , car dans les profondes ténèbres de sa misère, qui demeure intacte, se détache en un ineffable contraste l'image rayonnante de Dieu. L'âme se complait en son propre néant parce qu'il fait ressortir la divine beauté, et elle jouit d'être petite pour s'appuyer sur la grandeur divine. Même, elle ne veut pas cesser d'être faible afin d'éprouver le bonheur d'adhérer à la force de Dieu, à l'instar du lierre qui adhère étroitement au chêne robuste.


LA RÉSURRECTION FINALE

Cette divine transformation des choses n'atteindra sa plénitude que dans la patrie du bonheur, là où le Don de science, en une splendeur de en jour, fera voir aux bienheureux tout le sens profond de la création et les aidera à comprendre que«tout en tous» ]I COR. 15, 28. Et peut-être montrera-t-Il aux élus, en cette nouvelle patrie, après la résurrection universelle, les précieuses reliques de leur périgrination terrestre, comme l'arche d'alliance, la manne et la verge fleurie d'Aaron évoquaient chez les israélites, possesseurs de la terre de Canaan, leur vie errante à travers le désert, idéalisée par la lumière glorieuse du souvenir.


DÈS MAINTENANT...

Mais l'éternité est déjà commencée pour nous en notre exil sur la terre, et c'est une aurore de toute beauté pour les âmes saintes. Cette vie-ci n'est-elle pas une initiation à lavie éternelle, un avant-goût de ce qu'elle sera ?

La consolation des larmes est l'annonce et comme le prélude des joies éternelles , et cette consolation par excellence soutient le courage des justes dans le combat de la vie, leur fait parfois oublier les misères d'ici-bas et leur apporte une force merveilleuse pour travailler sans cesse, pour souffrir sans se récuser, les yeux et le coeur toujours fixés sur ce paradis dont ils pénètrent la substance par la foi, qu'ils possèdent déjà par l'espérance et dont ils commencent à goûter les joies par l'amour.
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