MARTHE ET MARIE

Le jeune homme riche

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Le jeune homme riche

Message par etienne lorant le Lun 28 Fév 2011 - 18:18

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 10,17-27.
Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l'aimer. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi. »
Mais lui, à ces mots, devint sombre et s'en alla tout triste, car il avait de grands biens.
Alors Jésus regarde tout autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d'entrer dans le royaume de Dieu ! »
Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Mais Jésus reprend : « Mes enfants, comme il est difficile d'entrer dans le royaume de Dieu.
Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. »
De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? »
Jésus les regarde et répond : « Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris


Un regard sombre, une profonde tristesse et l'homme s'en retourne chez lui, car il avait de grands biens. C'est ce qui arrive à quiconque, un jour effleuré par la grâce, a l'occasion de la saisir, de sauter en marche dans le train du salut, mais qui finalement demeure sur le quai, ayant de trop grosses valises à charger sur ce train qui ne s'arrêtait pas.

J'ai lu qu'il y avait à Jérusalem une porte dite de "l'Aiguille" que les caravanes évitaient car elle était trop étroite pour laisser passer des chameaux à pleine charge: il fallait donc retirer de leurs dos toutes les marchandises, les laisser passer la porte et les charger de nouveau. Il me semble que c'était un commentaire de Lanza del Vasto.

De toute manière, je crois que le problème ce jeune homme riche n'est pas, comme dans les textes des deux derniers jours dans le fait de se faire du souci pour l'argent, ou d'en être "l'esclave psychologique". Lui est riche, très riche, sans doute au-delà de ce qui peut se compter. Ce n'est donc pas que l'argent l'obsède, mais tout simplement qu'il n'a connu aucune remise en question profonde depuis son enfance. Cela se sent clairement à la simplicité à laquelle il déclare, sans la moindre forfanterie, qu'il a effectivement observé tous les commandements prescrits dans la Loi, et cela depuis son plus jeune âge. Jésus s'attendrit devant tant de présomption. Ce jeune homme est humble, mais d'une humilité qui relève de sa bonne éducation, non des réalités de la vie; d'une éducation qui lui a permis, jusqu'au jour de cette rencontre avec Jésus, de ne pas devoir se poser de questions réellement importantes.

Jésus se mit à l'aimer, dit le texte. Il va donc lui poser la question qu'aucun d'autre que lui n'oserait formuler. "Il ne te manque qu'une seule chose: vends tout ce que tu possèdes, puis viens et suis-moi"... Sa déroute est complète, car jamais il n'aurait osé faire cela: remettre en question son mode de vie, son aisance, et l'assurance de n'avoir (justement !) aucun souci à se faire concernant l'avenir.

ll ressemble bien au couple de grands riches que je connais en ville. J'ai eu, plus jeune, l'occasion d'assister leur fille unique, qui traversait de graves problèmes psychologiques à la suite de son divorce. Mais j'ai découvert assez vite que ces problèmes étaient liés à la grande fortune de ses parents: ceux-ci étaient omniprésents - et vingt ans plus tard, ils sont toujours omniprésents dans la vie de cette femme, comme de leurs petits-enfants.

C'est simple à dire: ils ont les premières places partout, y compris dans l'église du diocèse. Ils sont catholiques et ils pratiquent à leur façon. Ils sont assidus à tous les sacrements, ils donnent à toutes les œuvres et ils ont une bibliothèque de livres religieux que tous leur envieraient. Mais cela ne leur suffisait pas: il fallait qu'ils aient plus que tout un chacun - et donc, ils usent de leur argent pour se faire proches de tous les "messagers" du ciel qui font la fortune de certains magazines. Parmi eux, "Jnsr", la voyante de Dozulé, un prêtre italien qui fait beaucoup parler de lui (c'est justement cela qui m'ennuie) et qui serait "l'héritier spirituel" de Padre Pio... et d'autres encore. J'ai de l'affection pour ces personnes, mais je me tiens à distance, car ils m'effraient quelque peu...

Si les riches auront donc difficile d'entrer dans le royaume des cieux, c'est simplement du fait de la trop grande assurance que leur fortune leur apporte. Ils prêchent la bonne parole, car ils disent comme Jésus lui-même : "Mais tout est simple, voyons, pourquoi vous faîtes-vous tous ces soucis ?" Mais Jésus et ses disciples vivaient dans une pauvreté radicale, et d'abord la pauvreté de l'esprit. Comment les grands riches feraient-ils pour se détacher de leurs biens ? Personne ne leur a demandé de le faire et ils s'imaginent vraiment qu'ils vivent d'une façon tout à fait noble sur le plan spirituel.

Tel est donc le poids de la richesse qu'elle empêche l'homme de se voir dans sa pauvreté d'homme et de s'élever en se libérant des 'béquilles' de l'argent... Mais rien est impossible à Dieu, ajoute Jésus immédiatement: car le Père désire autant le salut du riche que celui du pauvre. Mais cet Évangile est difficile et mériterait d'être abordé depuis d'autres points de vue encore...
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Re: Le jeune homme riche

Message par Joss le Lun 28 Fév 2011 - 19:46

Comme le disait le père IDE à propos de cette parabole et que développe largement SAINT JEAN DE LA CROIX :

Les 3 richesses : VOLONTE, MEMOIRE, INTELLIGENCE

Ce dépouillement total pour suivre Jésus passe par le don de soi :





CHAPITRE XIII Quelques moyens pour entrer, par la foi, dans la nuit ou la mortification des sens.

Si nous voulons mortifier et apaiser les quatre passions de notre nature : la joie, l'espérance, la crainte et la douleur
,


puisque de leur concorde et pacification découlent les biens dont nous avons parlé et beaucoup d'autres encore, il faut employer ce qui est un remède total à tous ces maux, la source du vrai mérite et des grandes

vertus.
Que l'âme donc s'applique sans cesse non à ce qui est plus facile, mais à ce qui est plus difficile

. Non à ce qui plaît, mais à ce qui déplaît ;
. Non à ce qui console, mais à ce qui est un sujet de désolation ;
. Non à ce qui est repos, mais à ce qui donne du travail ;
. Non à ce qui est plus, mais à ce qui est moins ;
. Non à vouloir quelque chose, mais à ne rien vouloir ;
. Non à rechercher ce qu'il y a de meilleur dans les choses, mais ce qu'il y a de pire, et à désirer entrer pour l'amour du Christ dans un dénûment total, un parfait détachement et une pauvreté absolue par rapport à tout ce qu'il y a en ce monde.


Il faut embrasser ces pratiques de tout coeur et s'appliquer à y assujettir la volonté. Celui qui s'y soumet avec amour, intelligence et discrétion, ne tardera pas à trouver beaucoup de délices et de consolations. Il suffit de se conformer fidèlement à ces pratiques pour entrer dans la Nuit des sens. Néanmoins, pour donner de plus amples explications, nous parlerons d'une autre sorte de pratiques qui apprennent à mortifier la concupiscence de la Chair, la concupiscence des yeux et la superbe de la vie, trois choses, au dire de saint Jean (Jean, II, 16), qui occupent le monde et d'où procèdent toutes les autres tendances.

La première
consiste à travailler au mépris de soi et à désirer que les autres nous méprisent; cette pratique est contre la concupiscence de la chair.


La seconde
consiste à parler de soi-même avec mépris et à travailler à ce que les autres en parlent de même; cette pratique est contre la concupiscence des yeux.


La troisième
consiste à avoir de bas sentiments de soi, à se mépriser et à désirer que les autres fassent de même; et cette pratique est contre la superbe de la vie.
Pour terminer ces avis et ces règles de conduite dont nous venons de parler, il nous semble bon de rapporter ici les vers que nous avons placés à l'image de la Montagne représentée au commencement de ce livre. Ils
renferment la doctrine nécessaire pour gravir cette montagne qui
symbolise l'union parfaite avec Dieu :



LA MONTAGNE DE LA PERFECTION SELON SAINT JEAN DE LA CROIX (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Mais s'ils s'adressent à la partie spirituelle et intérieure de l'âme, ils enseignent également à mortifier l'esprit d'imperfection de sa partie sensuelle et extérieure, comme l'indiquent les deux chemins placés de chaque côté de notre image qui figure la montagne de la perfection.

C'est dans ce dernier sens que nous les prenons ici. Dans la seconde partie de cette Nuit nous les examinerons dans le sens spirituel.
Voici ces avis :

1.
Pour arriver à goûter tout, veillez à n'avoir goût pour rien.
2. Pour arriver à savoir tout, veillez à ne rien savoir de rien.
3. Pour arriver à posséder tout, veillez à ne posséder quoi que ce soit.
4. Pour arriver à être tout, veillez à n'être rien en rien.
5. Pour arriver à ce que vous ne goûtez pas, vous devez passer par ce que vous ne goûtez pas.
6. Pour arriver à ce que vous ne savez pas, vous devez passer par où vous ne savez pas.
7. Pour arriver à ce que vous ne possédez pas, vous devez passer par où vous ne possédez pas.
8. Pour arriver à ce que vous n'êtes pas, vous devez passer par ce que vous n'êtes pas.


MOYEN DE NE PAS EMPÊCHER LE TOUT
1. Quand vous voulez vous arrêter à quelque chose, vous cessez de vous abandonner au tout.
2. Car pour venir du tout au tout, il faut se renoncer du tout au tout.
3. Et quand vous viendrez à avoir tout, il faut l'avoir sans rien vouloir.
4. Car si vous voulez avoir quelque chose en tout, vous n'avez pas purement en Dieu votre trésor.
C'est
dans ce dénûment que l'esprit trouve sa paix et son repos. Comme il ne désire rien, rien d'en haut ne le fatigue, rien d'en bas ne l'opprime, car il est dans le centre de son humilité ; si au contraire il désire quelque chose, c'est cela même qui est pour lui fatigue et tourment.

http://jeveuxvoirdieu.blogspot.com/2010/06/partie-i-perspectives-ch-67.htm


mais :

«Leur raison est encore très maîtresse d'elle-même, et l'amour n'est pas assez fort pour faire délirer...». 1.


JEUNE HOMME RICHE MATT., XIX, 16-22
«Nous faisons comme le jeune homme de l'évangile»2.

telle est la parole qui résonne péniblement en notre âme quand nous retrouvons ces troisièmes Demeures. Comme le jeune homme de l'évangile, depuis longtemps ces âmes observent avec sagesse et droiture les
préceptes de la Loi ; elles désirent la perfection mais devant les exigences du Maître, elles hésitent et tristement elles se retirent.

Leur tristesse est lourde pour nous autant que pour elles
«à la vérité, on doit compatir à une telle misère», encourage SAINTE THÉRÈSE.



C'est devant les exigences de la perfection chrétienne que ces âmes sont arrêtées ou ont reculé. «Si tu veux être parfait...» leur dit Notre Seigneur comme au jeune homme. C'est ici donc que l'on doit s'engager dans la voie de la perfection.

Telle est bien la pensée de SAINTE THÉRÈSE.

Si l'on en doutait, il suffirait d'ouvrir son traité du CHEMIN DE LA PERFECTION. On y trouverait aux premières pages ce chapitre deuxième sur
la pauvreté absolue, qui est le commentaire de la parole de JÉSUS au jeune homme.

Quant à SAINT JEAN DE LA CROIX, il ne s'adresse qu'à ceux qui ont déjà accepté le détachement absolu et veulent connaître la voie directe vers les sommets. Ils sont des commençants quand ils s'engagent courageusement dans le chemin du rien ; ils méritent le nom de progressants lorsque des résultats notables s'affirmeront dans leur oraison, et sous cette appellation ils s'achemineront jusqu'à l'union transformante.

Les Saints du Carmel gardent aux paroles du Christ Jésus leur sens plein et obvie «Si tu veux être parfait, vends tes biens». On n'est en marche vers la perfection que lorsqu'on a fait ce premier geste.

1. III° Dem., ch. II, p. 857
2. Ibid., ch. I, p. 849

http://jeveuxvoirdieu.blogspot.com/2010/08/partie-ii-premieres-etapes-ch-910.html


et :



B. QUALITÉS DU DON DE SOI

I - Absolu




Pour qu'il nous obtienne de si hautes faveurs, SAINTE THÉRÈSE n'exige du don de soi qu'une qualité : c'est qu'il soit absolu ou complet.

Le don de soi est une véritable désappropriation de soi au profit de Dieu.

Cette désappropriation se fera sentir douloureusement sur tel ou tel point, suivant les attaches de l'âme, mais elle doit être complète. Le jeune homme de l'
Évangile à qui Jésus ouvre les voies de la perfection en disant :

«Vends tes biens, donne-les aux pauvres et suis-moi». 1.
est arrêté par la perspective de la séparation de ses biens parce qu'il est riche. Cette vente de ses biens n'était que le premier acte et probablement le plus douloureux et le plus significatif, mais le premier d'un drame qui devait le conduire jusqu'à la remise complète de lui-même au Christ qu'énonce le «Suis-moi».


La profession, en ce qu'elle a d'essentiel comme consécration radicale et solennelle faite à Dieu, peut être rapprochée du don de soi. Profession religieuse et don de soi comportent la même désappropriation complète de soi et la remise absolue entre les mains de Dieu de tout ce que l'on est et de tout ce que l'on a, pour le présent et pour l'avenir. La profession vaut surtout par la plénitude du don de soi qui l'anime.

Toutefois, à ce don de soi plénier, elle ajoute ce caractère de solennité qui fait de la profession un acte extérieur inspiré par la vertu de religion et qui place le religieux dans un ordre à part dans l'Église.

Par contre, le don de soi indépendant des formes extérieures, n'orientant spécialement vers aucune mais s''adaptant à toutes, inspiré uniquement par la charité, souple et fervent, large et simple, conduit chaque âme à la réalisation parfaite de sa vocation particulière et la livre à la plénitude de sa grâce.


C'est encore dans la perspective de l'oblation du Christ qu'il faut placer le don de soi pour voir ce que signifie ce mot absolu. Unie à la divinité par l'union hypostatique, la nature humaine du Christ subsistait dans la personne du Verbe. Les actes élicités par elle étaient attribués à la personne du Verbe qui les faisait siens. Elle se trouvait ainsi désappropriée complètement puisque toute son existence et ses opérations appartenaient à la personne du Verbe. Le premier effet de l'oblation du Christ est d'adhérer à cette emprise et à cette désappropriation.

Nous ne pouvons songer à réaliser par le don de nous-même une désappropriation de notre personne, ce serait rêver pour nous d'union hypostatique ou d'un quelconque panthéisme. Mais cette réserve faite, notre union avec Dieu et par conséquent le don de soi qui la fonde, ne comporte pas d'autres limites.. C'est par la grâce, participation de la nature divine, que cette union s'établit, et le modèle qui lui est proposé est l'union du Père et du Fils dans une seule nature. C'est donc à cette unité avec le Christ Jésus que doit tendre le don de soi, et toutes les exigences d'une telle unité qu'il doit accepter.

Ces exigences, la vie du Christ-Jésus nous les manifeste d'une façon concrète depuis la Crèche jusqu'au Calvaire, avec la sujétion continuelle à l'Esprit de Dieu et les immolations destructrices qui la terminent. C'est à tout cela que conduit l'emprise de Dieu et le don complet de soi chez qui l'accepte.

Parmi ces réalisations et ces immolations, Dieu fera un choix pour chacun de nous car nous n'avons pas la taille du Christ, et Dieu qui partage la grâce du Christ, divise aussi les immolations qui l'accompagnent. Quelle sera notre part ? Nous l'ignorons. Cette ignorance et la certitude d'une participation qui ne sera que partielle au sacrifice du Christ entretiennent des illusions ; elles paraissent nous autoriser à n'envisager qu'une part de ce sacrifice et peut être à la choisir.

Ainsi le don de soi n'est plus complet. Pour lutter contre ces illusions, ces choix et toutes les réserves qui enlèvent au don de soi son caractère d'absolu. Il n'est qu'un remède : s'habituer à faire le don indéterminé.


1. MATTHIEU, XIX. 21

http://jeveuxvoirdieu.blogspot.com/2010/05/partie-iii-contemplation-et-vie_24.html










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