MARTHE ET MARIE

La Retirada

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La Retirada

Message par Fée Violine le Jeu 12 Fév 2009 - 12:55

Il y a 70 ans, entre la fin janvier (chute de Barcelone le 26 janvier) et le début février 1939, environ 500 000 réfugiés espagnols, civils et militaires, ont passé la frontière française au col du Perthus et ailleurs, dans des conditions difficiles : bombardés par l'aviation italienne, reçus comme des chiens par la France...
Ils furent d'abord parqués sommairement sur les plages à St Cyprien, au Barcarès et à Argelès-sur-mer, puis mis dans des camps de travail (et parfois dans des camps disciplinaires comme celui du Vernet d'Arièges, qui n'avait rien à envier à Dachau, paraît-il), les familles séparées, beaucoup forcés de retourner en Espagne (où ils étaient sûrs d'être tués), traités comme des criminels etc...
Beaucoup de ces Républicains espagnols se retrouvèrent peu après dans la Résistance.
http://argeles1939.com/page-index.html

http://www.nopasaran36.org/guerra_civil/espana.php?74/La-Retirada&lang=fr

http://hijosdelaretirada.blogspot.com/2008/07/gorge-semprun-un-hijo-de-la-retirada.html
Le camp d'Argelès, dont personne ne sait, à 100 000 près, combien il a contenu de personnes, est devenu à la fin de la guerre un des premiers campings de France, c'est maintenant le camping municipal d'Argelès (commune qui compte presque 70 campings, record de France). J'ai vécu là, il y a longtemps. C'est ainsi qu'un peu par hasard, j'ai entendu parler de cette histoire, dont personne à l'époque ne parlait. Il y avait seulement, à environ 1 km du camping, un petit monument entouré d'un grillage, consacré aux Espagnols décédés dans le camp. Voulant en savoir plus, je suis allée à la bibliothèque municipale et j'ai lu tous les livres sur le sujet, notamment un livre intitulé "Les camps de la honte", qui dans une précédente édition s'intitulait "Vous avez la mémoire courte".
Depuis quelques années, on se remet à en parler, et encore plus en ce moment où on célèbre les 70 ans de l'événement.
Par exemple à Perpignan, le chanteur Cali (petit-fils de réfugié) donnera demain un concert.
Et diverses autres manifestations artistiques commémoratives dans tout le Languedoc-Roussillon, la création de lieux porteurs de mémoire, musées etc.

A la même époque, le grand poète espagnol Antonio Machado s'est réfugié en France lui aussi, quand il est arrivé à la frontière quelqu'un a signalé aux douaniers que "ce monsieur était le Paul Valéry de l'Espagne" (c'est-à-dire le plus grand poète du pays), ils l'ont laissé passer, il s'est installé dans un hôtel à Collioure, avec sa mère. Il est mort peu après d'asthme le 22 février, il est enterré à Collioure et il y a une plaque sur la maison, qui n'est plus un hôtel, située au bord d'un torrent qui est à sec une partie de l'année, et qui embaume le jasmin quand on y passe de nuit... Un endroit magique...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Antonio_Machado

sur le site du journal "Le Monde":

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LA RETIRADA
par Elena, Fonctionnaire
03.02.09
Les temps ne sont pas favorables aux commémorations. Nous sommes absorbés par le présent et surtout par l'inquiétude d'un futur aux contours incertains.

Cependant, il convient de se souvenir que voici 70 ans, dans le froid glacial de février 1939, des Espagnols qui croyaient en la liberté, en l'égalité et en la fraternité, ont quitté leur pays à pied à travers l'Espagne et les Pyrénées, dans le plus grand dénuement, pour n'y plus revenir. 500.000 d'entre eux ont été accueillis sur le sol français dans des conditions globalement épouvantables, mais ils ont été finalement reçus.

Le 5 février 1939, poussé par la pression internationale, le gouvernement français a ouvert la frontière entre l'Espagne et la France pour laisser entrer des enfants, des femmes et des hommes vaincus, abattus mais remplis d'espoirs. Leurs conditions de survie dans des camps de fortune improvisés, sans abris, ni eau, ni électricité furent particulièrement inhumaines. Mais le rejet de la dictature qui s'installait en Espagne leur interdisait la moindre défaillance.

Ce pays instaurait la peur, la torture et l'arbitraire comme forme de gouvernement. Les enfants de soldats républicains espagnols étaient enlevés à leurs parents pour être formatés selon le modèle de la pensée unique. L'Église, épine dorsale de ce gouvernement, dictait sa doctrine réactionnaire et castratrice. Une seule parole contraire à l'ordre établi conduisait son auteur dans les prisons franquistes où le garrot mettait fin définitivement à toute velléité. Les dénonciations étaient monnaie courante entre voisins, amis ou familiers. Ce régime a perduré 40 ans, plongeant l'Espagne dans un obscurantisme extrême.

La France a reconnu le courage et la volonté de ces Républicains en leur accordant, plus tard, le statut de « Réfugiés Politiques ». C'était un grand honneur. La plupart d'entre eux ont vécu et sont morts en France dans la discrétion la plus respectable. Certains ont donné leur vie, parfois, pour défendre la liberté de la France dans une guerre cruelle.

Votre journal a longtemps été pour ces Républicains une référence de libre information et de culture. Un rappel historique dans vos colonnes constituerait un véritable hommage. La plupart d'entre eux ne sont plus, mais les fils et les filles de ces Républicains espagnols vous en seraient reconnaissants. Peut-être même que les générations plus jeunes découvriraient ainsi qu'ils ont existé, on souffert et ont aussi connu des moments de bonheur à l'ombre de la démocratie française. Nous ne devons pas oublier ceux qui ont lutté pour la liberté.

Je remercie tous ceux qui auront consacré quelques minutes à lire ces lignes.
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