MARTHE ET MARIE

LE PERE KOLBE

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LE PERE KOLBE

Message par Joss le Sam 26 Jan 2008 - 22:30

Patricia Treece
L’agonie du père Kolbe

Source : « Maximilien Kolbe, Le Saint d’Auschwitz », Pygmalion, 1984, pp. 273-279



Tel le sanctuaire abritant dans son sein le réceptacle où repose le Dieu vivant, le camp d’Auschwitz possédait son propre tabernacle, son cœur spirituel, lieu géométrique de l’agonie, du désespoir et de la mort. C’était la prison à l’intérieur de la prison, le block numéro 11 –celui qu’on appelait le “bunker des exécutions” . C’est dans ses sous-sols que les SS “interrogeaient” les prisonniers, avec une férocité indescriptible. C’est là aussi, dans l’une des cellules, privée, pour la circonstance, de toute source d’aération qu’eut lieu la première expérience de gazage, sur des malades de l’hôpital, juifs et russes.

C’est là, enfin, que Maximilien Kolbe passa les derniers jours de sa vie, comme un rayon de lumière dans un puits de ténèbres. Lui qui était si pudique, y pénétra entièrement nu, les SS leur ayant crié de se déshabiller alors qu’ils étaient encore à l’extérieur du block. C’est donc nus que les dix condamnés franchirent le seuil du bâtiment de briques à l’apparence anodine ; nus qu’ils descendirent jusqu’au sous-sol, sombre et humide, où on les poussa dans une cellule sans air, à l’odeur fétide.

– Vous vous y dessécherez comme des tulipes ! ricana le geôlier en claquant la porte.

Comment le savons nous ? Les SS ne sont pas venus nous raconter leur folie meurtrière, et leurs victimes sont mortes. Quant aux prisonniers qui assumaient les fonctions de secrétaires-interprètes jusque dans cet infâme block 11, on les exécutait périodiquement, comme on exécutait ceux qui faisaient fonctionner les crématoires, pour qu’ils ne puissent rien révéler des crimes dont ils avaient été les auteurs involontaires –et les témoins.

Mais Dieu, dans sa miséricorde, permit que l’homme chargé de veiller sur les derniers jours de Maximilien Kolbe sortît vivant d’Auschwitz.

Bruno Borgowiec, numéro 1192, était un Polonais de Silésie, riche région minière qui, à cette époque, avait déjà changé plusieurs fois de mains. Bruno avait dabord travaillé, avec les tous premiers prisonniers, à l’aménagement du camp ; puis, en raison de sa parfaite connaissance de l’allemand, il s’était vu confier la redoutable fonction d’interprète dans le block pénal qu’il visitait chaque jour, et où il enregistrait les cadavres. On ne peut imaginer ce qu’il y vit, ce qu’il y entendit. Disons simplement qu’il mourut le lundi de Pâques 1947, âgé d’à peine quarante ans, non sans avoir écrit à Niepokalanow, le 27 décembre 1945, pour relater en détail ses souvenirs du “bunker de la mort” . Il laissait deux déclarations, faites sous serment et devant notaire, l’une assez brève, l’autre plus longue, et qui constituent un document exceptionnel sur les derniers jours de celui qu’il considérait comme “un héros et un saint” .

C’est lui qui confirma ce que soupçonnaient les amis de Maximilien Kolbe, à savoir que cette cellule de la faim et de la soif, loin de lui être fatale, fut un véritable tabernacle au sein de la barbarie d’Auschwitz comme si, caché au cœur de l’humble franciscain, Dieu avait lui-même fait irruption en enfer. Et Bruno Borgowiec lui-même explique pourquoi, en dépit des milliers de détenus morts dans ce bunker, il s’est souvenu “avec une clarté absolue” de certains détails isolés relatifs aux derniers jours du père Kolbe. Ecoutons-le.

Les victimes, entièrement nues, étaient enfermées dans une cellule proche de celles où se mouraient les prisonniers condamnés en représailles des deux précédentes évasions. L’air y était irrespirable, et le sol entièrement en ciment. Il n’y avait aucun meuble, à l’exception d’un seau leur permettant de se soulager.

La présence du père Kolbe dans ce bunker fut pour les autres une véritable bénédiction. Tous devenaient fous à la pensée de ne jamais revoir leur foyer ni leur famille ; ils hurlaient de désespoir, et blasphémaient affreusement. Mais il sut les apaiser, et ils commencèrent à se résigner. Il savait consoler mieux que personne, et grâce à ce don très particulier, il arriva à prolonger la vie des condamnés qui, le plus souvent, étaient si anéantis qu’ils se laissaient mourir en quelques jours.

Il s’efforçait de leur rendre courage en leur démontrant, par exemple, que le fugitif pouvait être retrouvé et qu’ils seraient alors relâchés. [Mieczyslaus Koscielniak, de son côté, apprit par l’Allemand Streiberg et par le chef du bunker que le père entendait les confessions des victimes et les préparait à mourir.] Pour leur permettre de se joindre à lui, il priait à voix haute. Grâce aux portes des cellules qui étaient en chêne, au silence et à une bonne acoustique, sa voix portait ainsi jusque dans les autres cellules où les prisonniers qui l’entendaient parfaitement bien pouvaient unir leurs voix à la sienne.

Chaque jour, désormais, les prières, le rosaire et les chants religieux se propagèrent de cellule en cellule, en partant de celle où le père était enfermé avec ses malheureux compagnons. Il commençait, les autres répondaient tous ensemble. Hymnes et paroles pieuses résonnaient d’un bout à l’autre du souterrain, et j’avais l’impression de me trouver dans une église.

Dehors, pendant ce temps, à l’extérieur du block pénal, rappelle Francis Mleczko, leurs camarades organisaient des sortes de veillées de prière au cours de leurs heures de liberté. Inquiets du sort des victimes, il leur arrivait de passer devant la minuscule fenêtre du cachot, située à la hauteur du plafond de celui-ci, et d’y apercevoir, parfois, le sommet d’un crâne. Conrad Szweda tenta même un jour, bien inconsidérément, de s’approprier davantage dans l’espoir d’obtenir d’autres renseignements, et il ne dut qu’à la prudence d’un détenu qui travaillait sur les lieux de ne pas être aperçu des gardes SS, qui n’auraient pas manqué de l’envoyer rejoindre les dix autres victimes au fond du bunker.

Une fois par jour, poursuit Bruno Borgowiec, les SS qui gardaient le block pénal inspectaient les cellules et me chargeaient d’emporter les cadavres des prisonniers morts pendant la nuit. Je devais toujours être présent lors de ces visites car, en tant que secrétaire-interprète, j’avais à enregistrer les noms et les numéros des morts et à traduire la conversation et les questions des condamnés.

Le père Kolbe et ses compagnons de cellules étaient parfois si absorbés dans leurs prières qu’ils ne remarquaient pas l’arrivée des gardes qui devaient alors faire du bruit pour attirer leur attention. Mais lorsqu’ils voyaient la porte ouverte, les malheureux commençaient à gémir et à réclamer un croûton de pain et un peu d’eau, qu’on ne leur accordait évidemment jamais. Si l’un d’entre eux avait encore la force de se traîner jusqu’à la porte, le SS lui envoyait aussitôt dans le ventre un coup de pied d’une telle violence que l’autre tombait sur le ciment où il se tuait, à moins qu’on ne l’achevât d’un coup de fusil.

Le père Kolbe, lui, ne demandait jamais rien, ne se plaignait jamais de rien.

Il regardait ceux qui entraient droit dans les yeux, d’une façon étrangement pénétrante. Les gardes avaient du mal à soutenir ce regard et lui disaient souvent d’un ton mauvais : “Baisse les yeux ! Ne nous regarde pas !”

Ce regard du père Kolbe, que tant de témoins ont évoqué, a frappé aussi un des malades nazis du docteur Wlodarski qui s’efforçait volontairement d’entretenir de bons rapports avec les autorités d’Auschwitz, de manière à être tenu au courant du sort des victimes. Oui, lui avoua le chef du bunker de la mort, ce regard produisait un véritable “choc psychologique” sur les SS qui avaient à l’affronter. C’était un regard ardent, brûlant de désir –non d’un désir de pain, mais de celui de libérer du mal. C’était, ajouta l’Allemand, “un homme extrêmement courageux, un homme exceptionnel, un héros” . Et c’est bien ce que confirme de son côté Bruno Borgowiec qui eut plusieurs fois l’occasion d’entendre les commentaires des gardes nazis sur ce prisonnier extraordinaire.

Ils en parlaient entre eux et ils étaient remplis d’admiration pour son courage et l’ensemble de son comportement. L’un d’eux alla même jusqu’à dire : “Nous n’avons jamais vu un prêtre comme celui-ci ; ce doit être un homme absolument exceptionnel.” Lorsque les gardes SS n’étaient pas là, je descendais réconforter mes compatriotes, Quel martyre ont dû endurer ces hommes ! On le comprendra peut-être lorsqu’on saura que leurs sceaux étaient toujours vides et secs. Assoiffés comme ils l’étaient, ils avaient dû boire leur propre urine.

Ils continuaient à prier, mais à voix de plus en plus basse à mesure qu’ils s’affaiblissaient. On les voyait, à chacune de nos visites, étendus par terre sur le sol. Seul le père Kolbe était toujours soit debout, soit à genoux, le visage serein.

Deux semaines passèrent ainsi. Les prisonniers mourraient l’un après l’autre, et le jour vint où il n’en resta que quatre, parmi lesquels figurait le père Kolbe, qui était toujours conscient. C’est alors que les SS décidèrent que les choses avaient assez duré. Peu de temps après, ils envoyèrent de l’hôpital le criminel allemand Bock, avec mission d’administrer aux condamnés encore en vie des injections d’acide carbonique. Dès la piqûre faite dans la veine du bras gauche, on voyait l’enflure remonter le long du membre jusqu’à la poitrine, et lorsqu’elle atteignait le cœur, la victime tombait morte. Le tout durait à peine plus de dix secondes.

Lorsque Bock arriva, je dus l’accompagner jusqu’à la cellule et je vis le père Kolbe, toujours en prière, tendre lui-même son bras au bourreau. Ce spectacle me fut tellement insupportable que, prétextant quelque tâche urgente, je sortis de la pièce et n’y revins qu’après le départ des SS et de leur exécuteur.

Noircis, recroquevillés, trois cadavres gisaient sur le sol, entièrement nus, le visage tordu par la souffrance. Le père Kolbe, lui, était assis, très droit, appuyé contre le mur du fond. Son corps n’était pas sale, comme celui des autres, mais propre et lumineux. La tête était légèrement penchée sur le côté et les yeux étaient restés ouverts. Son visage, serein, très pur, semblait rayonner.

N’importe qui se serait avisé en le voyant qu’il s’agissait d’un saint.

Des amis de Maximilien Kolbe demandèrent que son corps ne fût pas brûlé, mais enterré. La requête fut rejetée, mais on peut se demander si lui-même aurait apprécié qu’on le traitât différemment de ses compagnons d’agonie. Des années auparavant, en effet, il avait dit : “J’aimerais, pour la Vierge Immaculée, être réduit en poussière, et que le vent la disperse sur toute la surface du monde.”


Dernière édition par le Sam 26 Jan 2008 - 22:39, édité 1 fois
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Re: LE PERE KOLBE

Message par Joss le Sam 26 Jan 2008 - 22:38

Patricia Treece
Un ami juif du Père Kolbe témoigne

Source : « Maximilien Kolbe, Le Saint d’Auschwitz », Pygmalion, 1984, pp. 242-243



Sigmund Gorson est le responsable d’un programme de télévision à Wilmington, dans le Delaware. Il a beaucoup écrit et beaucoup parlé sur Auschwitz, mais ses souvenirs du père Kolbe sont pour lui « si précieux et si personnels » qu’il s’est toujours refusé à tout commentaire sur le franciscain qu’il appelle « un prince parmi les hommes ». Pourtant, se considérant comme le seul juif polonais vivant à avoir bien connu le père à Auschwitz, il s’est décidé à rompre ce silence pour nous donner ce témoignage bouleversant. A l’époque, il était encore un petit garçon.

J’arrivais d’une grande belle maison où l’amour était le mot clé. Mes parents étaient riches et cultivés, nous étions heureux. Et pourtant toute ma famille –mes trois sœurs, qui étaient très belles, ma mère, avocate diplômée de l’université de Paris, mon père, mes grands-parents –a disparu : je suis le seul survivant.

Avoir grandi dans un foyer aussi merveilleux, et se retrouver brusquement aussi atrocement seul, comme ce fut mon cas, à l’âge de treize ans, dans cet enfer qu’était Auschwitz, est une chose inimaginable. Un grand nombre d’entre nous, les très jeunes, perdions vite toute raison d’espérer, surtout quand les nazis nous montraient des photos de ce qu’ils disaient être les bombardements de New York. Or, sans espoir, on n’a aucune chance de survivre, et beaucoup de garçons de mon âge se précipitaient sur les fils électriques. Pour ma part, j’étais toujours à la recherche d’un lien avec mes parents morts, d’un ami de famille, d’un voisin, de quelqu’un qui fût susceptible de les avoir connus et de m’aider à ne pas me sentir aussi seul.

C’est ainsi que me trouva le père Kolbe, errant dans l’espoir de rencontrer quelqu’un à qui me raccrocher. Il fut pour moi comme un ange. Telle une mère, il m’ouvrit les bras et essuya mes larmes. C’est depuis cette époque que je crois beaucoup plus profondément en Dieu. Parce que mes parents avaient été tués, je ne cessais de demander : où est Dieu ? et j’avais perdu la foi. Mais je dois à Maximilien Kolbe de l’avoir retrouvée.

Il savait que j’étais un enfant juif, mais pour lui cela ne faisait aucune différence, car son cœur était suffisamment vaste pour aimer tout le monde. Il dispensait l’amour, rien que l’amour. Il distribuait une si grande part de ses maigres rations que j’ai toujours considéré comme un miracle qu’il ait pu rester en vie. Il n’est pas difficile, à l’heure actuelle, d’être bon, humble et charitable, alors que tout va bien et que l’on mange à sa faim dans une paix relative. Mais se conduire comme l’a fait le père Kolbe, là où il l’a fait et à l’époque où il l’a fait, cela se situe vraiment au-delà des mots.

Je suis juif, en tant que fils d’une mère juive, je suis de confession israélite et très fier de l’être. Et cependant, non seulement j’ai beaucoup, beaucoup aimé le père Kolbe à Auschwitz, pour m’y avoir pris sous son aile, mais je l’aimerai jusqu’à mon dernier souffle.
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Re: LE PERE KOLBE

Message par pacalou le Dim 27 Jan 2008 - 22:12

J'ai lu la biographie du Père Kolbe écrite par André Frossard;
il faut parler aussi de ce qu'a été son existence avant son martyre;
ses dons intellectuels exceptionnels: il aurait pu être un ingénieur, un architecte, un inventeur, un scientifique de renom; son action pour propager l'amour de Dieu à travers la dévotion mariale; l'éclatante réussite "entrepreneuriale" presque sans autres moyens que sa foi, du couvent de Niepokalanow et de la diffusion de ses publications mariales à travers le monde; ses "succursales" au Japon et en Inde, jusqu'à faire des jaloux ds son ordre; son apostolat de tous les instants; son mépris de la maladie qui le rongeait et l'incroyable force qu'il puisait ds la prière; il était tel un chevalier, "fol amoureux de sa Dame"; ses supérieurs n'étaient sans doute pas loin de le trouver excessif... mariolâtre, dit-on aujourd'hui...

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Message par Joss le Lun 28 Jan 2008 - 7:54

Ce serait peut être intéressant de nous trouver des éléments sur sa vie......Cela nous intéresserait Wink
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Message par Fée Violine le Lun 28 Jan 2008 - 8:54

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Message par Joss le Lun 28 Jan 2008 - 9:15


Tu ne t'es pas "foulée" ! :gnark: fourire
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Message par Fée Violine le Lun 28 Jan 2008 - 9:24

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