MARTHE ET MARIE

KOSOVO

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KOSOVO

Message par Souricet le Mar 30 Oct 2007 - 17:56

Le Kosovo et l'Union européenne

Le Kosovo est une bonne illustration de l'inculture historique des dirigeants européens. Le Kosovo est le cœur identitaire de la Serbie, comme Chartres ou Reims pour la France. C'est là que s'est déroulée la bataille décisive du Champ des Merles qui marque la fin du Grand Royaume de Serbie. Jusqu'au w siècle, c'est un village de l'Empire ottoman peuplé presque exclusivement de Serbes. Son islamisation entre 1919 et 1930 a plusieurs raisons: la fécondité des populations musulmanes autochtones, l'immigration d'Albanais fuyant un pays très pauvre et l'émigration des Serbes vers des régions plus riches. En 1939, il y a encore 45 % de Serbes au Kosovo. Après 1946, Tito, président serbophobe, favorise les Albanais contre les Serbes. En 1985, il n'y a plus que 30 % de Serbes au Kosovo, d'où la popularité du président Milosevic qui veut renverser la tendance et va mener à nouveau une politique de serbisation: en particulier il décide de supprimer l'autonomie accordée par Tito à cette région au profit des Albanais. Mais Milosevic ira trop loin, exaspérant de plus en plus les 700 000 Albanais du Kosovo au point qu'en 1999 – alors qu'ils étaient demeurés calmes durant le conflit serbo-croate – ils se révoltent et, devant l'activisme des troupes serbes, se réfugient en Albanie. Cet exode apitoie les bonnes âmes occidentales.

Réinstaller les Albanais du Kosovo en Albanie

Au lieu de réinstaller les Albanais en Albanie en les indemnisant réellement (par exemple à raison de 10 000 euros par exilé, enfants compris), les Occidentaux s'engagent dans une guerre aérienne contre les Serbes. Aider les réfugiés albanais aurait permis d'injecter environ 7 milliards d'euros dans l'économie albanaise, soit les deux-tiers de son PIB d'alors. Une telle solution aurait pu favoriser le décollage d'une Albanie peu peuplée, manquant d'une véritable élite. Cette guerre va exacerber – on s'en doute – le nationalisme serbe. Cette idée est à peine effleurée. À l'époque, pour compenser leur appui à Israël, les États-Unis soutiennent l'Islam en Yougoslavie et engagent l'Occident contre la Serbie sans que l'Union européenne réagisse de quelque façon que ce soit. L'intervention en faveur des Albanais renforce leur poids dans la province. Ils étaient partis 700000, ils reviennent 900 000 bien décidés à se venger. C'est pendant un temps le saccage des monuments chrétiens (chapelles, cimetières, églises et monastères); cela entraîne l'exode d'une partie de la population serbe ramenée autour de 150 000 (7,5 % de la population de la province).

Pour maintenir un semblant de paix et de sécurité, le Kosovo a été placé sous le contrôle de l'ONU qui demande à l'OTAN d'envoyer des contingents pour protéger les Serbes. Que faire du Kosovo aujourd'hui? Plusieurs solutions sont possibles:

1) Intégrer la partie musulmane du Kosovo dans l'État albanais. Cette position se heurte à deux obstacles. Les Kosovars musulmans récusent cette union avec l'Albanie jugée trop pauvre (PIB/habitant au Kosovo environ 5000 euros, en Albanie environ 4000 euros). Ces voisins de l'Albanie y sont du reste hostiles en raison de l'impérialisme albanais lié à la présence de minorités albanaises en Grèce, en Macédoine, au Montenegro.

2) Proclamer l'indépendance d'un État kosovar, mini-État, sans grandes ressources; décision qui renforcerait le nationalisme serbe déjà – et depuis si longtemps –hypertrophié.

3) Partager le Kosovo en transférant dans la partie demeurée serbe les populations serbes des secteurs laissés à la majorité musulmane.

Le partage du Kosovo?

C'est la deuxième solution que semble préconiser la Commission européenne, mais Bruxelles aura du mal à la faire admettre, ne serait-ce qu'en raison de l'opposition conjuguée des Russes et des Serbes.

En réalité cette crise du Kosovo est la conséquence des stupides traités de 1919, créant artificiellement ce qui va devenir la Yougoslavie, du comportement souvent cruel en Serbie des forces croates alliées au Reich pendant la Seconde Guerre mondiale, à la politique serbophobe de Tito, à l'incapacité des États européens d'avouer en 1991 une position commune face à l'implosion yougoslave. Cette incapacité européenne particulièrement visible lors de la crise bosniaque, conduit les États-Unis à se mettre en avant. Mais comme au Proche-Orient (1), ils n'ont qu'une vue superficielle des problèmes et vont, avec les accords de Dayton partageant la Bosnie sans transférer les populations, créer une situation dont nul encore ne sait comment sortir. Il est vrai que cela assure à Washington un extraordinaire droit de regard sur l'ex-Yougoslavie, en plus de ses bases bulgares et roumaines. Au surplus, proclamer l'indépendance du Kosovo créerait un précédent juridique pour la constitution d'États dans des régions où existent des tendances nationalistes. Créer des mini-États est un risque qu'il vaut mieux ne pas courir.

Par François-Georges Dreyfus

(1) Cf. Sébastien Fumaroli, Tempête sous un crâne, les États-Unis en guerre, 2003-2006 , Éditions de Fallois, 2006.
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Re: KOSOVO

Message par Souricet le Mer 7 Nov 2007 - 20:41

Huit ans de présence internationale n'ont rien réglé au Kosovo.

D'après les estimations valides des organisations internationales, les nombre de personnes déplacées après la guerre de 1999 s'élève à quelque 200 000 Serbes et autres non-Albanais, soir les 2/3 de leur nombre d'avant-guerre. Et le pays a été massivement nettoyé de son "excédent" non-albanais. Les Albanais représetnent donc à présent 90 % de la population.
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